Signalé par Colette Bienvenu
On connaît sa voix malicieuse qui a bercé des générations d’enfants, ses textes féministes d’une précision chirurgicale, son élégance discrète.
Mais derrière la grande dame de la chanson française se cache une vie marquée par des contrastes violents, des silences lourds et une tragédie insupportable.
Pendant des décennies, Anne Sylvestre a vécu avec un fardeau invisible.
Son père, Albert Beugras, était un cadre de la Collaboration auprès de Jacques Doriot.
À seulement 10 ans, elle voit son père condamné à mort (peine commuée en prison).
À l’école, elle ment :
Alors qu’en réalité, il est enfermé à Fresnes.
Ce secret la ronge pendant toute sa jeunesse.
Ce n’est qu’à 74 ans qu’elle ose enfin en parler publiquement.
Avec un franc-parler glaçant, elle lâche :
« Si je le tenais là, je lui dirais : mais qu’est-ce qu’il t’a pris d’être aussi con ! »
À 23 ans, Anne quitte tout pour la scène.
Cabarets de la Rive Gauche, guitare en bandoulière : elle devient l’une des premières femmes à écrire, composer et chanter ses propres textes.
Des chansons pour enfants, pleines de poésie, jamais infantilisantes.
Elle parle d’avortement, de violences faites aux femmes, d’homophobie… à une époque où personne n’ose.
Elle crée même son propre label pour rester indépendante.
Un hymne intemporel à la fragilité humaine.
Une chanson qui console encore aujourd’hui des milliers de cœurs.
Anne protège toujours sa vie privée.
Elle élève ses deux filles, Alice et Philomène, loin des projecteurs.
Mais en 2015, l’horreur la frappe de plein fouet.
Son petit-fils Baptiste Chevreau, 24 ans, est assassiné lors de l’attentat du Bataclan.
Après avoir survécu au poids de la guerre,
elle doit affronter la barbarie moderne.
Une douleur qui ne se raconte pas.