Ce matin, je pensais aller au travail comme tous les jours : petite réunion, puis enchaîner 4 heures de cours avec mes 1eres et mes 2ndes.
Lorsque je suis sortie de ma réunion pour aller récupérer ma voiture et me diriger au lycée, je me suis retrouvée face à mes élèves. Mais ils n’étaient pas dans ma salle de classe. Ils étaient dans les rues de Clermont-Ferrand, portant des cartons avec des slogans.
Lorsque je les ai vus, je suis machinalement allée les saluer. J’étais fière de voir mes élèves devenus des citoyens se poser des questions, échanger, espérer, dénoncer leurs conditions d’études…
Malheureusement, ce moment idyllique n’a pas duré longtemps. Des gazs lacrymogènes nous ont rapidement piqué les yeux et la bouche, nous obligeant à nous réfugier dans une petite rue pour nous mettre à l’abri.
Voyant mes yeux rouges, mes élèves m’ont demandé si j’allais bien. Ils m’ont donné un masque et du sérum physiologique.
Nous avons donc continué à échanger. De plus en plus d’élèves et d’anciens élèves me reconnaissaient. J’étais de nouveau dans ma salle de classe, à parler de justice, de droits, d’égalité avec eux. Mais cette fois, je n’étais plus seulement leur prof, j’étais leur « camarade ».
Ils m’ont présentée à leurs proches.
J’ai donc décidé d’accompagner ce cortège et je me suis mise en grève.
À quoi bon aller dans ma salle de cours alors que mes élèves étaient là, dans la rue, exposés à des attaques répétées ?
Alors que j’échangeais des salutations, la BAC en civile est arrivée, gazeuse en main, prête à s’en prendre au groupe de lycéens derrière moi.
Mon réflexe a été d’écarter les bras en criant :
« Ce sont mes élèves ! Ils n’ont rien fait, arrêtez ! »
Ça a marché.
Mes élèves et ceux derriers ne se sont pas fait gazer cette fois.
Mais un jeune homme qui passait par là s’est fait attraper, repousser contre un mur et fouiller. Je suis restée à proximité pour voir s’il n’allait pas subir un quelconque excès de zèle.
Il a finalement été relâché. Il est venu vers moi et m’a remerciée, en m’expliquant que l’un des policiers venait de le menacer de lui mettre un coup de « casse » et de lui coller un outrage à agent.
Pourquoi ?
Gratuitement.
Je suis effarée.
La manifestation décide ensuite de se rendre place de Jaude par l’avenue des États-Unis.
Les jeunes avancent, bras levés — et quels doigts ! — en signe de paix devant le cordon de CRS.
Ils et elles avancent tranquillement. Ils et elles chantent « La Marseillaise ».
Mais les CRS ne semblent plus supporter cette jeunesse qui ose marcher vers eux pacifiquement.
Ils tirent.
Des galets de gaz lacrymogène arrivent sur les lycéens et lycéennes, dont beaucoup sont mineur.es. Ils et elles courent, paniquent, s’échauffent…
Et ils et elles recommencent.
Les jeunes marchent à nouveau. Puis s’assoient pour montrer qu’ils et elles sont pacifiques.
Certaines et certains crient aux CRS :
« Vous avez des enfants ? »
« On pourrait être vos enfants ! »
Mais les lacrymogènes continuent d’être lancés, à un rythme effréné.
Certains CRS ont le LBD en main. Ils pointent leur arme directement vers les jeunes.
J’ai peur.
J’ai peur qu’un.e des jeunes autour de moi soit blessés. Voire pire.
Je crie :
« Attention au LBD ! Ils arrachent les yeux ! »
Encore des gaz.
J’ai mal aux yeux. Je tousse. Je ne vois plus rien.
Une main. Une voix :
« Madame, madame, tenez, prenez de l’eau. »
Je bois. J’enlève mon masque.
Je me retourne.
Une jeune fille est assise. Elle n’arrive plus à ouvrir les yeux. Elle panique. Sa respiration est saccadée.
Je me mets à côté d’elle et lui donne ma bouteille d’eau. Des jeunes nous donnent du sérum physiologique.
Merci.
Qu’elle est belle, notre jeunesse !
Ils et elles me font du bien à mon humanité.
Il est 15 h.
Il faut que je parte.
Je pars le cœur serré, avec un sentiment d’abandon.
Que va-t-il se passer ?
Y aura-t-il des blessés ?
Je pense à eux et elles.
Ces visages, ces sourires …
Et je me dis que demain, les médias parleront des poubelles qui ont été brûlées.
De simples poubelles.
Alors qu’aujourd’hui, c’est une jeunesse qui, sous mes yeux, a été confrontée à une violence qu’elle n’aurait pas du vivre, simplement parce qu’elle ose revendiquer un avenir meilleur !
Alors merci à eux et à elles.
Merci pour leur solidarité.
Merci pour leur entraide.
Merci pour leur humanité.
Aujourd’hui, ce sont mes élèves qui donne une leçon.
Lorsque je suis sortie de ma réunion pour aller récupérer ma voiture et me diriger au lycée, je me suis retrouvée face à mes élèves. Mais ils n’étaient pas dans ma salle de classe. Ils étaient dans les rues de Clermont-Ferrand, portant des cartons avec des slogans.
Lorsque je les ai vus, je suis machinalement allée les saluer. J’étais fière de voir mes élèves devenus des citoyens se poser des questions, échanger, espérer, dénoncer leurs conditions d’études…
Malheureusement, ce moment idyllique n’a pas duré longtemps. Des gazs lacrymogènes nous ont rapidement piqué les yeux et la bouche, nous obligeant à nous réfugier dans une petite rue pour nous mettre à l’abri.
Voyant mes yeux rouges, mes élèves m’ont demandé si j’allais bien. Ils m’ont donné un masque et du sérum physiologique.
Nous avons donc continué à échanger. De plus en plus d’élèves et d’anciens élèves me reconnaissaient. J’étais de nouveau dans ma salle de classe, à parler de justice, de droits, d’égalité avec eux. Mais cette fois, je n’étais plus seulement leur prof, j’étais leur « camarade ».
Ils m’ont présentée à leurs proches.
J’ai donc décidé d’accompagner ce cortège et je me suis mise en grève.
À quoi bon aller dans ma salle de cours alors que mes élèves étaient là, dans la rue, exposés à des attaques répétées ?
Alors que j’échangeais des salutations, la BAC en civile est arrivée, gazeuse en main, prête à s’en prendre au groupe de lycéens derrière moi.
Mon réflexe a été d’écarter les bras en criant :
« Ce sont mes élèves ! Ils n’ont rien fait, arrêtez ! »
Ça a marché.
Mes élèves et ceux derriers ne se sont pas fait gazer cette fois.
Mais un jeune homme qui passait par là s’est fait attraper, repousser contre un mur et fouiller. Je suis restée à proximité pour voir s’il n’allait pas subir un quelconque excès de zèle.
Il a finalement été relâché. Il est venu vers moi et m’a remerciée, en m’expliquant que l’un des policiers venait de le menacer de lui mettre un coup de « casse » et de lui coller un outrage à agent.
Pourquoi ?
Gratuitement.
Je suis effarée.
La manifestation décide ensuite de se rendre place de Jaude par l’avenue des États-Unis.
Les jeunes avancent, bras levés — et quels doigts ! — en signe de paix devant le cordon de CRS.
Ils et elles avancent tranquillement. Ils et elles chantent « La Marseillaise ».
Mais les CRS ne semblent plus supporter cette jeunesse qui ose marcher vers eux pacifiquement.
Ils tirent.
Des galets de gaz lacrymogène arrivent sur les lycéens et lycéennes, dont beaucoup sont mineur.es. Ils et elles courent, paniquent, s’échauffent…
Et ils et elles recommencent.
Les jeunes marchent à nouveau. Puis s’assoient pour montrer qu’ils et elles sont pacifiques.
Certaines et certains crient aux CRS :
« Vous avez des enfants ? »
« On pourrait être vos enfants ! »
Mais les lacrymogènes continuent d’être lancés, à un rythme effréné.
Certains CRS ont le LBD en main. Ils pointent leur arme directement vers les jeunes.
J’ai peur.
J’ai peur qu’un.e des jeunes autour de moi soit blessés. Voire pire.
Je crie :
« Attention au LBD ! Ils arrachent les yeux ! »
Encore des gaz.
J’ai mal aux yeux. Je tousse. Je ne vois plus rien.
Une main. Une voix :
« Madame, madame, tenez, prenez de l’eau. »
Je bois. J’enlève mon masque.
Je me retourne.
Une jeune fille est assise. Elle n’arrive plus à ouvrir les yeux. Elle panique. Sa respiration est saccadée.
Je me mets à côté d’elle et lui donne ma bouteille d’eau. Des jeunes nous donnent du sérum physiologique.
Merci.
Qu’elle est belle, notre jeunesse !
Ils et elles me font du bien à mon humanité.
Il est 15 h.
Il faut que je parte.
Je pars le cœur serré, avec un sentiment d’abandon.
Que va-t-il se passer ?
Y aura-t-il des blessés ?
Je pense à eux et elles.
Ces visages, ces sourires …
Et je me dis que demain, les médias parleront des poubelles qui ont été brûlées.
De simples poubelles.
Alors qu’aujourd’hui, c’est une jeunesse qui, sous mes yeux, a été confrontée à une violence qu’elle n’aurait pas du vivre, simplement parce qu’elle ose revendiquer un avenir meilleur !
Alors merci à eux et à elles.
Merci pour leur solidarité.
Merci pour leur entraide.
Merci pour leur humanité.
Aujourd’hui, ce sont mes élèves qui donne une leçon.
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