Qui sème les grenades récolte les barricades

 

 Article de Benjamin Ball, Azelma Sigaux, David Libeskind et Julien Lucy

On m’a demandé de condamner les violences, les émeutes, les barricades. De condamner la colère du peuple.

Je refuse d’ajouter ma voix au concert de l’indignation. Cette colère, je ne la condamne pas : je la salue.

La police tue. Les pesticides tuent. L’exploitation des humains et de la planète tue. La destruction des services publics tue. La concentration des richesses tue.

Chaque jour où cela continue est une violence plus grande que la révolte. Les féminicides, les morts de la rue, les morts au travail, les suicides de la jeunesse ou des paysan·nes, les cancers de masse, les dizaines de milliers de morts de la pollution de l’air : ces violences doivent cesser. Maintenant.

L’État et les multinationales écrasent jour après jour la vie de millions de personnes. La révolte contre cette violence est légitime.

Nous ne pouvons pas avoir l’hypocrisie de saluer les grands moments de basculement de l’histoire, la Révolution française, les révoltes des femmes pour le droit de vote, la Résistance face à l’oppression nazie, et, dans le même temps, condamner ce même élan lorsqu’il surgit aujourd’hui.

En tant que militant·e de la moindre violence, je soutiens et j’appuie les révoltes qui éclatent partout dans le pays.

Quand les travailleurs et les travailleuses, les opprimé·es, le peuple uni se lève, il est du devoir de chaque personne qui habite ce pays de se lever à son tour, de soutenir, de participer.

Qui sème la misère récolte la colère. Qui sème le mépris en paie le prix.

Monsieur le Président, vous avez semé les grenades. Vous récoltez les barricades.

Pour gagner face aux multinationales et aux gouvernements qui les servent, nous devons construire un rapport de force par :

  • la poursuite des perturbations et des blocages logistiques ;
  • le soutien, partout, aux mobilisations lycéennes et étudiantes ;
  • l’organisation, partout, d’assemblées de convergence : gilets jaunes, lycéen·nes, étudiant·es, travailleuses et travailleurs, paysannes et paysans, quartiers populaires, précaires, militant·es pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ;
  • la préparation de la grève et du blocage général reconductible à partir du 5 novembre.

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés.
La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première.
La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres.
Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Dom Hélder Câmara, Spirale de violence, 1970