Hélène Banoun raconte la crise sanitaire comme l’histoire d’un basculement : celui d’une médecine détournée du malade, d’une science soumise aux intérêts industriels et d’une parole critique enfermée derrière une bulle de verre.
Celle-ci traverse tout l’entretien accordé par Hélène Banoun :
On ne soigne pas des maladies. On soigne des malades.
Une évidence, autrefois. Presque une dissidence, aujourd’hui.
Le jour où la médecine a cessé d’écouter, avec Hélène banoun par Lazare Mohamed
Car ce que raconte la pharmacienne biologiste n’est pas seulement l’histoire d’un virus, d’un vaccin ou d’une controverse scientifique. C’est l’histoire d’une médecine qui, durant la crise du Covid, aurait oublié son geste le plus élémentaire : s’approcher du malade, l’écouter, tenter de le soulager.
Et c’est peut-être cela qui demeure, au terme de cette conversation : la sensation qu’un seuil a été franchi. Que la crise sanitaire n’a pas seulement révélé les faiblesses de nos institutions, mais la transformation profonde de leur raison d’être.
Une scientifique sans opinion préfabriquée
Son histoire ne commence donc pas par une opposition de principe aux vaccins. Elle le dit sans détour : elle n’était ni pour ni contre. Comme beaucoup de professionnels de santé, elle n’avait tout simplement pas reçu de véritable formation sur le sujet.
Le tournant survient en 2017, au moment de l’extension de l’obligation vaccinale à onze vaccins pour les nourrissons. En voyant se lever une opposition qu’elle juge d’abord excessive, elle décide de vérifier. Non pas sur les réseaux sociaux. Non pas dans les tribunes militantes. Mais dans la littérature scientifique.
Elle ouvre les articles, suit les références, remonte aux sources.
Et le décor se fissure.
Ce qu’elle découvre l’amène à travailler sur la rougeole et ses vaccins, puis à publier ses analyses. Les réactions sont immédiates. Son travail est attaqué, contesté, menacé. Avant même la crise du Covid, elle comprend déjà qu’il existe des sujets sur lesquels la discussion scientifique n’est pas accueillie comme une discussion, mais traitée comme une transgression.
Samoa, le prélude oublié
L’archipel compte environ 200 000 habitants. Une vaste campagne de vaccination est déployée en pleine épidémie. Hélène Banoun suit les événements jour après jour. Elle observe une flambée du nombre de cas, des milliers de contaminations et la mort de dizaines de jeunes enfants.
Cet épisode joue pour elle le rôle d’un avertissement. Il lui apprend à ne pas confondre une politique sanitaire avec sa communication, ni une intervention médicale avec le récit qui en est fait après coup. Il lui apprend surtout à regarder les courbes avant les slogans, les résultats avant les intentions affichées.
Lorsque le Covid apparaît, elle est déjà prête à observer la crise avec cet œil-là : celui qui ne se contente pas de croire que les autorités ont raison parce qu’elles sont les autorités.
Le virus entre dans la population
Hélène Banoun se plonge alors dans l’étude de son évolution. Comment un virus se transforme-t-il lorsqu’il entre dans une population humaine ? Comment s’adapte-t-il ? Que révèlent ses mutations ? Que peut-on réellement mesurer avec les tests PCR, les tests antigéniques ou les sérologies ?
Elle rédige un premier texte. Celui-ci est retravaillé, discuté avec des virologistes, puis publié dans une revue scientifique à comité de lecture. Cette publication la ramène au cœur du débat scientifique et lui vaut d’être sollicitée pour évaluer, à son tour, des articles de recherche.
Mais à mesure qu’elle approfondit le dossier, une autre réalité s’impose : la science produite dans les laboratoires et la politique menée au nom de la science ne racontent pas la même histoire.
L’injonction impossible : ne pas soigner
Autrement dit : ne soignez pas.
Pour Hélène Banoun, cette injonction constitue l’anomalie fondatrice de toute la crise. Une médecine digne de ce nom ne prétend pas qu’une maladie « ne se soigne pas ». Même en l’absence de traitement spécifique, elle examine, accompagne, surveille, hydrate, soulage, prévient les complications. Elle ne laisse pas le malade seul jusqu’au moment où son état devient critique.
C’est en réaction à cette démission organisée que des médecins commencent à s’opposer. Ils auscultent, prescrivent, tentent des traitements, suivent leurs patients. Certains prennent le risque de sanctions professionnelles simplement pour continuer à exercer leur métier.
En 2021, Hélène Banoun participe à la création du Conseil scientifique indépendant, formé pour soutenir ces praticiens et leur fournir les arguments scientifiques nécessaires face à la ligne officielle.
Derrière l’interdiction des soins précoces se trouve une mécanique réglementaire. Les produits vaccinaux ont obtenu des autorisations d’urgence parce qu’aucun traitement reconnu n’était supposé exister. Reconnaître l’efficacité d’une prise en charge précoce aurait fragilisé le fondement même de ces autorisations.
Il fallait donc que les traitements n’existent pas.
Non seulement dans les recommandations, mais dans le langage, dans les médias, dans les publications dominantes et jusque dans l’esprit des médecins.
La médecine clinique devait s’effacer pour que la solution industrielle devienne l’unique horizon.
Des vaccins qui n’en étaient pas
Ces produits ne contiennent ni agent pathogène entier, ni fragment antigénique directement injecté. Ils introduisent une information génétique destinée à faire produire par les cellules de l’organisme une protéine virale.
Ils auraient donc dû être considérés et évalués comme des produits géniques.
Ce classement aurait imposé une autre profondeur de contrôle, notamment une surveillance de long terme portant sur les risques inflammatoires, neurologiques, hématologiques, infectieux ou cancéreux. Or, en les faisant entrer dans la catégorie des vaccins, le système réglementaire leur a permis d’échapper à des exigences essentielles.
Ce glissement de définition n’est pas une querelle de vocabulaire. C’est le point de départ de tout le reste : des contrôles contournés, des délais raccourcis et des conséquences sanitaires qui continuent de se révéler plusieurs années après les premières injections.
La pharmacovigilance ou l’art de ne pas voir
C’est pourtant le principe de la pharmacovigilance passive.
Le patient doit d’abord soupçonner un lien entre son état et l’injection. Il doit ensuite trouver un médecin disposé à l’entendre. Ce médecin doit reconnaître la possibilité d’un effet indésirable, prendre le temps de constituer le dossier et effectuer une déclaration longue et complexe.
À chaque étape, des cas disparaissent.
Les patients ignorent l’origine de leurs symptômes. Les médecins manquent de temps. Certains refusent d’envisager que l’acte qu’ils ont conseillé ou pratiqué puisse être responsable. D’autres réduisent les troubles à l’anxiété. Les victimes deviennent alors doublement malades : atteintes dans leur corps et privées de la reconnaissance de ce qui leur arrive.
La pharmacovigilance active fonctionne à l’inverse. Elle consiste à suivre réellement des groupes de personnes vaccinées, à les interroger régulièrement et à consigner les problèmes de santé qui apparaissent. Cette méthode révèle l’immense sous-déclaration produite par le système passif.
Ce que l’on présente comme une absence de signal est souvent l’absence organisée d’un regard.
Le déni médical
Pourquoi tant de médecins refusent-ils encore d’établir un lien entre certaines pathologies et la vaccination ?
Parce que reconnaître ce lien obligerait à regarder leur propre rôle.
Ils ont recommandé ces produits. Ils les ont administrés. Ils ont parfois fait pression sur leurs patients. Ils se sont eux-mêmes fait vacciner. Admettre l’existence des dégâts reviendrait à reconnaître qu’ils ont participé, même de bonne foi, à un dispositif dont ils n’avaient pas mesuré les risques.
Le déni protège alors moins la science qu’une identité professionnelle.
Mais tous n’ont pas choisi cet aveuglement. Certains médecins, autrefois vaccinateurs convaincus, ont accepté de regarder les faits. Et ceux-là deviennent parfois les critiques les plus déterminés du système, précisément parce qu’ils ont compris comment leur confiance avait été utilisée.
Cette minorité a sauvé l’honneur de la médecine pendant la crise. Elle a continué à soigner, à réfléchir et à prendre des risques, parfois jusqu’à perdre son poste ou son droit d’exercer.
Un virus qui porte la trace du laboratoire
Plusieurs caractéristiques de son génome ne correspondent pas à ce que l’évolution naturelle aurait dû produire : la présence d’un site de clivage par la furine absent des coronavirus proches, une affinité particulièrement forte pour le récepteur humain ACE2 et certaines séquences liées à des travaux antérieurs de manipulation virale.
Le virus ne porte pas seulement les marques d’une adaptation à l’être humain. Il porte celles d’un travail de laboratoire.
Ce constat oblige à replacer la pandémie dans un cadre plus large : celui des recherches de gain de fonction, des manipulations de virus et des programmes scientifiques conduits au nom de la prévention des futures épidémies, tout en créant les conditions mêmes de leur apparition.
La catastrophe ne vient plus seulement de la nature. Elle peut naître d’une science devenue assez puissante pour transformer le vivant, mais trop liée aux intérêts institutionnels et militaires pour reconnaître les risques qu’elle produit.
Derrière la bulle de verre
Médecins sanctionnés, pharmaciens radiés, scientifiques marginalisés, vidéos limitées, comptes ralentis, publications rendues invisibles : la censure ne prend pas toujours la forme spectaculaire d’une interdiction. Elle agit souvent par réduction de portée.
Une publication est partagée des milliers de fois, mais reste enfermée dans un cercle restreint. Un compte cesse soudainement de gagner des abonnés. Certains sujets provoquent une chute immédiate de visibilité. La parole continue d’exister, mais elle ne traverse plus les murs.
Hélène Banoun décrit ainsi une « bulle de verre » : à l’intérieur, des chercheurs, des médecins et des citoyens lisent, échangent et tentent de comprendre. À l’extérieur, la masse de la population demeure hors d’atteinte.
La censure moderne ne brûle pas les livres. Elle fait en sorte qu’ils restent sur l’étagère la plus sombre de la bibliothèque.
Le problème n’est pas l’absence de règles
La question semble simple. La réponse l’est moins.
Des réglementations existent déjà. Mais les agences chargées de les appliquer s’adaptent aux capacités et aux contraintes des industriels qu’elles sont censées contrôler. Lorsque le processus de fabrication ne permet pas d’atteindre une norme suffisamment protectrice, la tentation consiste à déplacer la norme plutôt qu’à retirer le produit.
Le système ne demande plus à l’industrie de se conformer à l’intérêt public. Il demande à l’intérêt public de devenir compatible avec les impératifs de production.
Tant que le profit demeure le principe supérieur de l’organisation sociale, aucune réglementation ne suffira. Une industrie pharmaceutique n’a pas pour fonction spontanée de préserver la santé : elle a pour fonction de vendre des produits. La santé publique ne peut donc lui être abandonnée sans contre-pouvoir réel, sans indépendance scientifique et sans responsabilité politique.
Ce n’est pas seulement l’industrie qu’il faut changer.
C’est le monde qui lui permet de dicter ses règles.
Ce qui dépend encore de nous
L’avenir dépendra de la capacité de la population à ne plus déléguer aveuglément son jugement. Lire, vérifier, confronter les sources, écouter les soignants de terrain, refuser les mesures injustifiées : la résistance commence par la reconquête de l’attention.
Les batailles juridiques sont nécessaires, mais elles ne suffisent pas. Les institutions ne changent que lorsqu’elles rencontrent une opposition collective assez forte pour rendre l’injustice impossible à appliquer.
La prochaine crise ressemblera peut-être à la précédente. Les mêmes mots reviendront : urgence, solidarité, consensus, protection. Les mêmes mécanismes pourront être réactivés : peur, culpabilisation, censure, concentration du pouvoir et marginalisation des voix dissidentes.
Mais une différence demeure possible.
Cette fois, nous savons.
Nous savons qu’une blouse blanche ne garantit pas l’indépendance. Qu’une autorité sanitaire peut défendre une politique plutôt que la santé. Qu’un consensus peut être fabriqué en faisant taire ceux qui le contredisent. Qu’un système de surveillance peut être conçu de manière à ne pas voir. Et qu’une médecine qui abandonne le malade au nom du protocole cesse d’être une médecine.
La leçon de cet entretien est peut-être là.
La science n’est pas l’obéissance aux institutions. Elle est la confrontation permanente entre les faits et ce que nous pensions savoir.
Et la médecine ne commence pas dans un ministère, une agence ou un conseil d’administration.
Elle commence devant un être humain qui souffre.