Chine : l’hirondelle de la révolution arrive en hiver.

aplutsoc2

Nov 27

Aux alentours du 19 novembre dernier, les ouvriers de la firme « multinationale » Foxconn, dans la plus grande usine d’Iphone du monde, à Zhengzou, dans le Henan (Chine), sont entrés en mouvement contre les confinements/emprisonnements de la politique « zéro Covid », consistant à les enfermer dans leurs dortoirs, y compris avec des cas de Covid, justement parmi eux. Environ 20 000, renversant les barrières, seraient partis et souvent rentrés dans leurs villages. Mais le gros de l’effectif, resté sur place, est sorti en manifestation publique, au grand jour, le 23 novembre, exigeant le paiement d’une prime promis mais non fait, et des hausses de salaires, et ont affronté la police et les cadres du parti. Cette grève de masse dans une usine clef du capitalisme tant chinois que mondial (Foxconn est taiwanais et est le premier fournisseur d’Apple, fut le premier détonateur.

A Urumqi, plus grande ville du Xinjiang, fortement sinisée, un immeuble confiné a pris feu, dans la nuit du 25 au 26 novembre. On ignore le nombre de victimes. Ceci a produit une énorme protestation populaire et des affrontements. Les forces de répression ont convergé sur la ville. Mais, à ce jour et à cette heure, il semble que la foule tienne la rue. Et, s’il est difficile de dire quelle est la part des Ouïghours dans le mouvement, il est avéré qu’à des centaines de km de là, à Khotan, les habitants en cortège ont brisé les barrières et affrontent la police – ce sont des Ouïghours. Urumqi fut le second détonateur.

Foxconn + Urumqi : cette fois-ci, sans doute parce que le terrain social était là, la double détonation a enclenché un processus national, le plus important depuis Tian-An-Men, dans la tradition des soulèvements de la jeunesse chinoise et de la classe ouvrière, comme en 1919, en 1925, en 1989, tradition renouée par dessus la répression et les faux récits « historiques » du pouvoir.

En effet, à Shanghai, hier 27 novembre, le bruit a couru sur le net d’un rassemblement spontané rue Urumqi, choisie pour son nom symbolique (les autorités ont depuis enlevé les panneaux !). Et celles et ceux qui sont allés au rendez-vous ont eu la surprise de s’y découvrir des milliers et des milliers. Alors des mots-d’ordre ont fusé :l « Liberté ! Liberté d’expression et d’information ! Xi Jinping dehors ! PCC démission ! » « Trés rare démonstration d’hostilité« , comme le disent certains journaux ? Non, expression centrale du mouvement de fond qui se cherche et se construit en marchant.

La manifestation de Shanghai, sous la double onde de choc de Foxconn et du Xinjang, a lancé les mots-d’ordre visant directement le parti/Etat/patron/capital, le PCC (Parti Communiste Chinois ou plutôt Parti Capitaliste Chinois), et formulé l’objectif démocratique central : le renversement de son chef, quelques semaines après son congrès !

Simultanément, des manifestations de la jeunesse ont éclaté partout et elle s’étendent en ce dimanche 27 novembre. Les jeunes brandissent des feuilles de papier vierge symbolisant la libre expression qui ne demande que la destruction de la censure, du contrôle sociale et de l’étouffement. A l’université Tsingua de Beijing, ceux de mathématique brandissent l’équation de Friedmann, car cela sonne comme « Free Man ». A Wuhan, célèbre comme « berceau du Covid », une foule énorme, rejointe par des milliers d’employés qui ont quittés leurs postes de travail, a renversé toutes les barrières soi-disant « anti-Covid ». A Chengdu, 30 millions d’habitants, coeur du Sichuan, une énorme manifestation spontanée s’écrie « la liberté ou la mort ».

La police tente de réprimer mais est surprise par la force spontanée quasi instantanée d’une vague qui, bien entendu, vient de loin et de profond. Comme aurait dit Rosa Luxemburg, l’Achéron est en mouvement. Les jeunes interpellent les policiers et leurs parlent salaires. Des centaines d’arrestation ont déjà eu lieu et la libération immédiate de tous les prisonniers politiques est donc devenu au autre mot-d’ordre clef.

Nous n’allons pas, ce soir, caractériser la situation : révolution, pas révolution … On va voir.Ce qui est sûr est que d’ores et déjà, même si vous n’en avez pas encore entendu parler, c’est historique. 2022 porte déjà quatre grandes dates : 24 février au matin le peuple ukrainien se dresse pour battre l’invasion impérialiste russe ; 14 juillet, les prolétaires sri-lankais renversent le président Rajpaksa et plongent dans sa piscine ; 16 septembre, l’assassinat de Masha Amini par les nervis religieux enflamme la révolution démocratique en Iran ; 23 septembre, la grève de masse et l’action directe des ouvriers de Foxconn, Zhengzou, enflamme la Chine. Bien creusé, vieille taupe. Maintenant, au travail : diffusez l’information, assimilez la situation, organisez la solidarité !

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