Je pense que le concept de « Nouvelle France » porté par Jean-Luc Mélenchon part d’une intention juste.
Face à une extrême droite qui explique tous les problèmes sociaux par l’immigration, qui fantasme une France éternelle et homogène qui n’a jamais existé, et qui cherche à opposer les travailleurs entre eux, il est légitime de rappeler que la société française a toujours été traversée par les migrations, les métissages et les transformations sociales.
La question n’est pas là.
La question est de savoir si la réponse à l’offensive identitaire doit elle aussi passer par une réaffirmation de la nation.
Car derrière l’idée de « Nouvelle France », il y a toujours l’idée que la nation constitue le cadre principal de l’émancipation politique.
Or pour des marxistes, ce n’est pas le cas.
Les principaux rapports de domination ne passent pas aujourd’hui entre les nations.
Ils passent entre les classes sociales.
La crise du logement n’oppose pas les Français aux étrangers.
Les bas salaires n’opposent pas les Français aux étrangers.
La destruction des services publics n’oppose pas les Français aux étrangers.
Dans chacun de ces cas, l’opposition fondamentale se situe entre ceux qui possèdent et ceux qui travaillent.
C’est précisément ce que l’extrême droite cherche à masquer.
Mais c’est aussi ce qui peut disparaître lorsque la question nationale devient le principal terrain du débat politique.
Cela ne veut pas dire que la « Nouvelle France » serait un projet nationaliste.
Cela ne veut pas dire qu’il faudrait laisser la question nationale à l’extrême droite.
Cela ne veut pas dire qu’il faudrait ignorer le combat idéologique contre le racisme et les théories identitaires.
Cela veut dire qu’il faut faire attention au terrain sur lequel ce combat est mené.
L’internationalisme ne consiste pas à nier les peuples ou les réalités nationales.
Il consiste à rappeler que les intérêts communs d’un salarié français, marocain, algérien ou sénégalais sont souvent plus importants que ce qui les sépare.
Face à la mondialisation du capital, la réponse ne peut pas être une nouvelle définition de la nation.
Elle doit être la construction d’une solidarité internationale des exploités.
Car notre horizon n’est pas la Nouvelle France.
Notre horizon est une société débarrassée de l’exploitation, des frontières qui divisent les travailleurs et de la domination du capital.