Dans pas longtemps, sur les réseaux sociaux, il faudra probablement apprendre à marcher sur des œufs lorsqu’on parlera de Fabien Roussel.
Le PCF vient de confirmer sa candidature à la présidentielle après le vote favorable de 72 % de ses militants. Voilà donc une candidature désormais officielle, malgré la multiplication des prétendants à gauche et les débats internes sur la stratégie à adopter.
Et voici venir le plus amusant.
Essayez donc d’écrire : « Je suis de gauche, je défends les services publics, les salaires, les retraites, les droits sociaux… mais je ne pense pas que la candidature de Roussel soit la meilleure stratégie pour 2027. »
Vous verrez.
Il y aura immédiatement quelqu’un pour vous expliquer que vous êtes anticommuniste.
Que vous êtes « en réalité » chez LFI.
Que vous détestez le PCF.
Et pourquoi pas, pendant qu’on y est, que vous avez probablement été secrètement recruté par le capitalisme international pour saboter la Fête de l’Humanité.
C’est ce que j’appelle l’inversion du réel.
Vous critiquez une décision politique ? Vous devenez l’ennemi politique.
Vous posez une question stratégique ? Vous attaquez le Parti.
Vous dites simplement que plusieurs candidatures de gauche risquent encore de disperser les voix ? Vous êtes accusé de vouloir faire disparaître le PCF.
La nuance, cette vieille chose poussiéreuse, vient donc de prendre sa retraite.
Et le plus cocasse est que certains de ceux qui vous expliquent que « critiquer Roussel, c’est attaquer les communistes » sont parfois les mêmes avec lesquels vous vous retrouvez côte à côte pour défendre les retraites, les services publics, les salaires ou les acquis sociaux.
On peut donc manifester ensemble le samedi…
…et découvrir le lundi que vous êtes devenu un dangereux anticommuniste parce que vous avez osé écrire trois lignes sur une candidature présidentielle.
C’est magnifique, si, si c’est magnifique.
Il existe pourtant une différence assez simple entre critiquer une candidature et rejeter ceux qui la portent.
Mais cette distinction devient manifestement aussi compliquée que la notice d’un meuble suédois.
Et attention : je ne dis pas que ce réflexe est exclusivement communiste.
La politique française possède une magnifique collection de distributeurs automatiques d’étiquettes.
Vous soutenez la Palestine ? Antisémite.
Vous critiquez Israël ? Antisémite.
Vous critiquez Mélenchon ? Antisémite… ah non, pardon, là vous êtes surtout fasciste, macroniste ou agent du PS selon l’heure de la journée.
Vous critiquez Roussel ?
Anticommuniste !
Et voilà le débat réglé.
Plus besoin d’argumenter.
Plus besoin de répondre sur le fond.
Plus besoin de démontrer pourquoi cette candidature serait utile ou dangereuse.
On vous colle une étiquette et hop ! Dossier classé.
C’est extrêmement pratique.
La comparaison avec certaines réactions à toute critique du gouvernement israélien ne signifie évidemment pas que les situations sont identiques. Mais le mécanisme rhétorique peut être dangereusement similaire : transformer une critique politique en accusation morale, puis rendre la discussion presque impossible.
Le procédé est vieux comme la propagande : ne répondez jamais à l’argument ; disqualifiez celui qui le formule.
Alors oui, je le répète par avance :
Je peux être de gauche.
Je peux défendre les idées communistes sur certains sujets.
Je peux manifester aux côtés de militants communistes.
Et je peux parfaitement considérer que Fabien Roussel n’est pas le bon candidat pour 2027.
Ces quatre phrases ne contiennent aucune contradiction.
Sauf, évidemment, si l’on considère que le Parti possède désormais le monopole de la définition du « vrai » communiste.
Dans ce cas, je demande simplement une petite faveur :
qu’on m’envoie le formulaire d’inscription au tribunal révolutionnaire avant de publier mon prochain commentaire.