À Ceuta, un afflux de migrants sans précédent provoque l’affolement et un début de crise diplomatique
La tension est extrême à Ceuta, à la frontière entre le Maroc et l’Espagne. Ces derniers jours, 40 000 personnes sont entrées illégalement à la nage dans l’enclave, selon la police espagnole. La plupart sont de jeunes Marocains dont un certain nombre de mineurs. À ce stade, on compte au moins 18 victimes. La frontière a été fermée par l’Espagne.
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À Ceuta, c’est une situation d’affolement. On n’avait jamais vu une telle avalanche de migrants entrer illégalement par cette frontière du Tarajal, au bord de la mer. Des jeunes hommes Marocains, mais aussi des femmes, des bébés, des personnes âgées.
Dans les premières heures, la police marocaine s’est montrée passive, ce qui a favorisé l’entrée massive des gens, précise François Musseau, notre correspondant à Madrid. Côté espagnol, ce fut d’abord une forme de paralysie avec des policiers totalement débordés, jusqu’à ce que le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui va se rendre aujourd’hui sur les lieux, ait demandé à l’armée de prendre les choses en main et ordonné de fermer la frontière.
Sur les images qui circulent sur les réseaux sociaux, une foule de jeunes gens arrive en courant, pieds nus, trempés et criant leur joie d’avoir réussi à passer en Espagne. On entend des « viva España ». Et tous se dispersent ensuite dans les rues et les parcs de Ceuta pour trouver du repos et espérer ne pas être renvoyés au Maroc.
L’Espagne promet que les milliers de Marocains entrés par la mer seront rendus à leur pays, mais rien n’est moins sûr, même si Rabat aussi dit officiellement le souhaiter. Le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé l’envoi de nouveaux renforts policiers, dont des plongeurs et des bateaux.
Quant à la raison qui explique cette avalanche jamais vue, elle est liée à une récente décision du tribunal suprême espagnol, le 8 juillet. Celle-ci réaffirme que tout migrant qui passe illégalement par la grille pourra être immédiatement ramené au Maroc, mais pas si la personne passe par la mer. L’écho de cette possibilité juridique a été amplifié sur les réseaux sociaux, et cela a débouché sur cette entrée massive à la nage.
Des jeunes hommes convergeant vers le nord du pays
Au Maroc, des jeunes hommes convergeaient encore vers le nord du pays jeudi soir. Il régnait une activité anormale autour de la gare routière de Rabat, rapporte notre correspondant sur place, Matthias Raynal. Il y avait beaucoup de monde et des véhicules de police, gyrophare allumé, et puis, dans le centre-ville, erraient quelques jeunes, l’air hagard, exténués. Les mêmes scènes étaient visibles toute la journée autour des gares, notamment où les contrôles ont été renforcés pour filtrer les déplacements vers les villes du nord du Maroc.

Beaucoup de jeunes, parfois mineurs, semblent avoir pris pour argent comptant les rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux d’une ouverture de la frontière entre l’Espagne et le Maroc. Évidemment, il n’en est rien. Arrivés sur place, c’est de manière illégale et en groupe de plusieurs dizaines de personnes que se font les traversées dans une atmosphère de chaos.
Des critiques de l’Italie
Selon la police, 40 000 migrants ont traversé la frontière entre le Maroc et Ceuta en provenance du Maroc. La crise migratoire majeure rappelle celle survenue en 2021 sur fond de tensions entre le Maroc et l’Espagne. Mais cette fois-ci la crise s’élargit à l’Union européenne puisque l’Italie demande d’exclure l’Espagne de l’espace Schengen, rapporte Pierre Benazet, notre correspondant à Bruxelles. Une proposition dénoncée comme « démagogique » par le ministre espagnol des Affaires étrangères.
L’afflux de migrants à Ceuta a largement dépassé les limites de l’enclave espagnole puisque Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, ainsi que son ministre des Affaires étrangères, Antonio Tajani, se sont dits tous les deux favorables à une suspension de l’Espagne de l’espace Schengen de libre-circulation. Le gouvernement italien fait partie des critiques les plus acerbes de la campagne de régularisation menée depuis avril par le gouvernement espagnol en faveur de plus d’un demi-million de migrants sans papiers et Antonio Tajani affirme que ces régularisations ont encouragé le trafic d’êtres humains.
L’Italie ne propose pas de plan concret pour cette suspension et évoque des « mesures exceptionnelles » mais en théorie, la seule action envisageable serait la mise en œuvre de contrôles aux frontières, soit par l’Espagne, soit par la France et le Portugal. La Finlande a apporté son soutien à la proposition italienne dans la journée de vendredi. Pendant ce temps-là le commissaire européen aux migrations Magnus Brunner propose à l’Espagne le renfort de Frontex, l’agence de garde-côtes et gardes-frontières de l’UE et préconise le retour rapide des migrants vers le Maroc.
Le ministre français de l’Intérieur Laurent Nuñez a indiqué chez nos confrères de RTL qu’il allait de nouveau s’entretenir avec son homologue espagnol vendredi et qu’il prévoyait un renforcement des contrôles à la frontière avec l’Espagne, après l’afflux de migrants dans l’enclave de Ceuta en provenance du Maroc. « Nous avons un contrôle à la frontière franco-espagnole, il existe, d’ailleurs il a été renforcé ces derniers mois », a rappelé le ministre.