Expressions contre le RN

Je suis française. Et c’est précisément pour cela que je refuse le Rassemblement national.
Je m’appelle Nora Viviani.
Mon père est breton et corse.
Ma mère est algérienne, fille de harki.
Je suis née de plusieurs terres, de plusieurs rives, de plusieurs histoires.
De la Bretagne à la Corse, de l’Algérie à la France.
Je suis née de blessures aussi.
Et pourtant, lorsqu’on me demande qui je suis, ma réponse est simple :
Je suis française.
Pas à moitié.
Pas sous condition.
Pas malgré mes origines.
Française.
Ma famille connaît le prix de ce mot.
Ma mère est arrivée en France avec les siens dans une histoire faite d’exil, de camps, de silence et d’abandon. Elle a connu Saint-Maurice-l’Ardoise, Bourg-Lastic. Elle s’est battue. Elle a mené des grèves de la faim pour que soit reconnue une histoire que la France elle-même avait trop longtemps voulu oublier.
Alors personne ne viendra m’expliquer ce que signifie aimer la France.
Aimer la France, ce n’est pas demander à quelqu’un d’où venait sa mère avant de lui reconnaître sa place.
Aimer la France, ce n’est pas établir une hiérarchie entre ses enfants.
Aimer la France, ce n’est pas opposer ceux qui seraient Français « depuis toujours » à ceux qui le seraient devenus.
La France que j’aime ne se transmet pas par la pureté des origines.
Elle se construit par l’adhésion à une République.
Je suis infirmière.
Depuis des années, au bloc opératoire, j’ai vu des corps ouverts.
Et je peux vous assurer d’une chose : sous la peau, aucune origine ne donne davantage de valeur à une vie qu’à une autre.
Lorsque nous prenons en charge un patient, nous ne demandons pas d’abord où sont nés ses grands-parents.
Nous soignons.
Parce que c’est cela, le service public.
C’est cette promesse magnifique : tu es là, tu as besoin de nous, alors nous sommes là.
Je suis aussi une élue de la République.
Et lorsque j’entre dans une mairie, lorsque je célèbre un mariage, lorsque je rencontre un commerçant, un artisan, une famille, lorsque je travaille pour un quartier, je ne représente pas une catégorie de Français.
Je représente des citoyens.
Tous.
C’est précisément pour cela que je combats politiquement le Rassemblement national.
Pas parce que je méprise ceux qui votent pour lui.
Je refuse ce mépris.
Je sais la colère.
Je connais les fins de mois difficiles.
Je connais l’hôpital qui souffre, les services publics qui reculent, les territoires qui se sentent oubliés, les travailleurs qui ont parfois le sentiment de n’être plus entendus.
Ces colères sont réelles.
Mais je refuse que leur réponse soit de dresser un Français contre un autre.
Je refuse la priorité nationale lorsqu’elle revient à faire dépendre certains droits de la nationalité.
Je refuse qu’on fasse de l’étranger le résumé de nos échecs.
Je refuse qu’on transforme nos peurs en frontières entre les êtres humains.
Parce que mon histoire familiale m’a appris quelque chose :
quand une société commence à classer les hommes, il faut toujours demander jusqu’où elle acceptera de les classer.
Je suis profondément attachée à la laïcité.
Mais ma laïcité n’est pas une arme dirigée contre une religion.
Elle protège celui qui croit comme celui qui ne croit pas.
Elle permet à la fille d’une Algérienne et d’un homme breton et corse d’élever ses enfants dans une République où personne ne devrait avoir à justifier son origine pour appartenir pleinement à la communauté nationale.
Voilà ma France.
Celle des soignants qui tiennent debout malgré l’épuisement.
Celle des enseignants.
Celle des ouvriers, des commerçants, des artisans.
Celle des policiers, des pompiers, des associations.
Celle des mères qui se battent.
Celle des enfants d’immigrés.
Celle des enfants de harkis.
Celle des familles installées ici depuis dix générations et de celles arrivées hier qui choisissent de faire vivre cette République.
Je n’idéalise pas mon pays.
La France a abandonné.
La France a discriminé.
La France a parfois trahi ses propres principes.
Ma propre famille pourrait en témoigner.
Mais justement.
Je ne veux pas moins de République parce qu’elle a parfois échoué.
J’en veux davantage.
Davantage d’égalité.
Davantage de justice.
Davantage d’école.
Davantage d’hôpital public.
Davantage de fraternité.
Davantage de République partout où elle recule.
Je refuse qu’on abandonne le mot France à l’extrême droite.
Ce drapeau est aussi le mien.
Cette Marseillaise est aussi la mienne.
Cette République est aussi la mienne.
Je n’accepterai jamais qu’on m’explique qu’il faudrait choisir entre mes origines et mon amour de la France.
Je suis la preuve vivante du contraire.
Je suis la fille de mon père breton et corse.
Je suis la fille de ma mère algérienne.
Je suis la petite-fille de cette histoire harki que la France a si longtemps eu du mal à regarder en face.
Je suis infirmière de la République.
Je suis élue de la République.
Je suis mère d’enfants français.
Et je suis française.
Entièrement.
Alors oui, je combattrai le Rassemblement national.
Avec des mots.
Avec des arguments.
Avec mon bulletin.
Avec mon engagement.
Mais jamais avec la haine de ceux qui pensent autrement.
Parce que si je prétends défendre la démocratie, je dois commencer par respecter le citoyen, même lorsque je combats ses idées.
Mon adversaire n’est pas mon voisin.
Mon adversaire, c’est l’idée qu’un jour, en France, nous puissions considérer qu’un homme ou une femme mérite davantage qu’un autre simplement parce qu’il serait né du « bon » côté d’une frontière.
Liberté.
Égalité.
Fraternité.
Pour certains, ce sont trois mots gravés sur un fronton.
Pour moi, compte tenu de mon histoire,
c’est un héritage.
Une dette.
Et un combat.