« Jambon à cornes ! »
Jambon à cornes ! comme il dirait, sa capacité à se jeter sur les puissants médiatiques du jour en criant Gloup ! Gloup ! nous manque aujourd’hui particulièrement, quand on voit les paltoquets degoche et autres crapules réacs se bousculer sans vergogne sur la ligne de départ de la présidentielle, tant de philosophes Céniouze et autres pompeux cornichons mariannesques, tant d’experts en expertise encombrer l’espace public. L’homme qui avait réussi à interdire la Belgique à BHL (six entartages, quand même !), qui avait à son tableau de chasse Bill Gates et Sarkozy, nous aura beaucoup inspiré en démontrant que la subversion n’est pas une question de testostérone, et pas forcément une question de prise d’arme, mais de courage, d’inventivité et de persévérance.
Comme nous l’avons écrit par ailleurs : « L’entartage est bel et bien devenu une pratique diffuse qui ne se limite pas aux jouissifs coups de main de l’ami Noël Godin. Les attentats pâtissiers répondent à la nécessité de ridiculiser toutes les formes de pouvoir (politique, médiatique, économique, culturel) tout en échappant à l’enfermement dans la case ’terrorisme’ qui fait le jeu de ces mêmes pouvoirs. Cette pratique intervient donc au contact de deux dominations pour les subvertir : la domination médiatique et la domination politique.
Quand l’entarté est un personnage comme BHL, dont l’existence repose uniquement sur sa maîtrise des circuits médiatiques, l’entartage apparaît comme la seule arme vraiment efficace : la nullité intellectuelle du personnage a été si souvent démontrée que s’acharner encore à la prouver, non content d’être une perte de temps, finit par lui restituer une forme de légitimité perverse (« Si on le critique tant… »). De lui, la seule chose à dire désormais, c’est que son interdiction de fait du territoire belge sous peine d’entartage est une punition qu’il convient d’étendre au reste de la planète. En opposition à la réaction de Godard, entarté pour avoir commis un film sur la Vierge (il a goûté la crème, rigolé et insisté pour que Godin ne soit pas interdit de festival), la réaction si comiquement hystérique de BHL à chaque fois qu’on le couvre de crème, montre bien que le cinéaste sait d’expérience qu’une image est une idée, alors que la starlette « philosophique » n’est qu’une image sans idée.
En revanche, l’entartage de Chevènement, en mars 2002, alors qu’il était candidat aux présidentielles et qu’il était en train de dire « Il faut comprendre qu’une minorité violente… » prend une toute autre portée. Ne maîtrisant plus grand chose sur le reste d’une vie sociale domestiquée par l’économie, la domination politique tend à se réduire au pouvoir de police, comme pouvoir de définition de ce qu’est le terrorisme et ce que sont les formes d’interventions autorisées. Ce n’est pas par hasard si Chevènement est, à ce jour, le seul des entartés à s’être acharné judiciairement contre Noël Godin et à avoir obtenu une lourde condamnation financière (heureusement épongée en une soirée de solidarité, preuve du soutien que rencontre la guérilla pâtissière). Comme Chevènement l’a dit lui-même : pour un homme public, ce qui est important désormais « c’est son image » et « ce genre d’action vise à empêcher une discussion sérieuse » dans le cadre électoral. »
A bas le cadre électoral ! Sachons rendre hommage à Noël en continuant la subversion pâtissière ! Gloup ! Gloup ! [1]
Serge Quadruppani
[1] À ce titre, voir l’appel à l’insurrection pâtissière publié dans cette même édition.
