François Boulo@FrancoisBoulo
Message d’espoir
Il y a huit ans, nous, Gilets jaunes, avons combattu de toutes nos forces. « Sur les ronds-points, nous avons retrouvé la fraternité. Nous allons reconquérir la liberté et l’égalité », voilà ce qui animait nos cœurs et nos esprits.
Nous nous mobilisions pour tout le monde, « pour nos enfants et nos petits-enfants ». Nous nous érigions en porteurs d’un message intergénérationnel, intemporel et universel : le droit pour tout être humain de vivre dans la dignité, d’être respecté et écouté.
« Ne nous regardez pas, rejoignez-nous ». Nous n’attendions pas le Grand Soir, mais un grand sursaut collectif. Pendant des mois, nous avons attendu désespérément que d’autres pans de la société nous rejoignent, en vain. Le pays n’était pas prêt. Samedi après samedi, la fatigue a commencé à se faire ressentir. La répression a fait de gros dégâts et découragé à l’usure même les plus déterminés d’entre nous. Chacun a fini par rentrer chez soi. Écœuré, dégoûté, meurtri au plus profond de son âme. Le pire nous attendait.
La solitude, parfois le désespoir. On manque d’air, le monde nous écrase. Tout est lourd, tout est douloureux. Les proches ne nous comprennent plus, notre vie d’avant ne nous convient plus. Nous nous sommes déplacés, et désormais nous voyons le monde tel qu’il est : superficiel, violent, absurde. Nous sommes engagés, malgré nous, sur un chemin de croix dont on ne voit jamais le bout. Un tunnel sans fin. Et pourtant, en notre for intérieur, nous savons qu’un pacte nous lie à nous-mêmes et à tous nos compagnons : « Le jour où le pays enfin se lèvera, nous serons là ».
Alors nous regardons. Nous observons la France que nous aimons tant pour y apercevoir une lueur d’espoir, un jaillissement inattendu. Mais nous ne voyons que des frémissements, quelques soubresauts sans lendemain. Le système est puissant, très puissant. Faire taire les contestations, c’est son obsession. Alors, ça y est ? Auraient-ils réussi à tuer notre légendaire instinct révolutionnaire ? On commence à douter.
Et voilà qu’au moment où personne ne s’y attendait, la jeunesse de France surgit sur la scène. A l’automne, à six mois d’une élection présidentielle. C’est un peu irréel, et pourtant, c’est là. Les bâtiments, les profs absents, mais surtout, une angoisse existentielle. Comment trouver sa place quand le futur n’existe plus ? Il n’y a plus d’horizon, plus aucun sens. Le monde du progrès et de la méritocratie n’est plus. Il ne reste que le déclin et les mensonges pour sauver les apparences.
Et quelle jeunesse ! Elle a tout compris. Face aux puissants, aux médias, aux complices du désastre, elle répond. Insolente, impertinente, juste. La claque. Celle que nous attendions. Face à la répression, elle résiste, tient bon. Malgré les blessés, malgré la peur. Oui, il existe dans ce pays une nouvelle génération éclairée, consciente, déterminée, admirable. Elle nous a réveillés. Elle nous ouvre la voie. Et désormais, grâce à elle, nous savons que ce pays a encore un avenir.
Infinie gratitude. Sentiment de responsabilité. L’Histoire nous attend.
Demain sera ce que nous en ferons.