Une vocation street médic ? Pourquoi ces bénévoles risquent leur sécurité…

France 3 Grand Est :

« C’est devenu une vocation » : pourquoi ces bénévoles risquent leur sécurité pour soigner les manifestants :

À Nancy (Meurthe-et-Moselle), les street medics se mobilisent aux côtés des manifestants pour porter les premiers secours aux personnes blessées ou victimes de gaz lacrymogènes. Rencontre avec Sofiane Bourzami, un des bénévoles de l’ombre, dont l’engagement répond à un besoin croissant sur le terrain.

Samedi 31 octobre 2026, la place de la République à Nancy (Meurthe-et-Moselle) est noire de monde. À 14 heures et sous le soleil, 3 000 personnes sont présentes au départ de la manifestation « contre la vie chère ». À quelques mètres de là, Sofiane Bourzami prépare son matériel avec d’autres street médics (soignants de rue) : « Le masque, les lunettes et un casque. En principe, ce qu’on va le plus utiliser, c’est le sérum physiologique. On peut en trouver en grosses bouteilles ou en pipettes. »

Sofiane Bourzami a intégré le groupe des street medics nancéiens depuis un mois. Ce samedi 31 octobre est à haut risque : l’acte III de la mobilisation n’a fait l’objet d’aucune déclaration en préfecture. Sofiane et deux collègues longent le cortège. Ils sont attentifs au moindre débordement.

Sofiane fait partie de ceux qui assurent les premiers secours aux manifestants blessés. • © Stiliana Peev / France Télévisions

La manifestation est bloquée rue Saint-Jean par les forces de l’ordre et la tension monte. Le jeune homme habillé de blanc résume sa mission : « L’objectif, ça va être que chacun rentre chez lui le soir avec ses deux bras et ses deux jambes, grosso modo. » En tête de cortège, la situation se tend. Dans la foule, les street medics ont cette double contrainte : être reconnaissables tout en restant discrets.

Une prise de conscience récente

L’origine de son engagement sur le terrain des manifestations remonte à une prise de conscience récente : « Je suis responsable d’une résidence étudiante. On a eu les événements avec tous les blocus qui se sont déroulés tout récemment. Je voyais des jeunes partir et je me disais que je n’avais pas envie qu’il y ait l’un d’eux qui soit blessé. Donc je me suis dit que j’allais leur donner un petit coup de main sur place. Au final, c’est devenu une vocation. »

Un homme est assis contre une vitrine. Il a du mal à respirer. Les street médics lui porte les premiers secours. • © Stiliana Peev/ France Télévision/ FTV

Brusquement la conversation s’interrompt. Après les sommations de la commissaire de police, tirs de gaz lacrymogènes en pluie et usage du canon à eau font refouler les manifestants de la rue Saint-Jean, la grande artère commerçante. Aussitôt, des cris : « Médic ! Médic ! » Un homme est assis contre une vitrine. Larmoyant, il a du mal à respirer. Les équipiers de Sofiane Bourzami lui lavent les yeux au sérum physiologique.

Une présence appréciée

Un manifestant confie apprécier la présence de ces bénévoles : « La semaine dernière, je me suis fait gazer, le truc est tombé à mes pieds, je ne voyais plus rien et ils étaient là pour m’aider. J’arrivais même plus à respirer à cause du gaz. » Cette autre manifestante reconnaît aussi l’utilité des street medics, mais préférerait leur disparition : « Oui bien sûr, c’est hyper important qu’ils soient là, mais en même temps, ce serait bien qu’il n’y en ait pas parce que ça veut dire qu’il n’y en aurait pas besoin. »

À Nancy, ils sont une trentaine de bénévoles à porter secours aux manifestants incommodés ou blessés. Les street medics ne se substituent pas aux secours officiels. Contrairement aux associations agréées comme la Croix-Rouge, ils n’ont pas de statut juridique officiel, ce qui fait d’eux des personnes exposées comme tout un chacun aux charges des forces de l’ordre, voire des cibles pour des individus violents opposés à leur action sur le terrain.