Le Front de libération nationale corse-Union des combattants estime que le processus qui vise à donner une autonomie à l’île, approuvé le 23 juin par l’Assemblée, est une « mascarade », et dénonce « l’arrivée massive de près de 5 000 étrangers, dont une grande majorité de Français » chaque année.
Une enquête préliminaire, pour, notamment, « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’actes de terrorisme », a été ouverte par le Parquet national antiterroriste après la conférence de presse clandestine du Front de libération nationale corse-Union des combattants (FLNC-UC), a indiqué jeudi le Pnat, sollicité par l’AFP.
Les investigations portent aussi sur « l’acquisition, détention et transport d’armes, de munitions ou d’éléments d’armes de la catégorie A et B en relation avec une entreprise terroriste », selon la même source. Par la voix d’hommes en armes, le groupuscule clandestin indépendantiste a vivement rejeté l’autonomie actuellement en discussion pour l’île et tous ses soutiens, menaçant également les non-Corses venant vivre sur l’île, comme l’a révélé mercredi Corse-Matin, seul média à y avoir participé.
Lors d’une conférence de presse clandestine, une quinzaine d’individus cagoulés et armés, dans un lieu tenu secret et à une date non spécifiée, ont qualifié le processus qui vise à donner une autonomie à la Corse dans la République et qui a été approuvé le 23 juin par l’Assemblée nationale de « mascarade ».
Comme lors de leur précédente conférence de presse clandestine en janvier 2024, ils estiment que le projet de loi constitutionnelle, qui doit être examiné au Sénat à partir du 21 octobre, « aboutit à la négation de l’existence de [leur] peuple et au reniement des principales revendications de ces dernières décennies ». Ils annoncent être « déjà dans l’après-Beauvau ».
Le groupuscule s’en prend à tous les soutiens de ce processus : aux partis nationalistes (Femu a Corsica, Core in Fronte, Parti de la nation corse) en assurant que ceux « qui s’expriment au nom du mouvement national, tout en soutenant ledit processus Beauvau, commettent une duperie sans précédent à l’égard de notre peuple ».
Mais aussi aux « manipulateurs haut placés », à la « caste de groupes financiers corses » et aux collectifs antimafia, sans les nommer, mais en assurant ne jamais pouvoir « être aux côtés de ceux qui soutiennent les logiques » de « justices d’exception », défendues par les collectifs.
Sans préciser comment, ils appellent le mouvement national, « celui de la résistance », à trouver « les voies et les moyens de créer un nouveau rapport de force politique ».
Plus menaçant, ils attaquent « la colonisation de peuplement galopante » représentée par « l’arrivée massive de près de 5 000 étrangers, dont une grande majorité de Français » sur l’île chaque année, que ce soit pour y travailler, ou du fait de l’augmentation « démentielle » des résidences secondaires.
« Envahisseurs »
« Collaborer à la validation de textes constitutionnels réaffirmant […] les principes qui favorisent et vont permettre d’amplifier cette colonisation de peuplement est une grave faute politique », insistent-ils.
« En attendant que nos droits nationaux soient reconnus et respectés, nous n’avons qu’un message à leur adresser : restez chez vous […], et dans le cas contraire, ne vous considérez pas en sécurité sur notre territoire national », menacent-ils en s’adressant aux « envahisseurs ».
Le FLNC, qui prône « l’indépendance nationale », assure néanmoins qu’il « continuera à jouer pleinement son rôle en soutenant par [leurs] efforts de paix, pour l’heure unilatéraux, toutes les initiatives qui concourront réellement à une solution politique à laquelle [leur] peuple aspire depuis des décennies ».
Le FLNC, apparu pour la première fois en 1976, il y a cinquante ans, avec une profession de foi retrouvée dans les décombres de dix-huit attentats lors d’une première « nuit bleue », est depuis devenu une nébuleuse opaque, résultat de scissions, luttes fratricides et recompositions.
La dernière « nuit bleue » que le mouvement a revendiquée remonte à octobre 2023, lorsque quarante-cinq explosions avaient visé principalement des résidences secondaires mais aussi un centre des impôts désaffecté à Ajaccio (Corse-du-Sud), sans faire de blessé·es.