Cher Yannick Jadot,
Quelle semaine !
Lundi 24 août, vous déclariez sur France Inter être convaincu que Raphaël Glucksmann « est le candidat le mieux placé à la fois pour réconcilier les besoins de justice sociale, l’impératif écologique, la démocratie et l’Europe », quel grand homme, affirmant que vous lui apporteriez un soutien « sans hésitation [et] avec enthousiasme » pour l’élection présidentielle, ce qui s’est confirmé dès le lendemain avec votre ostensible participation au premier « déplacement de campagne » du coprésident de Place publique — revêtant un bien joli déguisement pour l’occasion. Quelques jours plus tôt, vous affirmiez pourtant dans Libération, en réponse à la question « Qu’attendez-vous pour rejoindre Raphaël Glucksmann ? », ce qui suit : « Je soutiendrai sans équivoque la meilleure candidature social-écologiste. Mais pour l’instant, il n’y en a pas sur la table… Si j’avais voulu rejoindre une écurie, ça serait fait depuis longtemps. Je suis écologiste, je reste écologiste ! », soit au total une séquence témoignant de votre admirable attachement aux convictions, aux principes et à la sincérité.
Sachant que Raphaël Glucksmann a officialisé sa candidature le dimanche 23 août au 20h de TF1, vous entendre expliquer le 24 août à 7h50 du matin que « [vous serez] celui qui va préparer les 100 premiers jours, comment on met en place un état d’urgence écologique » laisse en effet planer assez peu de doutes sur le fait que tout ceci avait été préparé et que, tandis que vous prétendiez n’avoir rejoint aucune écurie, vous aviez déjà négocié votre place au sein du dispositif de la campagne Glucksmann, la politique comme on l’aime. Nous adorons certes les contes pour enfants, mais de là à croire à la fable selon laquelle ce serait la bouleversante déclaration de candidature de votre nouveau champion qui vous aurait convaincu de le soutenir il y a une limite : nul besoin d’être ainsi un immense expert des processus de composition des états-majors de campagne présidentielle pour comprendre que votre ralliement avait été planifié et que vous avez donc pris les lecteurs et lectrices de Libération — et par la même occasion les membres des Écologistes — pour des imbéciles, bien tenté mais ça s’est vu.
Signalons d’ailleurs, puisque nous évoquons votre très grande considération pour les militantes et militants de votre propre parti, que vous n’avez pas rechigné à profiter des journées d’été du mouvement qui, comme chaque année, lui ont ouvert une fenêtre médiatique à l’occasion de ce que l’on nomme couramment la « rentrée politique », pour lancer votre petite entreprise personnelle « Rassembler la social-écologie », autour notamment d’un appel à refonder la gauche dont vous êtes l’unique signataire — soit une bien étrange façon de « rassembler ». Une démarche que vous avez présentée dans Libération avant d’aller en faire la promotion aux journées d’été des Écologistes, avec de toute évidence un succès pour le moins mitigé comme l’ont constaté les journalistes présents sur place, de France Inter (« Les partisans de Yannick Jadot, de sa sociale-écologie, ne sont pas nombreux aux journées d’été ») à l’Humanité (« Le choix d’une alliance avec les sociaux-démocrates […] est une option très peu probable ») en passant par Mediapart qui n’a pas trouvé de militant·e défendant vos options.
Une véritable réussite donc, qui vous a visiblement convaincu d’annoncer, moins de 48 heures après la clôture des journées d’été, votre ralliement à Raphaël Glucksmann, alors même que le parti au nom duquel vous avez été élu député européen pendant près de 15 ans et sénateur depuis 2023 n’a pas pris de décision ferme concernant la présidentielle, se laissant jusqu’à l’automne pour continuer d’explorer les différentes hypothèses — candidature autonome, possibilités d’alliance — avant de trancher par un vote de ses instances. Un vote que vous étiez assuré de perdre et que vous avez donc décidé de ne pas attendre, ce qui nous a immanquablement fait penser à vos propos de mars 2022, alors que vous étiez candidat à la présidentielle pour EÉLV, au sujet de celles et ceux qui ne respectaient pas, d’après vous, les décisions du parti : « Nous, on joue collectif. Les gens qui considèrent à un moment donné que c’est leur prise de position personnelle, leur avenir personnel qui doit prédominer, ce sont eux qui, au fond, prennent la décision de se sortir du collectif », si vous le dites.
Cher Yannick Jadot, telles sont les conditions pas très glorieuses dans lesquelles vous avez pris la décision d’officialiser votre ralliement à la candidature de Raphaël Glucksmann, une annonce qui ne tombe évidemment pas de nulle part, le moins que l’on puisse dire étant que vous avez depuis déjà bien longtemps eu l’occasion, on y reviendra, de faire la démonstration à la fois de votre grande souplesse opportuniste et de votre immense ouverture d’esprit vers la droite lorsqu’il s’agit d’envisager de supposées « alliances à gauche ». Difficile à ce titre de ne pas remarquer, au-delà de la grossièreté de la manœuvre que vous venez d’opérer, que vous affichez — une fois de plus — votre prétention non seulement à vous positionner dans le camp de la « gauche » mais aussi, pour reprendre vos propres termes, à « refonder » cette dernière, autour du candidat selon vous idéal pour incarner ce noble projet : « J’ai lu le livre de Raphaël Glucksmann, j’ai été à son meeting à Aubervilliers. Son discours est ancré à gauche, sans ambiguïté, et son engagement écologique indiscutable », défense de rire.
À la lecture de votre remarquable appel solitaire à rassembler, nous n’avons d’ailleurs pu manquer de relever le passage suivant, qui est à lui seul un condensé de ce qu’est, selon vous, la « gauche », ou pour être plus exact de ce qu’elle devrait être, le plus intéressant étant ici la seconde partie de votre proposition : « Alors, de quelle gauche la France a-t-elle besoin ? D’une gauche social-écologique, démocratique, européenne et internationaliste : radicale dans son ambition, majoritaire dans sa vocation, responsable dans l’exercice du pouvoir » (c’est nous qui soulignons). Soit un bien jolie formule, qui sonne à la fois comme un slogan publicitaire, comme une punchline pour plateaux TV et comme un aveu, puisque vous nous proposez ici un fort intéressant triptyque (« radical, majoritaire, responsable ») que l’on pourrait reformuler, en grossissant certes un peu le trait, on ne se refait pas, mais en réalité sans véritablement faire preuve de trop d’exagération : à gauche dans le discours, au centre dans les alliances, à droite dans les actes.
Le temps semble très loin où vous étiez un militant/dirigeant associatif, d’abord à Solidarité agricole et alimentaire (Solagral), à la fin des années 1990 et au début des années 2000, puis à Greenpeace, où vous avez été directeur des campagnes de 2002 à 2008, un engagement qui vous a notamment valu une condamnation pour « atteinte aux intérêts supérieurs de la nation » après avoir pénétré en 2005, à bord d’un zodiac, dans l’enceinte de la base militaire de l’Ile Longue, à Brest, dans le cadre d’une opération anti-nucléaire. Des faits d’armes que vous aimez brandir lorsque vos opposants vous accusent d’être le tenant d’une écologie trop « molle » (« Je me suis pris des boulons par des pêcheurs de thon rouge, j’ai fauché des OGM… je n’ai pas besoin de me justifier ») mais qui ne sauraient dissimuler le fait que vous étiez déjà à l’époque un tenant de la « modération », ainsi que vous l’expliquiez à Libération à votre retour du contre-sommet altermondialiste de Seattle en novembre-décembre 1999, auquel vous aviez participé en tant que délégué général de Solagral : « Les positions les plus exprimées étaient celles des plus radicaux. Alors je me suis senti obligé de réagir », tout cela ne vient donc pas de nulle part.
C’est en 2008-2009 que vous avez fait le grand saut vers le monde merveilleux de l’écologie partisane, en participant à la fondation d’Europe Écologie-Les Verts et en étant dans la foulée élu député européen. Membre du « bureau exécutif transitoire » d’EÉLV en 2010-2011, vous êtes ensuite devenu porte-parole d’Eva Joly lors de sa campagne (victorieuse) lors de la primaire écologiste en vue de la présidentielle 2012, un poste dont vous avec toutefois démissionné fin novembre 2011, estimant que la candidate aurait adopté une posture trop critique à l’égard du Parti socialiste, soit un truc beaucoup trop radical pour vous. Ironie de l’histoire, c’est notamment en raison de cette démission et de ce manque de loyauté que la secrétaire nationale Cécile Duflot s’opposera, l’année suivante, à votre entrée au gouvernement après l’élection de François Hollande, ainsi que le relatait le Figaro dans un article bien informé : « Poussé par les conseils de Cécile Duflot, l’ancien chef de l’État avait choisi Pascal Canfin, lui aussi EÉLV, comme ministre avec elle, plutôt que Yannick Jadot », tout ça pour ça.
Réélu député européen en 2014, vous décidez ensuite, après avoir soutenu le principe d’une primaire de « toute la gauche » pour la présidentielle 2017, d’être candidat à la primaire écologiste, que vous remportez en novembre 2016 avec un peu plus de 54% des voix face à Michèle Rivasi, félicitations, avant de vous retirer de la course trois mois plus tard suite à la victoire surprise de Benoît Hamon à la primaire socialiste et à des négociations avec ses équipes, les sondages vous donnant à l’époque 2% des voix contre 11-12% pour Hamon, mais cela n’a évidemment rien à voir. Une campagne durant laquelle vous n’avez cessé de proclamer la nécessité de l’unité à gauche, accusant Jean-Luc Mélenchon de faire cavalier seul et l’appelant à se rallier à l’accord que vous aviez passé avec Benoît Hamon, avec à l’arrivée le résultat que l’on connait : 19,58% des voix pour le candidat insoumis contre 6,36% pour le candidat du PS, décidément on peut dire que vous avez du pif.
Changement de braquet lors des élections européennes en 2019, à l’occasion desquelles vous étiez tête de liste EÉLV, et où vous avez défendu le principe du chacun pour soi, justifiant votre refus de toute union avec les autres formations de gauche par le fait que l’écologie se situait selon vous au-delà du clivage gauche-droite, comme par exemple le 9 février 2019 lors d’une interview sur Franceinfo : « L’écologie, c’est pas la gauche. L’écologie, aujourd’hui, veut occuper une place centrale dans le débat politique. L’écologie, c’est bien plus que la gauche ». Quelques semaines plus tard, au cours d’un entretien au Point, vous ne fermiez d’ailleurs pas la porte à la constitution d’une majorité au Parlement européen avec la droite, les libéraux et les sociaux-démocrates : « Nous poserons nos conditions à un contrat de gouvernement avec le prochain président de la Commission. […] Si on nous propose un programme qui améliore substantiellement le fonctionnement de l’Union et les politiques européennes, alors les Verts y apporteront leur soutien », la voilà la gauche qu’on aime.
Cette dernière déclaration vous avait d’ailleurs attiré les foudres de votre propre camp, vous contraignant à rétropédaler au bout de quelques jours, un imbroglio qui vous avait valu les honneurs de la rubrique Checknews de Libération qui résumait ainsi l’affaire : « La tête de liste EÉLV n’avait pas exclu d’alliance avec la droite, les libéraux, et les socialistes dans une interview début mars, donnée au Point, avant de se corriger et préciser qu’aucune coalition avec le parti conservateur n’était possible », comprenne qui pourra. Ces propos que vous avez supposément « corrigés » n’étaient cependant nullement un accident, ce dont témoigne le fait que, quelques mois plus tard, vous expliquiez que lors des municipales à venir des majorités étaient envisageables avec… la droite : « Dans des endroits, il faudra être pragmatique. […] Dans des municipalités où vous avez des gens qui sont sans étiquette ou même divers droite qui font du 100% bio dans les cantines, des jardins partagés, de la rénovation urbaine, qui appliquent ce qu’on a envie de faire, [il faudra] prendre nos responsabilités » (sic).
Jusqu’à assumer, toujours au nom de « l’écologie » bien sûr, d’envisager, dans certaines circonstances, d’appeler à voter à droite contre des socialistes : « Aux municipales, je soutiendrai l’écologie. Donc, entre un divers droite qui met en place des jardins partagés, des cantines bio et un socialiste qui soutient les autoroutes et les cantines Sodexo… j’appellerai à voter pour le divers droite. » Pour être tout à fait honnête, nous n’avons pas trouvé de tels appels au vote concrets de votre part mais seulement d’hypothétiques déclarations au sujet de douteux scénarios, ce qui ne change en réalité rien à l’affaire, bien au contraire : galvanisé que vous étiez par le bon score de la liste EÉLV que vous aviez conduite aux élections européennes de 2019 (13,48%), vous avez alors tenté de surfer sur ce résultat pour imposer une réorientation au mouvement écologiste au nom du « dépassement du clivage gauche-droite », vos déclarations concernant les improbables maires écologistes de droite ayant essentiellement vocation à vous poser en « pragmatique » face à vos camarades jugés trop « radicaux ».
« Ce n’est pas la seule question de la recomposition de la gauche qu’il faut se poser, mais celle de tout le champ politique pour faire face au plus grand défi auquel l’humanité ait été confrontée : sa survie. Le fait d’avoir imposé l’écologie comme troisième force politique de notre pays nous oblige incontestablement », expliquiez-vous alors, tout en modestie, au journal le Monde, qui résumait quant à lui votre démarche comme suit : « Ses bons résultats du 26 mai n’ont fait que renforcer la conviction du chef de file d’Europe Écologie-Les Verts (EÉLV) que le clivage gauche-droite devait s’effacer devant la priorité écologique. Pour arriver un jour au pouvoir, il entend créer une nouvelle coalition « autour des valeurs de l’écologie », rassemblant élus et électeurs de tout bord, mettant sur le même plan « la personne écolo depuis une heure » et « celle qui est écolo depuis quarante ans » ». Et le quotidien de souligner, employant une formule pour le moins euphémistique, que « M. Jadot semble pour cela déterminé à atténuer l’ancrage historique à gauche de l’écologie politique », c’est le moins qu’on puisse dire.
Et c’est autour de cette orientation très « atténuée » que vous avez de nouveau remporté, en septembre 2021, la primaire écologiste pour la présidentielle, endossant le rôle de candidat pour l’élection de 2022 après un second tour particulièrement serré face à Sandrine Rousseau (51,03% contre 48,97%), au terme d’une campagne et d’un scrutin témoignant d’une polarisation toujours plus forte, au sein du mouvement écologiste, entre « écologie de rupture » et « écologie de gouvernement » — nul besoin de préciser laquelle des deux options vous incarnez. Et si le soir de votre succès à la primaire vous fanfaronniez en affichant très sérieusement des ambitions de victoire (« Notre objectif c’est de gagner la présidentielle. […] Le prochain quinquennat sera celui de l’action pour retrouver la maîtrise de notre vie. […] Je serai le président du climat »), force est de constater que votre orientation supposément « pragmatique » a abouti à un spectaculaire échec avec moins de 5% des voix au premier tour de la présidentielle (4,58%), comme quoi le manque de « réalisme » ne se situe pas toujours là où on le croit.
Cher Yannick Jadot, la séquence 2019-2022 fut celle durant laquelle vous avez eu la plus grande visibilité médiatique, ce qui a été pour vous l’occasion tout à la fois de défendre un programme électoral (à deux reprises) et de partager vos points de vue sur un certain nombre de faits d’actualité, nous renseignant plus en détails sur votre vision du monde et de la politique. Concernant votre conception de l’écologie, que vous avez présentée en alternance comme « pragmatique », « réaliste » ou encore « de gouvernement », vous n’avez ainsi jamais fait mystère de votre aspiration à concilier, d’une parti, défense de la planète et, d’autre part, économie de marché, pourquoi pas, comme par exemple lorsque vous expliquiez, en mars 2019, que « bien entendu que les écologistes sont pour le commerce, la libre entreprise et l’innovation », bien entendu, ou lorsque vous déclariez au Figaro, toujours durant la campagne des élections européennes 2019, être « pour l’économie de marché, pour la libre entreprise et l’innovation », ajoutant « [qu’]on a un allié extraordinaire, c’est l’économie », extraordinaire.
Nulle surprise dès lors à ce que, lors du « grand oral » des candidats devant le Medef en mai 2019, vous ayez été jugé « le plus convaincant » par un patronat tout heureux d’avoir face à lui un supposé écologiste « [qui] n’était pas dans l’écologie punitive [et qui] a su parler du rôle des entreprises », merci pour elles. Re-belote un an plus tard lors de l’université d’été du Medef, où vous avez su séduire en expliquant notamment que « la transition écologique ne se fera pas contre mais avec les entreprises, sinon elle ne se fera pas », no comment, ajoutant que « le débat croissance-décroissance, je m’en fous complètement », au moins comme ça c’est clair, avant de proclamer que « si on considère que l’écologie c’est une contrainte, des normes et des taxes, cela génère toutes les stratégies d’évitement ». L’écologie sur la base du volontariat du patronat, il fallait y penser : une bien belle trouvaille que n’a pas manqué de saluer Christiane Lambert, alors présidente de la très écologiste FNSEA, en s’adressant à vous en ces termes : « Vous n’êtes pas un vert radical, un vert foncé, vous êtes un vert nuancé ».
Voilà voilà.
Soyons toutefois rigoureux et honnête en soulignant que vous ne manquez pas d’humour puisque vous avez cru bon de déclarer dans le même temps, dans une interview au site Reporterre, que « Oui, on peut dire que je suis anticapitaliste, oui », OK Yannick Jadovitch, tout en précisant que « quand un paysan bio vend sa production sur le marché, je préfère cela à ce qu’il le vende dans un sovkhoze », nous voilà rassurés. Et signalons en outre que vous ne vous limitez pas à défendre ce que quelques facétieux ont nommé une « écologie de marché » et que vous n’hésitez pas à intervenir vigoureusement sur d’autres sujets qui font l’actualité, qu’il s’agisse :
– de déclarer, en février 2019, à propos des manifestations des Gilets jaunes : « Ce qu’on a encore constaté ce samedi est terrible. La haine antisémite, la haine du policier. Je crois que ça suffit, il va falloir quand même sérieusement que ces rendez-vous les samedis, qui sont maintenant des rendez-vous de la violence […], il faut que ça s’arrête » ;
– d’affirmer, en septembre 2020, au sujet du port du burkini : « Nos sociétés sont tellement crispées et déstabilisées que des groupes tentent de remettre en question la sécularisation, de sortir des lois de la République au nom d’une idéologie ou de principes religieux. C’est inacceptable. Le burkini, ça n’a rien à faire dans une piscine ! » (Valeurs actuelles a adoré) ;
– de participer, en mai 2021, à une manifestation de policiers de sinistre mémoire pour y exprimer, selon vos propres termes, votre « solidarité » et votre « attachement » à la « police républicaine », et « [parce qu’]il faut écouter les syndicats de police », tandis que la direction d’EÉLV ne se rendait pas à l’initiative ;
– d’expliquer, en février 2020, après les annonces d’Emmanuel Macron sur la lutte contre le « séparatisme », « [qu’]il faut combattre ce séparatisme islamiste [et qu’]il faut absolument trouver les moyens de stopper les ingérences étrangères », estimant même que le gouvernement n’allait pas assez loin dans ce domaine ;
– etc.
Avec un tel CV, nulle surprise à ce que vous préfériez prôner des alliances avec le centre, voire avec la droite, mais aussi à ce que, a fortiori depuis le 7 octobre 2023, vous ayez régulièrement apporté de bruyantes contributions au concert permanent d’indignations contre Jean-Luc Mélenchon et LFI, affirmant par exemple dans une interview au Point le 17 octobre 2023 que « la Nupes est morte », après avoir dénoncé les « dérapages répétés abjects » et les « méthodes staliniennes » des Insoumis, et appelé à « suspendre [les] relation[s] avec la direction de La France insoumise tant qu’il n’y a pas une clarification forte sur le socle de valeurs », rien que ça. Une hostilité sans limite à LFI et à son candidat à la présidentielle qui n’a cessé de s’exprimer et de croître ces dernières années, jusqu’à une forme d’apothéose lors des dernières journées d’été des Écologistes : « Je pense que les valeurs que défend aujourd’hui Jean-Luc Mélenchon sont incompatibles avec celles qui ont fondé l’écologie politique. […] J’ai bien en tête que certains ici préfèrent aller avec Jean-Luc Mélenchon, considérant que ses complaisances avec l’antisémitisme ou avec le régime chinois ne sont pas un problème. Eh bien qu’ils le rejoignent ! »
Cher Yannick Jadot, alors que votre vibrant échec à la présidentielle 2022 et votre incapacité de plus en plus évidente à convaincre au sein de votre mouvement — qui s’est récemment illustrée par le crash spectaculaire de votre projet de candidature à la mairie de Paris — auraient dû vous convaincre de faire preuve de davantage de modestie, vous avez au contraire décidé de repartir à l’offensive en mettant en scène votre ralliement à Raphaël Glucksmann et en vous posant en refondateur de la gauche, quel talent. Quitte à vous retrouver à soutenir un candidat dont le parti prône la construction de nouvelles centrales nucléaires, soit exactement l’inverse de ce que vous défendez depuis des années, comme lorsque vous affirmiez que « la France réfractaire aux changements c’est celle qui continue de promouvoir l’hérésie économique et industrielle du nucléaire », mais sans doute le nucléaire est-il désormais « compatible avec les valeurs qui ont fondé l’écologie politique ». Gageons que cette énième tentative opportuniste de vous placer au centre du jeu rencontrera un succès tout aussi spectaculaire que les précédentes, ce dont nous ne doutons pas au vu des immenses qualités de votre nouveau champion, et que votre écologie de droite connaîtra enfin, et une bonne fois pour toutes, le sort qu’elle mérite.
Cordialement,
Jules Blaster
Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret / Margaux Simon