CharlElie Couture raconte sa manif à Paris, le 17 octobre :
« Débordé par le bordel, ou bien s’agit-il de la stratégie du chaos ? Je ne sais pas. J’y suis allé en début d’après-midi avec l’une de mes filles, sans masque, ni cagoule, sans casque, ni foulard. J’y suis allé pour voir, curieux comme un badaud, pour me faire une idée sur ladite démobilisation générale annoncée dans les médias, quand le président dans le déni total des faits n’avait rien trouvé de mieux que d’aller voir Céline Dion pour se changer le idées, à la veille de cette journée nationale… Sauf que du monde il y en avait partout. Dès la gare de l’Est, des rubans de police nous interdisaient l’accès. On a décidé de contourner, mais finalement je n’ai jamais pu rejoindre la place de la République. Bloqué rue du Faubourg du Temple par un cordon de CRS. Derrière eux des tirs, des explosions toutes les trente secondes, et aussi un feu. Rue Yves Toudic une grosse fumée noire polluait le ciel. Les pompiers ? je ne sais pas il y avait bien une ambulance stationnée mais pas de pompiers qui devaient être occupés ailleurs. On laissait brûler ce feu sans rien faire.
Les gardes mobiles immobiles, plantés là, devant nous, harnachés et raides comme des Playmobil, le visage fermé sous leurs visière baissée, le sourcil froncé et l’air grave, mutiques à quelques centimètres d’une foule qui conspuait tantôt le gouvernement, tantôt Macron lui-même, tantôt la force publique et l’ordre qu’ils incarnaient. Ils ne bronchaient pas.
J’ai reculé, changé d’endroit. On avait du mal à bouger tellement il y avait de monde, toutes sortes de gens. Il y avait globalement une ambiance plutôt bon enfant, mais une France en colère, sans issue, une masse dans la nasse. Certains prenaient des photos avec leur téléphone, d’autres discutaient entre eux assis à la terrasse de cafés, une bière à la main en regardant défiler devant eux des jeunes, des vieux, des sportswears, des bobos ébahis, des infirmiers en blouse, deux drag-queens, un autre déguisé en cheval ou deux autres en Super Mario. Les uns tenaient des cartons, des bouts de carton, parfois juste une feuille de papier, n’importe quoi sur lesquels ils avaient écrit vite fait quelque chose, un slogan, un jeu de mot, ou un avis sur ce qui se passe actuellement, rien de vraiment organisé, et puis aussi des cagoulés noirs, filles et garçons qui se la pétaient gonflés à l’adrénaline, venus là pour s’amuser à défier la société …
Je ne disais rien, ne faisait rien, pourtant je ne me suis senti en tension qu’à l’approche du cordon de CRS. Et puis alors qu’on repartait tranquille, sans qu’on comprenne pourquoi, il y a eu une charge de la police dans notre dos, et on s’est fait pepperiser. Les yeux qui piquent, les poumons qui brûlent, la gorge en feu… On rejoignait une fanfare sur le canal Saint Martin quand un cortège d’une dizaine de voitures de police nous a foncé dessus littéralement à cent à l’heure. On s’est écartés en panique. Whaa, vraiment flippant cette vitesse. Il était 16 heures quand on a décidé de rentrer, ça continuait de pétarader un peu partout.
Arrivé chez moi j’ai allumé les chaînes en continu, mais j’ai vite éteint tellement ça ne relatait pas l’ambiance de ce que j’avais vécu. »
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