u nucleaire] Climat : le nucléaire est médusé
[Observatoire du nucleaire] Climat : le nucléaire est médusé
u nucleaire] Climat : le nucléaire est médusé
Climat : le nucléaire est médusé
Le 12 août 2026 – Par Stéphane Lhomme
Directeur de l’Observatoire du nucléaire
http://www.observatoire-du-nucleaire.org
Alors que ses promoteurs prétendent encore que le nucléaire serait un moyen fiable de produire de l’électricité, les évènements démontrent clairement que ce n’est pas ou plus le cas.
Ainsi, en cet été 2026 qui est unanimement décrit comme caniculaire mais qui sera sous peu considéré comme en fait très ordinaire, divers pays nucléarisés sont obligés de baisser la puissance de leurs réacteurs nucléaires voire de les arrêter.
Il n’est ainsi pas du tout anecdotique de noter que trois réacteurs de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord) ont dû être arrêtés en urgence le 11 août de par l’aspiration, dans les circuits de refroidissements, de milliers de méduses.
En effet, ces malheureux organismes – impitoyablement broyés par EDF – se démultiplient sous l’effet du réchauffement des océans : cet évènement, qui s’était déjà produit au même endroit un an auparavant jour pour jour, est donc appelé à se reproduire de plus en plus souvent.
Par ailleurs, sous l’effet de la chaleur, l’eau de divers fleuves et rivières – Danube, Rhône, Meuse, Moselle, Garonne, etc – est trop chaude ou bien son débit est trop faible pour pouvoir refroidir correctement les réacteurs.
Parfois, il s’agit « seulement » de respecter les normes environnementales car, peu de gens le savent encore, les centrales nucléaires rejettent dans les rivières et les océans des quantités massives de produits chimiques et radioactifs, le tout dans une eau réchauffée qui menace la faune et la flore.
Tous ces produits très polluants – alors que le nucléaire est souvent présenté comme une énergie « propre » ! – se diluent d’autant moins que le débit est faible.
Les autorités de sûreté, à commencer par la très indulgente ASNR française, accordent aux exploitants toutes les dérogations qu’ils exigent mais, lorsque l’eau vient ou viendra à manquer, même les décrets les plus complaisants seront inopérants.
Nous conseillons d’ailleurs de surveiller attentivement le débit de la Loire, ramené par endroits à un filet d’eau. Ce sont quatre centrales – Belleville, Dampierre, Saint-Laurent et Chinon – qui sont en sursis. Les dirigeants d’EDF prient pour l’arrivée de pluies miraculeuses mais, même si c’est le cas cette année, le miracle ne se reproduira pas tous les ans.
La vérité est en effet que le réchauffement du climat condamne irrémédiablement le fonctionnement des 38 réacteurs français situés en bord de rivières. Quant aux 19 autres, situés en bord de mer ou d’estuaire, c’est le risque de submersion qui les menace de plus en plus au fur et à mesure de la montée du niveau des océans causée par le réchauffement.
Nous en avons déjà eu un petit aperçu dans la nuit du 27 au 28 décembre 1999 lorsque la centrale girondine du Blayais a été gravement inondée et a frôlé, douze ans à l’avance, le scenario dramatique survenu en 2011 à Fukushima (Japon).
Pourtant, bien que totalement déconsidéré et finissant, le pouvoir macronien tente, avec la complicité de la direction d’EDF, de rendre irréversible le lancement d’un programme de nouveaux réacteurs : les fameux EPR2, quasi identiques à l’EPR qu’EDF ne parvient toujours pas à faire fonctionner à Flamanville… alors que cela devait être théoriquement le cas dès 2012 !
Le problème n’est pas seulement l’incapacité d’EDF – démontrée sur plusieurs chantiers en France et en Angleterre – à construire ses propres réacteurs, et le financement injustifiable de ces projets par le « vol » délibéré de l’argent du Livret A, pourtant prévu pour le logement social.
Le problème est que, si par extraordinaire EDF retrouve la notice et parvient à construire correctement des réacteurs, ces derniers commenceront à fonctionner dans les années 2040 et 2050.
MM Macron, Lecornu et Fontana (le Pdg d’EDF) vont-il expliquer aux gens qui crèvent de chaleur désormais tous les étés, que la situation pourrait s’améliorer dans 25 ou 30 ans ?
Tout le monde sait que c’est immédiatement qu’il faut agir, à défaut de l’avoir fait depuis de nombreuses années malgré les multiples avertissements lancés par les antinucléaires et autres écolos aujourd’hui accusés de tous les maux… pour la simple raison qu’ils les ont annoncés et dénoncés en premier !
Au lieu de capter encore une fois des dizaines voire des centaines de milliards pour les offrir à l’industrie nucléaire, les dirigeants politiques doivent lancer immédiatement des plans de développement des énergies renouvelables (sans pour autant déforester pour installer des parcs solaires !), d’adaptation au changement climatique et surtout, grande absente des discours et actes de la plupart de politiciens, de sobriété.
Nous n’avons pas la place ici – il faudra une autre tribune – pour expliciter pourquoi la fuite en avant macronienne vers le « tout électrique » est une hérésie qui ne peut mener qu’à une nouvelle impasse, surtout quand il s’agit de faire venir des centres de données (data centers) qu’il faudra alimenter massivement et en continu… au lieu de répondre aux besoins vitaux de la population.
Ces dernières années, nous avons noté des effets d’annonces de construction de réacteurs nucléaires dans divers pays du monde. Il faut croire que, pour la plupart des présidents, rois, guides ou surtout dictateurs, parler de nucléaire confère encore un certain prestige.
Mais heureusement, la réalité est bien différente : la quasi-totalité de ces annonces ne sont suivies d’aucun effet et, donnée publique et reconnue par les agences internationales, la part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est passée de 17,1% en 2001 à 8,85% en 2025 : ce n’est pas une baisse mais un véritable effondrement, qui se poursuit inexorablement année après année. Pendant ce temps, la part des énergies renouvelables approche des 40% et monte de façon exponentielle.
Il est donc grand temps d’annuler tous les projets nucléaires, à commencer le programme français EPR2 et, au lieu de rester médusés, de se projeter dans l’adaptation au climat brulant qui nous frappe déjà et attend nos descendants…