Bruel échappe donc à la prison préventive en dépit du climat répressif actuel lié notamment au meurtre de la petite Lyhanna, bien que les deux affaires n’aient pas de lien direct. Ceux qui savent ce qu’est l’horreur de l’univers carcéral ne peuvent souhaiter la prison à personne. La prison n’est en aucune façon un remède à la délinquance. Elle est au contraire l’école du crime. La société doit se protéger et non punir. Seuls devraient être isolés des individus particulièrement dangereux et impossibles à contrôler. Contrairement à ce que vient de déclarer Le Pen, toujours à l’affut des occasions de faire de la démagogie, on consacre beaucoup trop de moyens à la répression et à la punition et pas assez à la réinsertion et à la prévention. Le viol et les agressions sexuelles de toutes natures font d’ailleurs partie des crimes qu’on ne pourra faire reculer qu’en changeant la société et les mentalités qu’elle engendre. Il n’y a pas si longtemps qu’on plaisantait encore sur les viols et les comportements pédophiles des curés au lieu de s’en indigner. C’est la lutte des femmes et des hommes qui les soutiennent qui a fait bouger les lignes. Quant à faire disparaître complètement le machisme et le patriarcat, il faudra pour cela changer la société. Et même dans une société socialiste, ça ne se fera sans doute pas du jour au lendemain.
Il ne s’agit donc pas de réclamer que Bruel ou d’autres « paient leurs crimes », selon la formule moraliste consacrée, en croupissant derrière les barreaux ou en se faisant trancher la tête comme le voudraient les nostalgiques de cette peine barbare. Mais on peut constater une fois de plus que les différentes classes et catégories sociales ne sont pas égales devant la justice. N’importe quel petit voleur à la tire ou dealer récidiviste est expédié derrière les barreaux avant de passer devant le tribunal.
En revanche, parmi les personnalités d’une certaine notoriété accusées d’être des serial-violeurs, une seule a été envoyée très vite en prison préventive, sans états d’âme décelables des juges : Tariq Ramadan qui a pour circonstances aggravantes d’être Arabe et prédicateur musulman. Ni Depardieu, ni Poivre d’Arvor, ni Gérard Miller, ni DSK (sauf quelques jours à New York), ni Darmanin, ni maintenant Bruel n’ont subi ce sort. Sans compter les violeurs anonymes qui opèrent dans le monde fermé des entreprises en profitant du pouvoir que leur donne leur statut de patron ou de cadre.
Bruel s’en est donc tiré pour le moment en versant – « à l’américaine » – une caution de 500 000 euros. Tout le monde ne les a pas sur son compte en banque…
Bref, nous vivons dans une société où il vaut mieux être riche et célèbre pour se livrer à la prédation sexuelle et continuer à dormir dans son lit…