Donald Trump a lancé une chaîne en direct, comme un pied de nez aux médias américains qui protestent contre la mise à l’écart de CNN, MS NOW et Politico.
• Donald Trump a verrouillé l’accès à la Maison Blanche pour CNN, MS NOW et Politico ce qui a entraîné le retrait de CBS, ABC, NBC et Fox du pool média.
• La Maison Blanche a lancé en parallèle Trump TV sur YouTube une chaîne gratuite diffusant les « meilleurs moments » de l’administration Trump.
• Le parallèle avec « 1984 » de George Orwell et le télécran, outil de propagande d’État, est évident.
L’Amérique de Trump ressemble de plus en plus à la dystopie dépeinte par George Orwell dans son roman culte paru en 1949. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les dernières décisions prises par le chef d’État américain, entré en guerre ouverte avec trois médias auxquels il refuse désormais l’accès à la Maison Blanche : CNN, MS NOW et du média en ligne Politico.
Vendredi 18 septembre, le président américain annonçait verrouiller « avec effet immédiat » les accès à la Maison Blanche pour ces trois médias. Il les accuse d’avoir « accumulé » les couvertures défavorables et leur reproche de « n’écrire que de manière négative » sur lui, et de menacer la « sécurité nationale ».
Malgré un élan de solidarité inédit venu des quatre autres membres du « pool » télévisé de la Maison Blanche (CBS, ABC, NBC et Fox) qui ont annoncé leur retrait, Donald Trump campe sur ses positions. Pire encore, il a décidé de répliquer avec un dispositif pour le moins inquiétant dans ce contexte fragile pour la liberté de la presse aux États-Unis.
Dans un tweet publié sur X ce lundi 21 septembre, la Maison Blanche a officialisé le lancement de la chaîne Trump TV. Une chaîne gratuite, accessible sur Youtube, qui promet de diffuser « les meilleurs moments passés, les annonces, et le meilleur de l’actualité de l’administration [Trump] ».
« Tous les grands moments ne sont pas passés sur votre télé. Maintenant, c’est possible », promet également la Maison Blanche dans ce message intronisant en grande pompe le lancement de ce nouveau canal d’information pensé et conçu par l’administration Trump.
Un écran à la gloire de Big Brother
Ça ne vous rappelle rien ? Dans le célèbre roman 1984 de George Orwell, une télévision d’État unique joue un rôle essentiel dans la société dystopique où évolue le protagoniste Winston Smith. Ce dispositif est présent dans presque tous les foyers, même chez les membres du Parti, l’organisation politique totalitaire au pouvoir.
Baptisé le « télécran », il occupe un rôle essentiel dans la propagande d’État en tant que seul organe médiatique autorisé. Sur cet écran, décrit par l’auteur britannique comme « une plaque de métal oblongue, miroir terne encastré dans le mur », la propagande de Big Brother entre dans l’intimité de chaque maison. Il est d’ailleurs impossible de couper totalement le son de ce téléviseur dystopique.
Le télécran inonde également la population de fausses informations à la gloire du Parti et sert aussi d’outil de surveillance de masse des téléspectateurs en les observant et en les écoutant en permanence.
Si les États-Unis du deuxième mandat de Donald Trump sont encore loin du régime totalitaire décrit dans 1984, difficile de ne pas tracer plusieurs parallèles évidents entre le fameux télécran et la Trump TV intronisée ce lundi. Et pour cause, dans les deux cas, il s’agit de chaîne promettant du contenu étatique diffusé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, qui doit permettre d’imposer le récit de la présidence Trump dans un cas, la propagande totalitaire de Big Brother dans l’autre. Le tout, sans pluralisme et contradictoire, pour vanter la réussite d’une grande puissance mondiale.
Les indices d’une inquiétante dérive
« Revivez les moments forts de l’administration Trump en un seul endroit. Vidéos incontournables, discours marquants et temps forts à ne pas manquer », promet à ce titre la chaîne trumpiste disponible sur Youtube, une plateforme de divertissement considérée aujourd’hui comme un média aussi populaire, si ce n’est plus, que la télévision traditionnelle (alors média émergent du temps de George Orwell)
Des promesses de divertissement assurées par l’État, on en trouve aussi dans 1984, où le télécran propose des émissions comme les Deux Minutes de Haine. Le concept ? La classe dirigeante et les travailleurs de la classe moyenne doivent regarder un film sur l’ennemi politique numéro 1, en exprimant vocalement leur haine à son égard devant le poste télévisé. Avant de crier, dans un second temps, leur amour à Big Brother. Un procédé cher à Donald qui, lors de ses meetings et autres discours enflammés contre la presse, incite régulièrement la foule à huer cette cible de prédilection.
« Restez informés ! », promet également la Trump TV. Là encore, difficile de ne pas penser au télécran, dans lequel les fausses informations et contre-vérités pullulent. Dans le roman, Winston Smith décrit un message propagandiste du bien nommé ministère de l’Abondance : « Les fabuleuses statistiques continuèrent à se déverser du télécran. Comparé à l’année précédente, il y avait plus de nourriture, plus de vêtements, plus de logements, plus de meubles, plus de casseroles, plus de carburant, plus de bateaux, plus d’hélicoptères, plus de livres, plus de bébés — plus de tout, sauf de maladies, de crimes et de fous ».
Une forme de discours à laquelle Donald Trump, via son réseau Truth Social ou ses prises de parole, nous a déjà largement habitués avec ses phrases truffées de superlatifs et son utilisation des lettres capitales à outrance. En Norvège, l’apparition du « langage trumpien » avait d’ailleurs inspiré un recueil de poésie – foncièrement parodique – qui faisait dire à son auteur, Chris Felt, dès 2017 que « ce que Trump dit est plus proche de la poésie et de la fiction que de la réalité ».