«Nous nous engageons à soutenir Jean-Luc Mélenchon» : Fabien Roussel lâché par la majorité du groupe communiste
Neuf élus PCF et ultramarins sur les 17 que compte le groupe à l’Assemblée ont annoncé ce jeudi 5 novembre soutenir le candidat LFI à la présidentielle plutôt que leur secrétaire national.
Fabien Roussel lâché par ses camarades en rase campagne.
La majorité du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) qui rassemble élus communistes et ultramarins à l’Assemblée nationale (9 députés sur 17, et dans le détail 4 PCF et 5 d’outre-mer), dont leur président, Stéphane Peu, annonce ce jeudi 5 novembre soutenir la candidature de l’insoumis Jean-Luc Mélenchon pour la présidentielle de 2027 plutôt que celle de leur candidat naturel, le secrétaire national du PCF.
Ces députés justifient notamment leur décision par le risque d’une victoire de Marine Le Pen, donnée favorite pour cette élection. «A l’approche d’une élection présidentielle aux enjeux immenses, nous prenons nos responsabilités, par-delà nos attaches partisanes», ont-ils déclaré pour justifier un geste qui renforce l’assise à gauche du candidat insoumis. «Nous nous engageons à soutenir la candidature à l’élection présidentielle de Jean-Luc Mélenchon», ajoutent-ils, précisant qu’«aucun d’entre nous n’est insoumis ni n’envisage de le devenir».
Présidentielle
«J’assume cet acte que j’assimile à un acte de désobéissance civile. C’est une objection de conscience», appuie Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis. Le patron des députés communistes, partisan affirmé d’une gauche de rupture, juge impossible de soutenir le candidat social-démocrate Raphaël Glucksmann, qu’il voit comme «la continuité de la gauche d’accompagnement du libéralisme».
Roussel muet, Mélenchon jubile
Au total ce sont quatre des huit députés communistes, plus cinq ultramarins, qui annoncent soutenir le candidat insoumis. Trois d’entre eux, dont Stéphane Peu, sont élus en banlieue parisienne, dans des circonscriptions où La France insoumise fait de très bons scores. Cet accord leur assure un soutien de LFI aux prochaines législatives.
D’autres élus communistes devraient d’ailleurs leur emboîter le pas. «Nous essayons de créer les conditions pour que le groupe GDR perdure au-delà des prochaines élections législatives», explique Stéphane Peu. «L’enjeu du PCF, c’est de pouvoir présenter des candidats dans 50 circonscriptions aux législatives», l’une des conditions majeures pour permettre à un parti de recevoir des subventions publiques, décrypte un cadre insoumis.
Sollicité, l’entourage de Fabien Roussel a refusé de commenter un «choix personnel». De son côté, Jean-Luc Mélenchon s’est dit sur X «très ému» de se «retrouver au coude-à-coude avec le groupe communiste» pour «hisser la gauche au second tour de 2027 et appliquer un programme de rupture avec le macronisme».
Le soutien de son chef de groupe à l’Assemblée nationale à un autre candidat affaiblit Fabien Roussel. Ce dernier n’arrive pas à créer de dynamique en ce début de campagne et stagne à environ 2 % d’intentions de vote dans les sondages alors que Jean-Luc Mélenchon est donné en mesure de se qualifier au second tour face à Marine Le Pen.
«La campagne ne démarre pas»
Début septembre, les militants PCF avaient voté à 72 % pour soutenir la candidature de leur dirigeant, qui avait été reconduit dans ses fonctions en juillet pour la présidentielle. Lors de l’élection de 2022, Fabien Roussel avait réuni seulement 2,28 % des suffrages. Les insoumis l’avaient alors accusé d’avoir privé leur champion Mélenchon (21,95 %) de l’accession au second tour. D’autant plus que le fondateur de LFI avait bénéficié du soutien du PCF lors des présidentielles de 2012 et 2017.
«Avec LFI, nous avons beaucoup plus de convergences que de divergences, explique la députée des Hauts-de-Seine Elsa Faucillon, également signataire de l’appel. En 2022 il se passait quelque chose autour de la candidature de Roussel. Il y avait une envie de campagne chez les militants communistes. Ils étaient convaincus que la campagne présidentielle était la condition pour reprendre des forces et gagner en visibilité. Mais là, la campagne ne démarre pas.»
Ce ralliement était attendu par les insoumis, qui ont pris le leadership de la gauche radicale – Stéphane Peu était déjà présent au meeting de lancement de campagne de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis en juin. Et les communistes avaient soutenu la candidature de l’insoumis Bally Bagayoko à Saint-Denis aux municipales, dans le cadre d’un accord départemental entre LFI et le PCF en Seine-Saint-Denis.
«C’est une décision très forte des députés communistes et ultramarins qui contribue à l’union de la gauche de rupture autour de la candidature de Jean-Luc Mélenchon», se réjouit le député insoumis Paul Vannier, responsable des relations avec les autres partis. Les insoumis espèrent également bénéficier bientôt du soutien du petit parti Génération. s, créé par Benoît Hamon, dont les six députés siègent au groupe écologiste à l’Assemblée nationale. Des discussions sont en cours entre les deux formations.