N’est pas capitaliste qui veut. Et n’est pas révolutionnaire qui pille.

 Nelpal

https://www.fpop.media/le-casseur-pilleur-stade-capitaliste-de-levolution/

N’est pas capitaliste qui veut. Et n’est pas révolutionnaire qui pille

Extraits

« La délinquance, illégalisme maîtrisé, est un agent pour l’illégalisme des groupes dominants. »
Michel Foucault, Surveiller et punir, 1975

Le 17 octobre en a offert la démonstration immédiate. En saturant l’espace médiatique de vitrines brisées, le chaos d’un soir a fourni l’alibi parfait pour détourner les yeux de la crise sociale qui résulte de l’appropriation capitaliste. Ce spectacle de la destruction permet de passer sous silence le mécanisme de dépossession quotidien subi par les précaires qui manifestaient, pour ne plus juger que leur basculement opportuniste. L’urgence sécuritaire blanchit ainsi, par omission, la violence structurelle du marché.

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En définitive, les casseurs-pilleurs des 17 et 24 octobre et les barons voleurs appartiennent donc à la même famille sociologique. Ils partagent le même rêve de réussite matérielle porté par notre civilisation. Mais là où un baron voleur contourne la règle par hubris et ambition sans fin, un casseur-pilleur d’en bas enfreint la règle par défaut d’accès aux moyens légitimes.

Les sociologues désignent sous le terme de « frustration relative » ce sentiment qui naît d’une contradiction majeure de notre société : celle d’inviter en permanence à consommer et à paraître, sans pour autant assurer à tous les moyens d’y parvenir. Cet écart psychologique ne dépend pas de ce que l’on possède dans l’absolu, mais de la distance entre ce que l’on croit pouvoir légitimement espérer et ce que l’on peut effectivement obtenir. Le politiste Ted Gurr définissait précisément cette frustration comme l’écart perçu entre les « attentes » des individus – c’est-à-dire les biens auxquels ils estiment avoir droit – et leurs « capacités » – ce qu’ils pensent pouvoir concrètement obtenir et conserver (Why Men Rebel, 1970).C’est précisément cette grille d’analyse psychologique que le sociologue Zygmunt Bauman a transposée sur le terrain politique pour éclairer les émeutes de Londres en 2011. Selon lui, ces révoltes n’étaient pas portées par une misère matérielle absolue, mais par l’exclusion d’un système de valeurs partagées.

« Ce ne sont pas des émeutes de la faim ni du pain. Ce sont des émeutes de consommateurs défectueux et disqualifiés. » Zygmunt Bauman, « The London Riots. On Consumerism coming Home to Roost », Social Europe, 2011

Or, loin d’être un simple dysfonctionnement accidentel, ce mécanisme d’exclusion est consubstantiel à la société de consommation elle-même. Pour survivre, celle-ci doit structurellement attiser des désirs marchands que la réalité socio-économique empêchera, par définition, le plus grand nombre de satisfaire. Dès 1973, le philosophe Michel Clouscard donnait la formulation la plus tranchante et radicale de ce paradoxe en forgeant le concept de « capitalisme de la séduction ». Selon lui, cette dynamique repose sur une double contrainte aliénante.

« Tout est permis, mais rien n’est possible. »
Michel Clouscard, Néo-fascisme et idéologie du désir, 1973

Le système offre une permissivité totale dans le domaine des mœurs et du désir pour mieux masquer l’interdit et la rigueur économiques qui frappent les classes populaires. La frustration n’est alors plus seulement un sentiment subi, elle devient le moteur même de l’assujettissement du consommateur. En s’appropriant les biens de force, le casseur-pilleur n’est plus une anomalie du système, mais son miroir grossissant. Il adopte par mimétisme le modèle prédateur des puissants. Il reproduit, au bas de l’échelle, la logique d’impunité et de captation immédiate des richesses qui caractérise le capitalisme d’en haut.

D’autant que les élites économiques et politiques ont elles-mêmes tracé ce «chemin éthique ». En 2009, le publicitaire Jacques Séguéla volait au secours de Nicolas Sarkozy en déclarant sur le plateau des Quatre Vérités que « si à cinquante ans on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ! ». Il ne s’agissait plus d’avoir accompli quelque chose, mais de posséder un objet de prix. Quelques années plus tard, la rhétorique du sommet de l’État venait valider cette injonction matérielle. En 2015, celui qui n’était encore que ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, affirmait dans un entretien aux Échos qu’« il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires ». Devenu président de la République, il prolongeait cette vision en expliquant, lors de l’inauguration de Station F en 2017, qu’« une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien ».

Or, dans une gare ou dans l’espace public, comment distingue-t-on au premier coup d’œil ceux qui réussissent de ceux qui ne sont rien, sinon à leurs attributs matériels ? Par inversion logique, « ceux qui ne sont rien » deviennent tout simplement « ceux qui n’ont rien ». En sortant d’une bijouterie les bras chargés, le pilleur ne fait qu’appliquer à la lettre cette définition officielle de la réussite, en sautant simplement l’étape intermédiaire de l’accumulation légitime.

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https://lvsl.fr/vous-condamnez-les-violences-naviguer-entre-parti-de-lordre-et-vandalisme-apres-le-17-octobre/ 

Vous condamnez les violences ? » Naviguer entre parti de l’ordre et vandalisme après le 17 octobre

https://www.lechappee.org/collections/pour-en-finir-avec/revolte-consommee 

Révolte consommée

Le mythe de la contre-culture