Publication : Bon pote
12/10/2026

« De la manipulation », pour Marine Le Pen. « Des salissures », renchérit le député Rassemblement national (RN) Jean-Philippe Tanguy. Face aux écrits antisémites de Jordan Bardella, authentifiés et révélés fin septembre par Mediapart, l’état-major du parti nie en bloc. Quelques semaines plus tôt, devant les vidéos de Midi Libre montrant les propos racistes d’un policier municipal de Carcassonne et membre du service d’ordre du RN, la direction du parti bottait déjà en touche. « On a 150 000 adhérents, vous ne savez pas la vie, l’œuvre, les propos des uns ou des autres », répondait son porte-parole André Kotarac.
À ces déclarations, nous opposons des faits. Les cas de racisme et d’antisémitisme parmi les dirigeants, cadres, collaborateurs et élus du RN ont été documentés par de nombreux médias (Libération, Mediapart, Les Jours, StreetPress, l’Humanité). Nous avons réalisé une synthèse inédite de ces cas, répertoriés dans une seule base de données qui sera mise à jour autant que nécessaire dans les mois qui viennent.
Le résultat est effarant. Sur les 230 cadres et parlementaires du RN, 127 sont pointés du doigt (57%) pour des propos ou des actes racistes ou antisémites, pour des liens avec des organisations, personnalités ou comptes en ligne épinglés pour les mêmes raisons, ou pour l’embauche de proches collaborateurs eux-mêmes concernés (Notre méthodologie est détaillée en bas de l’article.) Ces personnes décident de la stratégie du RN et/ou votent les lois à l’Assemblée nationale, au Sénat ou au Parlement européen.
Le degré de gravité de chaque fait est bien sûr variable. Être membre actif d’un groupe Facebook noyé de contenus racistes n’est pas comparable avec le fait d’avoir d’avoir été filmé en faisant des saluts nazis ou d’avoir été condamné à de la prison ferme pour violences avec arme contre des personnes qui disent avoir été insultées de « sales Nègres ». Notre infographie interactive permet de naviguer parmi 127 de ces cas épinglés et d’en savoir plus sur ces personnes élues dans l’appareil du RN.
Le racisme et l’antisémitisme sont malheureusement présents partout sur l’échiquier politique, mais pas dans les mêmes proportions. Notre statistiques exclusives et l’analyse qui les suit démontrent leur caractère structurel au sein du RN et permet de constater qu’ils y trouvent un écho sans commune mesure par rapport au reste de l’offre politique.
Nos données exclusives sur le racisme et l’antisémitisme au RN

Notre analyse relève donc que plus de la moitié (57 %) des cadres du RN sont épinglés pour racisme et antisémitisme. Ce n’est pas tout. Plus on s’approche du haut de la pyramide de l’organisation du RN, plus on trouve une proportion importante de personnes épinglées. C’est le cas de :
- 8 des 11 membres du Bureau exécutif du RN (73 %), véritable centre de décision opérationnel du parti.
- 35 des 47 membres du Bureau national (74%), qui fixe les grandes orientations politiques du parti.
- 72 des 123 membres du Conseil national (59 %), qui approuve la désignation des membres des bureaux et se prononce sur les grandes orientations du parti.
- 14 des 19 membres de la Commission d’investiture (74 %), chargée d’accorder l’investiture du parti pour les différentes élections.
- 6 des 8 membres (75 %) de la Commission des conflits, qui veille au respect du règlement du parti et sanctionne les manquements.
Concernant les parlementaires, notre enquête relève que 66 % des eurodéputés (19 sur 29), 61 % des députés (73 sur 119) et 23 % des sénateurs (3 sur 13) ont été épinglés dans des enquêtes de presse pour des cas de racisme et d’antisémitisme.
Derrière les chiffres, l’ultra-violence antisémite et raciste
Ces données regroupent des faits d’une violence glaçante. Premier aperçu :
- Membre du Conseil national du RN, le député Frédéric Boccaletti a été condamné à de la prison ferme pour violence avec arme lors d’un collage d’affiches d’extrême droite, après une altercation avec cinq hommes qui disent avoir été insultés de « sales Nègres ». On lui reproche aussi d’avoir tenu une librairie vendant des ouvrages antisémites et négationnistes.
- Membre du Bureau national du RN, Caroline Parmentier, chargée depuis 2019 de la dédiabolisation du parti, a selon Mediapart publié pendant trente ans des écrits antisémites, racistes et homophobes. Elle s’y attaque au « lobby juif » autant qu’aux « bohémiens galeux », elle apporte son soutien au collaborationniste Philippe Pétain qu’elle disait encore « défendre » en 2018. Son mentor, Jean Madiran, est ouvertement antisémite. L’une des cibles de Caroline Parmentier est la femme politique rescapée de la Shoah, Simone Veil.
- Ancien directeur général du RN, Gilles Pennelle a, selon le JDD, été lié à un groupe « néopaïen racialiste qui se réclame du courant völkisch, l’une des matrices idéologiques du nazisme ». Le Monde rapportait en 2023 que le même Gilles Pennelle, aujourd’hui député européen, a publié des textes « aux côtés d’auteurs connus pour leur antisémitisme – certains condamnés pour incitation à la haine raciale ».
- Désormais présidente du nouveau groupe Rassemblement national au Sénat, Edwige Diaz a répondu en 2022 à une interview télévisée à côté d’une citation du « petit Führer français » Jacques Doriot encadrée dans son bureau. En 2016, selon l’AFP, une vidéo avait montré Edwige Diaz faisant un salut nazi lors d’une université d’été du FN. Elle nie : son bras tendu visait selon elle à indiquer où était garée sa voiture.

La genèse : Les fondateurs antisémites, violents et racistes du RN
Pour comprendre le RN d’aujourd’hui, il faut regarder d’où il vient. En 1972, le Front national naît dans les décombres du fascisme européen : il est fondé par des antisémites, des collaborationnistes, des tortionnaires et des criminels de guerre ultra-violents. Son cofondateur et premier trésorier, Pierre Bousquet, fut caporal (Rottenführer) de la Waffen-SS (organisation nazie qui recrutait des volontaires étrangers, notamment sur des critères idéologiques). Son premier secrétaire, Victor Barthélémy, est un collaborateur impliqué dans la rafle du Vél D’hiv. Son autre cofondateur et membre du Conseil national, Léon Gaultier, a été lieutenant (Untersturmführer) Waffen-SS.
On peut multiplier encore les cas problématiques. Les figures antisémites Roland Gaucher et François Brigneau ont été des cadres du Front national, tout comme le négationniste François Duprat. Les fascistes italiens du MSI ont apporté une aide financière et logistique au FN dans les années 1970. À la table des cofondateurs siègent aussi des partisans de l’OAS (Organisation armée secrète), organisation terroriste responsable de la mort de près de 2000 personnes sur le territoire français et des nostalgiques de l’Algérie française. C’est le cas notamment de Roger Holeindre, condamné à quatorze années d’emprisonnement pour ses exactions en Algérie.
Et puis il y a la figure tutélaire, Jean-Marie Le Pen, qui a pratiqué la torture en Algérie, et l’a même revendiqué – « J’ai torturé parce qu’il fallait le faire » – avant de nier cette évidence démontrée entre autres par l’historien Fabrice Riceputi. Une évidence rapportée aussi par des témoins. En mars 1957, le jeune Mohamed Cherif Moulay entend des parachutistes français torturer son père pendant des heures, dans sa maison d’Alger. Le père de famille est électrocuté, ses lèvres sont tailladées à la lame d’un couteau. Il sera achevé à la mitraillette. Au petit matin, Mohamed, désormais orphelin, découvre un poignard hitlérien gravé d’un nom : Jean-Marie Le Pen.
Voilà qui sont les fondateurs du Front national.

Sale juif, viens, on va te faire brûler ! » : un demi-siècle d’antisémitisme au sein du parti d’extrême droite
Dès les premières années du parti, l’actualité du FN est ponctuée de violences, notamment antisémites. En 1979, Jean-Marie Le Pen et ses sbires s’en prennent à une réunion publique organisée par la ministre Simone Veil. Cette dernière leur répondra par cette phrase restée dans l’Histoire : « J’ai survécu à pire que vous, vous n’êtes que des SS aux petits pieds. » Quelques instants plus tard, le député Jean-Pierre Pierre-Bloch est selon ce reportage du Monde menacé de mort par les militants du FN, qui en viennent aux mains : « Sale juif, viens, on va te faire brûler ! ».
En 1989, le député européen FN Claude Autant-Lara s’amuse à propos de Simone Veil et de la Shoah : « Bon alors quand on me parle de génocide, je dis, en tout cas, ils ont raté la mère Veil ! ». La même année, Jean-Marie Le Pen dénonce ce qu’il appelle « l’internationale juive », avant de regretter le fait qu’il y aurait « trop de juifs dans la presse ». Le père de Marine Le Pen va multiplier les sorties similaires et sera condamné pour avoir qualifié à plusieurs reprises les chambres à gaz de « détail de l’histoire ».
Brahim Bouarram, Gustave Kokou, Ibrahim Ali… Le sang versé par les amoureux du FN
En 1990, la France découvre avec effroi la profanation antisémite du cimetière juif de Carpentras. L’enquête révélera qu’elle a été organisée par les membres d’une organisation proche du Front national, le PNFE. Le 22 février 1995, Ibrahim Ali, un Français d’origine comorienne, est tué par balle par un militant FN qui collait avec d’autres membres du parti des affiches à l’effigie de Jean-Marie Le Pen. Le jeune homme sortait d’une répétition de théâtre. Le 1er mai 1995, Brahim Bouarram, 29 ans, est jeté dans la Seine par des militants d’extrême droite venus au défilé du Front national dans des bus affrétés par le parti.
En 1998, Gustave Kokou, étudiant en philosophie d’origine togolaise, est abattu de deux balles dans la tête par un skinhead, Antoine Bonnefils. Ce dernier avait été encarté au Front national, la police a retrouvé chez lui des tracts xénophobes confiés par un cadre local du parti et, après avoir tiré, c’est une figure locale du FN qu’Antoine Bonnefils décide d’appeler au téléphone.
Quand Jordan Bardella et Marine Le Pen revendiquent l’histoire antisémite de leur parti
Terminons ce rappel historique en signalant que les principaux dirigeants actuels du parti n’ont jamais renié cette histoire et ont même côtoyé et admiré certaines des personnalités les plus sombres de l’histoire du FN. Jordan Bardella revendiquait ainsi le 6 novembre 2023 : « Je ne crois pas que Jean-Marie Le Pen était antisémite », avant de se renier quelques temps plus tard.
Sur la photo ci-dessous, révélée par Médiapart, on voit Marine Le Pen aux côtés de l’ancien Waffen-SS Franz Schönhuber, instructeur dans la division « Charlemagne ». C’est l’unité qui accueillait des volontaires français comme Pierre Bousquet ou Léon Gaultier, cofondateurs du FN. En 2012, Marine Le Pen valsait à Vienne lors d’un événement qualifié par SOS Racisme de « bal immonde pour nostalgiques du IIIe Reich ». Organisé le jour de l’anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz, il réunissait des figures négationnistes.
Surtout, Marine Le Pen est ouvertement fière de l’histoire nauséabonde du parti fondé par son père. Elle dit « assumer » « toute l’histoire » de son parti. Interrogée par le JDD en novembre 2023 (alors récemment passé aux mains du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré), Marine Le Pen qualifiait de « manipulation politique » le rappel de l’antisémitisme des fondateurs du FN. À la mort de Jean-Marie Le Pen, elle déclarait au JDD au sujet de l’exclusion de son père du parti : « Je ne me pardonnerai jamais cette décision ». Dit autrement : en 2025, Marine Le Pen assume de dire qu’un antisémite et tortionnaire avait bien sa place au RN.

Les votes et les mesures du RN sont xénophobes et dangereux
Dans une logique clairement xénophobe, le RN a déposé et voté ces dernières années à l’Assemblée nationale des amendements tentant d’imposer la préférence nationale, notamment dans l’accès aux allocations familiales. Des propositions xénophobes et contraires à la Constitution, on le répète.
Cette xénophobie est tout aussi nette à l’échelle européenne. Selon une étude exclusive menée par Bon Pote, le Rassemblement national a voté ces dernières années très fréquemment avec le parti néo-nazi allemand Alternative für Deutschland (AfD) au Parlement européen. C’est encore le cas après 2024, date à laquelle les deux forces politiques ont officiellement coupé les ponts en décidant de siéger dans deux groupes politiques différents dans l’hémicycle strasbourgeois. Ainsi, entre 2024 et 2026, les eurodéputés du RN ont voté en faveur des amendements déposés par le groupe dominé par l’AfD dans près de neuf cas sur dix (89%).

On remarque également une tendance très claire dans les décisions des élus RN aux dernières municipales 2026. À Bergerac, les élus RN ont refusé le 30 septembre dernier qu’une école soit renommée du nom d’Irène Sapir, rescapée de la Shoah et figure locale de la lutte contre l’antisémitisme. Ces élus d’extrême droite ont justifié leur décision par le fait qu’Irène Sapir a été communiste après-guerre. « Ils n’ont même pas le courage de dire que c’est parce que je suis juive », « c’est la démonstration que le RN est un parti qui rejoint ce contre quoi j’ai toujours lutté », a répondu l’intéressée, âgée de 89 ans, au journal Sud Ouest. Un élu RN s’est estimé insulté par les propos de la militante contre l’antisémitisme et a indiqué à Sud Ouest se réserver le droit de la poursuivre en justice.
À Elne, le maire RN Steve Fortel a décidé de débaptiser le cinéma local « René Vautier ». Ce dernier était un réalisateur mais surtout un résistant français. À Cagnes-sur-Mer, le maire Rassemblement national Bryan Masson s’est attaqué à la Ligue des droits de l’homme. À Agde, la mairie a diffusé des affiches racistes réalisées avec l’intelligence artificielle. À Saint-Avold, le maire RN a défilé avec un drapeau de suprémacistes blancs américains. Il a plaidé l’erreur. Un élément de contexte : deux de ses conseillers et conseillères municipaux se sont filmés en chantant des slogans faisant l’apologie du collaborationniste Philippe Pétain. L’une d’eux a assuré qu’elle ne « connaissai(t) pas la chanson ». Ces deux personnes sont, malheureusement, loin d’être des cas isolés.

Le programme du RN est (toujours) xénophobe
Dès la fin des années 1970, le Front national choisit pour slogan : « 1 million de chômeurs, c’est 1 million d’immigrés en trop. La France et les Français d’abord ». Le rejet des étrangers est, aujourd’hui encore, la clé de voûte du programme du Rassemblement national.
Certes, les discours actuels du RN ne reposent pas sur un racisme biologique explicite, mais sur des termes édulcorés comme ceux de « préférence nationale », renommée depuis 2012 « priorité nationale ». Le projet n’en reste pas moins violent et xénophobe. Des chercheurs et chercheuses comme Cécile Alduy ont analysé des années de discours du RN et montrent que la discrimination reste centrale dans son projet. Certaines communications sont d’ailleurs très révélatrices : en 2015 Marine Le Pen proposait par exemple d’« éradiquer l’immigration bactérienne », et affirmait sans aucune preuve que les hôpitaux faisaient face à une « présence alarmante de maladies contagieuses non-européennes, liées à l’afflux migratoire ».
Par ailleurs, au-delà des termes, le simple fait de défavoriser les étrangers est contraire à la plupart des textes sur lesquels reposent l’état de droit français et plus largement la société française. Dès son préambule, notre Constitution affirme en effet que : « La France (…) assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. » De même, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne interdit toute discrimination basée sur la nationalité.
Le Conseil constitutionnel a confirmé en 2024 que le projet du RN est contraire à la Constitution. La CNCDH, boussole institutionnelle de notre état de droit en matière de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, a elle aussi rappelé en 2024 que la préférence nationale, « fil rouge » du programme du RN, « entre en contradiction totale tant avec les principes de notre Constitution qu’avec nos engagements internationaux ».
Vous vous demandiez si le RN est toujours xénophobe ? Voici une réponse : la xénophobie du RN est à ce point contraire à nos principes républicains qu’il faudrait modifier notre Constitution pour rendre son programme applicable. Marine Le Pen ne s’en cache pas : l’une de ses premières mesures serait de modifier la Constitution pour y rendre possible une xénophobie d’État.
Les dirigeants du parti multiplient (encore et toujours) les propos racistes et xénophobes
Jordan Bardella et Marine Le Pen ne se contentent pas d’assumer et revendiquer le passé de leur parti. Ils en perpétuent la tradition. Jordan Bardella est accusé par trois sources proches du parti citées par Complément d’enquête d’avoir partagé des contenus racistes sur Twitter, sous le pseudo RepNat du Gaito. Mediapart a aussi révélé les nombreux écrits antisémites de Jordan Bardella, envoyé entre 2013 et 2015, et dont le niveau de violence est sidérant : il s’attaque notamment à la soi-disant « main mise de la communauté juive-sioniste sur le pays » et prétend que « le juif doit dominer les autres peuples, les écraser et les voler ». Il dément, malgré les authentifications publiées par Mediapart.
Marine Le Pen, candidate du RN à la prochaine présidentielle, est coutumière de propos problématiques. Dans la vidéo ci-dessous, révélée par Mediapart, elle vante fin 2006 les qualités du militant antisémite Alain Soral, un « immense écrivain » selon elle. Deux ans plus tôt, sur Complément d’enquête, Soral comparait déjà le « judaïsme-sionisme » à une « maladie mentale ». Cela lui a valu une condamnation pour provocation à la haine raciale, mais n’a pas empêché Marine Le Pen de le faire applaudir.
En 2012, elle lance à des personnes en décapotable qu’elle identifie comme d’ « origine maghrébine » : « Vous l’avez gagnée au loto, la voiture, ou vous l’avez gagnée avec votre travail ? ». En avril 2017, Marine Le Pen juge que la France n’est « pas responsable » de la rafle du Vél’ d’Hiv. Une révision de l’histoire, puisque cet événement, qui a coûté la vie à plus de 12 000 personnes, a été organisé par des policiers français sur décision du régime de Vichy. En septembre 2021, elle s’inquiète : « La France restera-t-elle la France ? Ou sera-t-elle emportée dans le torrent non maîtrisé de gigantesques flux migratoires (…) ? ».
Julien Odoul, porte-parole du RN et membre du bureau national, a écrit à la journaliste Nassira El Moaddem : « Si elle n’est pas contente, qu’elle se casse ! » ou encore affirmé qu’une femme aurait « plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin ou Mattéo ». Une plainte pour provocation à la haine et injures publiques a été déposée contre lui par SOS Racisme, a dévoilé StreetPress en juillet dernier. Le même journal avait révélé en 2024 que l’assistante parlementaire du même Julien Odoul était accusée d’avoir tenu des propos racistes : « Vous n’êtes pas de vrais Français, moi je suis chez moi, je suis Française, blonde aux yeux bleus. » En 2019, Julien Odoul, encore lui, s’amusait pendant une canicule : « Le gouvernement en fait beaucoup trop. Je préférerais que le gouvernement s’intéresse à d’autres sujets beaucoup plus importants, comme le réchauffement islamiste (sic). »
Enfin, au moment où nous achevons cette enquête, Jean-Philippe Tanguy, président du groupe RN à l’Assemblée et membre du bureau national du parti, a prononcé lors d’un meeting « oui, le travail rend libre », phrase qui figurait à l’entrée des camps d’extermination nazis et dogwhistle (appel du pied) bien connu à l’extrême droite. Il estime n’avoir « rien dit de mal ». Vous vous demandiez si le RN est toujours xénophobe ? Écoutez bien les dirigeants du parti : beaucoup donnent la réponse.

Le problème dépasse la direction du parti
Il y a pire : le phénomène ne se limite pas aux dirigeants et aux élus actuels du RN. Notre travail a aussi permis de recenser de nombreux cas chez d’anciens cadres ou parlementaires, ainsi que chez des membres du RN ayant exercé ou exerçant encore des responsabilités locales, sans appartenir à la direction nationale. Au total, notre liste recense plus de 325 personnes du RN cités dans des enquêtes journalistiques liées au racisme et à l’antisémitisme.
On peut citer les saillies de l’ancien député RN Grégoire de Fournas, exclu en 2022 de l’Assemblée nationale pour avoir crié « qu’il retourne en Afrique ! » alors que le député LFI Carlos Martens Bilongo avait pris la parole en séance. Précision : Grégoire de Fournas a aussi été mis en cause par l’Humanité pour des écrits racistes. On peut citer le cas de François Paradol qui, sans être présent dans l’appareil interne du parti, est le directeur de cabinet de Jordan Bardella. Ce dernier a reconnu avoir appartenu au mouvement antisémite d’Alain Soral, Égalité et Réconciliation. Ce fût le cas selon Le Monde jusqu’au début des années 2010. A cette liste s’ajoute par exemple une vingtaine de collaborateurs et assistants parlementaires épinglés par la presse, le plus souvent pour leur appartenance à des groupuscules connus pour leur violence et leur racisme, à l’instar du Gud, de la Cocarde étudiante ou de Génération identitaire.
GUD, Génération identitaire : Le recrutement du parti se fait au sein de groupes racistes et néonazis
Pour comprendre comment autant de personnes mises en cause pour racisme peuvent appartenir à l’appareil du RN, il faut savoir que le parti a des liens voire recrute de fait dans des groupes et groupuscules souvent violents et qui s’inscrivent dans la mouvance néo-nazi.
Commençons par le GUD (Groupe Union Défense). Ce syndicat étudiant d’extrême droite, dissous en juin 2024, est l’héritier des mouvements violents et néofascistes Occident et Ordre nouveau, eux aussi dissous par le passé pour des faits de violence et eux aussi connus pour leur antisémitisme. Les récentes affaires et condamnations de dirigeants du Rassemblement national ont permis de démontrer les liens quasi familiaux entre les désormais ex-gudards et le parti d’extrême droite. Quand le RN a été condamné pour escroquerie et détournement de fonds dans le cadre de la campagne législative de 2012, les mis en cause étaient en effet des dirigeants du parti mais aussi des prestataires externes et anciens membres du GUD. Parmi eux, Frédéric Chatillon, décrit en 2014 dans une attestation fournie à la justice comme ayant « une haine maladive des juifs ». Il est par ailleurs un ami de Marine Le Pen. L’un des condamnés et ex du Gud, Axel Loustau, a d’ailleurs décrit selon Le Monde au cours de l’enquête à quel point le fait d’avoir appartenu au Gud ouvre des portes au sein du RN : « On se connaît tous depuis vingt ans, on se voit souvent pour déjeuner. […] Nous préférons travailler entre nous. » Ce dernier a été élu RN, est proche de Marine Le Pen et a été trésorier de son micro-parti (Jeanne). Il est mis en cause pour bon nombre d’actes antisémites dont celui-ci : Mediapart a publié des publications d’un compte Facebook d’Axel Loustau sur lesquelles on voit des croix gammées réalisées avec des grains de riz ou encore des citations du commandant nazi Léon Degrelle.
Que dire d’un parti dont les élites sont main dans la main avec les membres d’un groupuscule violent, nostalgique du nazisme et volontiers antisémite ? Le dossier, déjà lourd, a d’ailleurs encore pris de l’épaisseur en juillet dernier : Mediapart a révélé qu’une enquête du service antifraude du Parlement européen pointe les « irrégularités » de contrats noués entre le parti d’extrême droite et de prestataires liés à la « Gud connexion ».
Des questions d’un ordre similaire se posent sur les liens entre Génération identitaire et le RN. Dissous en 2021, notamment pour incitation à la haine, ses anciens membres ont continué à être impliqués dans des faits violents et racistes. Ainsi, en décembre 2022, au soir du match de foot France-Maroc, on retrouvait plusieurs anciens membres de Génération identitaire (mais aussi du Gud) parmi les personnes qui ont organisé à Paris et Lyon des agressions contre des personnes étrangères ou d’origine étrangère. Cela fait écho à des violences précédentes qui ont valu des condamnations à plusieurs dizaines de membres de Génération identitaire : agressions dans les locaux de l’association SOS Méditerranée, occupation de la CAF de Bobigny, campagnes anti-immigrés à la frontière franco-italienne…
Le RN recrute aussi massivement des cadres et collaborateurs à La Cocarde étudiante, syndicat étudiant qualifié par la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) de « mouvement ouvertement extrémiste et xénophobe », et dont au moins la section lyonnaise entretient selon StreetPress de proches contacts avec des néofascistes locaux. Début octobre, Rue89 Lyon dévoilait que le député RN Fabrice Leggeri avait encore choisi une membre de La Cocarde comme collaboratrice parlementaire, alors qu’elle « multiplie les connexions avec des militants identitaires et violents ».
« Vous verrez quand Bardella sera au pouvoir et qu’Hitler reviendra ! »
On notera également qu’on trouve régulièrement des membres du Rassemblement national dans les groupuscules et commandos racistes ou antisémites. Voici trois exemples, parmi tant d’autres :
En 2020, StreetPress révèle l’existence d’un groupuscule d’extrême droite comptant 400 membres organisés en cellules régionales qui coordonnent des entraînements aux armes et au combat. Streetpress y a identifié un grand nombre de déclarations racistes, mais aussi ce témoignage : « Chez nous, il y a du Rassemblement national (…) ».
En juin 2024, dans la nuit de la victoire RN aux européennes, des militants néofascistes revendiquant des affiliations au GUD et au RN reconnaissent être sortis dans Paris pour « casser du PD ». En garde-à-vue, l’un d’eux menace les policiers : « Vous verrez quand Bardella sera au pouvoir et qu’Hitler reviendra ! ». Il s’agit de Gabriel Loustau, fils d’Axel Loustau, déjà cité plus haut dans ce papier.
Enfin, plusieurs noms du RN figurent dans les listings d’Egalité et réconciliation, le groupe antisémite fondé par Alain Soral. C’est le cas de Frédéric Boccaletti, député du Var connu pour avoir tenu une librairie nommée Anthinéa, en référence à l’un des ouvrages de l’auteur antisémite Charles Maurras, mais aussi de François Paradol, directeur de cabinet de Jordan Bardella.
Vous vous demandiez si le RN est toujours xénophobe ? Voici des faits : le parti recrute au sein de groupuscule violents, xénophobes ou nostalgique du nazisme.
« Ils parlent sans arrêt de “pédé”, de “pédé”, de “pédé”, ça me fait froid dans le dos »: La dédiabolisation est une dissimulation
Les faits présentés dans cet article montrent combien la stratégie dite de « dédiabolisation » du RN est un trompe-l’œil. L’historienne Valérie Igounet a rapporté dans son livre (Seuil) la citation de Louis Aliot, pleine de cynisme, qui assumait fin 2013 tout mettre en place pour masquer les racines antisémites de son parti : « La dédiabolisation ne porte que sur l’antisémitisme. […] C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. »
Dès les années 2010, les personnes ayant quitté le RN ont dénoncé combien « La dédiabolisation du FN est une façade », à l’instar du conseiller régional d’origine antillaise Stéphane Durbec. C’est aussi le cas d’Arnaud Cléré, candidat aux municipales en 2013 dans la Somme qui dit avoir vu des croix gammées tatouées et témoignait : « Ils parlent sans arrêt de ‘pédé’, de ‘pédé’, de ‘pédé’, ça me fait froid dans le dos » ou de l’ancienne candidate du Front national à Saint-Alban (Haute-Garonne), d’origine algérienne, qui a accusé en 2015 un cadre du Front national de la Haute-Garonne de lui avoir dit : « Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four ».
Le parti n’a pas changé. Ce qui a changé, c’est que le RN a davantage de pouvoirs (il est majoritaire à l’Assemblée nationale) et que certaines élites sont beaucoup plus complaisantes à son égard. Alors que nous réalisions cette enquête, un événement éloquent l’a confirmé. Pour tenter d’obtenir les voix du Rassemblement national dans le cadre du vote du budget 2027, le gouvernement Lecornu a en effet proposé d’imposer aux étrangers un délai de carence pour certaines allocations. Une forme de préférence nationale légèrement édulcorée. C’est contraire aux principes de la Sécurité sociale, bâtie en France par des membres de la Résistance dont le militant syndicaliste Ambroise Croizat et construite sur le principe d’universalité. L’affaire démontre combien le pouvoir acquis par le Rassemblement national lui permet déjà de nuire aux droits des étrangers. Vous vous demandiez si le RN est toujours xénophobe ?
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