Gérald Darmanin, la police & les fascistes
Avec Vanessa Codaccioni, Laurent Gayer et Gilles Favarel-GarriguesAu lendemain du 17 octobre, le garde des sceaux Gérald Darmanin, brandie le menace de milices d’auto-défense : « si la réponse pénale aux violences liées au 17 octobre n’est pas extrêmement ferme », alors « les commerçants et les habitants feront justice eux-mêmes ». Une semaine plus tard, le 24, des milices fascistes sous-couvert de défense des petits commerçants attaquent des manifestations dans plusieurs villes de France. De nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux attestent d’une collusion voir d’une collaboration avec les forces de l’ordre. Pour tenter d’y voir plus clair dans cette intrication étonnante entre pouvoir politique, police, milices d’extrême droite et auto-défense populiste, nous avons invité Gilles Favarel-Garrigues et Laurent Gayer, chercheurs au CNRS qui ont travaillé sur l’histoire de l’auto-justice ainsi que Vanessa Codaccioni, politiologue dont les recherches portent sur la répression, la délation et la société de vigilance.
D’un pur point de vu comptable, le butin des pillages du 17 octobre reste assez modeste. N’importe quelle inondation, sécheresse, catastrophe écologique ou piratage de frigos de supermarché s’accompagne de son lot de marchandises perdues. Comment s’expliquer alors que les évènements récents aient suscité pareille terreur dans les ministères et sur les plateaux télé ? Peut-être que les manifestants d’octobre n’ont pas seulement volé, redistribué ou détruit des marchandises mais qu’ils ont d’abord et par-dessus tout profané quelque chose de sacré.
L’Époque | Boum Boum
Entretien croisé avec Laurie Lassalle et Matthieu BareyreCette semaine, cinéastes de notre temps s’est entretenu avec Laurie Lassalle, réalisatrice du film Boum Boum et Matthieu Bareyre, réalisateur de L’Époque. Deux films puissamment d’actualité, encore à voir en streaming gratuit pendant une semaine sur lundimatin.
(ou comment penser les manifestations en géographe)
Hortense GauthierLes interdictions désormais systématiques de défiler dans les centres-villes sont bien évidemment des mesures sécuritaires visant à maintenir un ordre chancelant. Hortense Gauthier propose ici d’analyser,en géographe, la façon dont la ville se reconfigure depuis quelques semaines. C’est-à-dire la manière dont notre rapport existentiel à l’espace se déplace.
La lutte contre la pénétration du concept de compétence dans les établissements d’enseignement se poursuit. Le comité d’action contre les compétences Pontcerq est intervenu de manière un peu vive à l’Université de Nantes (avec certaines conséquences). En marge des manifestations et blocages des lycées circule par ailleurs, depuis Rennes pour l’instant, une « Lettre aux lycéennes et lycéens sur la compétence ».
Un enseignant de la Sorbonne Nouvelle revient sur l’intervention des CRS dans l’établissement les 5 et 22 octobre, à la demande de Daniel Mouchard (sic), président de l’université. Il s’agit de prendre la mesure de ce qu’implique politiquement le recours au forces de l’ordre pour évacuer étudiants et professeurs de leur lieu de travail.
C’est une information déterminante et pourtant largement négligée, le mouvement lycéen français a déjà largement débordé le cadre national. En tant qu’écho lui-même d’un soulèvement de la GenZ éparpillé dans le temps et l’espace, il est crucial d’en scruter toutes les résonances. Le 1er octobre 2026, à Liège, des jeunes qui en avaient peut-être marre de jouer aux colibris sont sortis de leurs écoles et ont allumé des feux de trottinettes et de poubelles. Ces premières lueurs ont donné le coup d’envoi d’une séquence politique dans laquelle, traversant l’espace public comme des vols d’étourneaux, les jeunes des écoles montrent qu’il est encore possible de refuser le monde comme il va (dans le mur) et d’habiter politiquement les rues et les places de la métropole.
Surinterprétation d’un film dédié à la « jeunesse »
[Visionnage conseillé avant lecture]« Le film d’horreur Évanouis (Weapons en VO) dresse le portrait d’un système dans lequel tout peut être instrumentalisé, détourné, « weaponized », c’est-à-dire utilisé comme arme. Une société dans laquelle les corps, les plaisirs, la culture et les usages peuvent tous être orientés vers la domination, l’isolement, le contrôle. Où tout peut devenir addiction. Où tout peut devenir dépendance. Et où tout ce qui nous détruit, les avantage, les renforce, les sert. »
Il s’agit ici de contextualiser la victoire surprise (ou miraculeuse) de Lula au Brésil. Pour Frederico Lyra, le « messie Lula » ne pourra rien, si ce n’est retenir quelques années encore la fin des temps. Reste la nécessité toujours plus impérieuse de constituer une force à même de défaire la montée fasciste en cours.