Exclu du PS en raison de son soutien à la cause palestinienne

Mohamed Makn

Tribune — De militant socialiste à exclu politique : pourquoi je refuse de me taire
Par Mohamed Makni
Pendant près de vingt ans, j’ai milité au sein du Parti socialiste avec fidélité, conviction et sincérité. Comme beaucoup de militants de terrain, j’ai donné de mon temps, de mon énergie et parfois une part de ma vie personnelle au service d’un idéal : celui d’une gauche humaniste, universaliste et profondément attachée à la justice sociale et aux droits des peuples.
Jamais je n’aurais imaginé qu’un jour, cet engagement me conduirait à être exclu de mon propre parti.
Depuis les événements tragiques du 7 octobre 2023, j’ai pris publiquement position pour défendre la cause palestinienne et dénoncer les souffrances infligées au peuple de Gaza. Je l’ai fait conformément à ma conscience et aux valeurs qui ont toujours guidé mon engagement politique.
Je tiens à rappeler avec fermeté une chose essentielle : soutenir le peuple palestinien ne signifie pas soutenir le Hamas. Je n’ai jamais cautionné les attaques contre des civils israéliens. Mais je refuse tout autant que l’on détourne le regard face aux bombardements, aux milliers de morts, aux destructions massives et aux dérives du gouvernement de Benyamin Netanyahou, dont j’ai dénoncé publiquement la politique nationaliste et messianique.
Dans une démocratie, la critique politique devrait être un droit fondamental. Pourtant, en France, le climat autour de la question palestinienne devient de plus en plus inquiétant. Toute parole critique envers le gouvernement israélien semble désormais exposée à la suspicion, à la disqualification morale, voire à la répression judiciaire.
À l’époque des faits, j’étais élu à la ville d’Échirolles depuis 2021, d’abord comme conseiller municipal puis comme adjoint au maire, au sein d’une majorité réunissant le PCF, le PS et diverses sensibilités de gauche. Durant tout ce mandat, j’ai exercé mes responsabilités avec sérieux, loyauté et proximité auprès des habitants de ma commune. Beaucoup peuvent témoigner de mon implication quotidienne, de mon écoute et des services rendus dans le cadre de mes différentes délégations.
Mais le 16 octobre, sous l’impulsion du maire de l’époque, Renzo Sulli,(sur injonction du CRIF isere)un communiqué municipal a annoncé le retrait de l’ensemble de mes délégations d’adjoint. Cette décision fut prise à l’unanimité, sans aucune abstention, avant même toute décision de justice.
Quelques jours plus tard, la fédération socialiste de l’Isère me suspendait immédiatement, avant que la Commission nationale des conflits du Parti socialiste ne prononce finalement mon exclusion définitive.
Ainsi, avant même que la justice ne rende ses décisions, mon propre camp politique avait déjà prononcé sa sentence.
Mais avec le recul, je ne peux ignorer une autre réalité plus dérangeante encore : celle du regard de suspicion porté sur moi par une partie de responsables politiques pourtant issus de la gauche.
Parce que je m’appelle Mohamed.
Parce que je défends la Palestine.
Parce que je suis un élu issu de l’immigration maghrébine.
Très vite, certains ont semblé considérer qu’il ne pouvait exister qu’une seule grille de lecture : celle imposée par le narratif dominant assimilant toute défense forte de la cause palestinienne à une complaisance envers l’islamisme.
Comme si un élu nommé Mohamed ne pouvait pas simplement défendre une cause humanitaire et politique universelle sans être immédiatement soupçonné d’arrière-pensées idéologiques ou religieuses.
Cette suspicion implicite, parfois silencieuse, parfois assumée, est une faute grave. Elle traduit une dérive inquiétante d’une partie de la gauche française qui, au lieu de combattre les amalgames, finit parfois par les intégrer elle-même.
Je le dis avec gravité : certains responsables du Parti socialiste, mais aussi du PCF local autour de Renzo Sulli et de sa fédération, ont préféré accompagner ce climat de suspicion plutôt que défendre un élu de leur majorité présumé innocent et fidèle aux valeurs républicaines.
Cette attitude m’a profondément marqué humainement et politiquement.
Car la gauche que j’ai connue était celle qui protégeait les libertés publiques, refusait les stigmatisations et défendait les peuples opprimés sans distinction. Elle ne regardait pas un nom, une origine ou une religion supposée avant de défendre un camarade.
Je considère aujourd’hui qu’une partie de cette gauche institutionnelle s’est éloignée de ses militants progressistes, humanistes et internationalistes.
Longtemps, je me suis tu.
Par respect pour mon parcours militant. Par loyauté envers les camarades sincères qui continuent de croire à cet idéal socialiste. Mais le silence finit parfois par devenir une abdication.
Aujourd’hui, je reprends ma liberté de parole.
Et j’assume pleinement de rejoindre la dynamique portée par Jean-Luc Mélenchon pour l’élection présidentielle de 2027. Parce que je retrouve dans ce combat politique une défense claire des libertés publiques, de la souveraineté populaire, du droit international et de la dignité des peuples.
Mon combat ne s’arrête pas là.
Après l’épuisement des recours devant les juridictions françaises, qui ont confirmé ma condamnation, avec mes soutiens et plusieurs associations engagées pour les libertés fondamentales, nous avons décidé de saisir la Cour européenne des droits de l’homme.
Au-delà de mon cas personnel, cette affaire pose une question fondamentale : peut-on encore, dans notre démocratie, défendre la cause palestinienne et critiquer un gouvernement étranger sans risquer l’exclusion politique, les poursuites judiciaires et l’effacement médiatique ?
Je continuerai à défendre cette liberté essentielle.
Et dans cette épreuve, je veux aussi exprimer ma profonde gratitude envers toutes celles et ceux qui m’ont soutenu.
Des historiens, des universitaires, des professeurs, des associations citoyennes des deux rives de la Méditerranée, des militants des droits humains, mais aussi de simples citoyens, anonymes parfois, qui ont refusé la peur, les amalgames et le silence.
Des femmes et des hommes épris de liberté, d’égalité et de fraternité.
Leur soutien m’a rappelé qu’au-delà des appareils politiques et des calculs partisans, il existe encore une conscience collective attachée à la justice, à la dignité humaine et à la liberté d’expression.
Parce qu’on peut exclure un homme d’un parti.
Mais on ne peut pas exclure une conscience de l’espace démocratique.