
03.04.2025
Ce matin, les marchés sont rouges. Pas rouges façon gueule de bois post-FOMC. Non. Rouges façon bain de sang. Les futures américains indiquent une ouverture en baisse de 3%. Le Japon dévisse de plus de 3%. Hong Kong abandonne 2.3%. Et les marchés européens s’apprêtent à se faire cueillir à froid. Seule la Chine semble étrangement calme. Peut-être parce qu’ils savent déjà ce qu’ils vont faire ensuite. Bref : Good Morning Récession !
Liberation Day, my A…
C’est officiel : Trump a appuyé sur le bouton. Le fameux « Liberation Day » s’est transformé en tsunami tarifaire. Un choc économique d’une ampleur inédite depuis… allez, disons la crise de 2008. Et encore. On n’a probablement encore rien vu.
LIBÉRATION OU DÉTONATION ?
Tout a commencé hier soir, dans les jardins de la Maison Blanche. Trump, micro à la main, posture de croisé, balance son plan : une guerre économique ouverte, assumée, massive. Une « croisade protectionniste », dixit lui-même, pour rendre à l’Amérique sa grandeur industrielle. Et tant pis si ça fait exploser l’économie mondiale.
La méthode ? Simple, brutale, à l’image de Trump lui-même…
• Un tarif universel de 10% sur tous les produits importés aux États-Unis. Pas de jaloux.
• Et des surtaxes « réciproques » qui vont de 20% à 49% pour les pays avec lesquels les États-Unis ont un déficit commercial.
Et là, c’est le défilé des condamnés :
• 🇨🇳 Chine : 34% (jusqu’à 54% avec les surtaxes liées au fentanyl)
• 🇻🇳 Vietnam : 46%
• 🇰🇭 Cambodge : 49% → Record mondial !
• 🇹🇼 Taïwan : 32%, sauf pour les semi-conducteurs (ouf !)
• 🇮🇳 Inde : 26%
• 🇧🇩 Bangladesh : 37%
• 🇮🇩 Indonésie : 32%
• 🇪🇺 Union Européenne : 20%
• 🇨🇭 Suisse : 31% – on n’aurait jamais dû lâcher le secret bancaire
« Ce sont des tarifs à prix cassé », a déclaré Trump. « On leur fait payer la moitié de ce qu’ils nous font payer. » Ben voyons. Résultat : tout le monde se prend une claque. Mais certains plus que d’autres.
SEMI-CONDUCTEURS SAUVÉS IN EXTREMIS… POUR L’INSTANT
Le cas des semi-conducteurs est emblématique :
L’annonce d’un tarif de 32% sur Taïwan a provoqué un mini-séisme dans la tech. Nvidia, AMD, Qualcomm, Apple… tout ce beau monde dépend de TSMC, la méga-usine taïwanaise qui fabrique 90% des puces les plus avancées de la planète.
Panique à bord ? Oui.
Et puis, revirement de dernière minute : la Maison Blanche précise que les semi-conducteurs sont exclus. Soulagement ? Pas vraiment. Les actions des fabricants plongent quand même : Nvidia -4.3%, TSMC -6.6%, AMD -4.4%.
Parce qu’au fond, le vrai poison, ce n’est pas la taxe. C’est l’instabilité. Et pour une industrie où le timing se compte en nanosecondes et les marges en micro-dollars, l’instabilité, c’est le cauchemar.
QUI VA PAYER ?
Alors on peut se demander qui va payer ! Spoiler : tout le monde. Mais certains plus vite que d’autres.
• Apple : -7%. Dell : -5%. Ils fabriquent en Chine et à Taïwan. Pas besoin d’un dessin.
• Le retail américain : Lululemon -11%, Gap -8.4%, Walmart -5%, Target -5.5%. Pourquoi ? Parce que leurs vêtements, chaussures, accessoires viennent tous de pays désormais surtaxés.
• Les brasseurs : 25% de surtaxe sur les canettes en alu. Même boire une Corona devient un acte militant.
• L’énergie verte : Sunrun -5.6%, GE Vernova -4.6%. Les composants viennent d’ailleurs. Et désormais, ils coûtent un bras.
• Le private equity : Blackstone, KKR, Apollo… tous baissent. Pourquoi ? Parce que si la Fed ne peut plus baisser ses taux à cause de l’inflation importée, c’est tout leur modèle qui s’écroule.
• Les fermiers : la Chine a déjà annoncé des contre-mesures sur le soja et le maïs. Et si Pékin augmente encore la pression, l’agriculture US va en prendre plein la tronche. Ironie : c’est leur propre électorat qui risque de payer le plus cher.
LE COCKTAIL ÉCONOMIQUE PARFAIT POUR UNE RÉCESSION
La recette est simple. Simple et parfaite pour avoir une récession au petit-déjeuner
• Des prix qui flambent,
• Une Fed coincée entre inflation et ralentissement,
• Des chaînes logistiques broyées,
• Une consommation sous pression…
Vous ajoutez a cela un zeste d’incertitude géopolitique, secouez bien fort… et voilà ! Vous obtenez une belle petite récession made in Trumponomie™.
Et si vous pensez que j’exagère, sachez que la Fed d’Atlanta prévoit déjà une contraction du PIB au premier trimestre. Et on n’a même pas encore intégré les effets de la vague tarifaire dans les modèles.
Après, on peut parler du retour des usines aux USA – en essayant de ne pas rire.
Le fameux « reshoring ».
Alors oui, quelques boîtes vont peut-être relocaliser. Mais produire aux USA coûte plus cher, prend plus de temps, et embauche surtout… des robots.
Donc non, on ne reverra pas 10’000 ouvriers en combinaison bleue rentrer à l’usine comme en 1954. Peut-être 12 ingénieurs et un chien robot, si on a de la chance.
Pour l’instant, le monde se découpe en bloc, il n’y a plus d’ami et tout le monde se regarde de travers. L’Europe hurle. La Chine prépare sa riposte. L’Inde grogne. Bref, le monde se fractionne. Et la logique du « chacun pour soi » gagne du terrain.
La mondialisation, version 1990-2020, vient peut-être de rendre l’âme. Ce qu’on vit, c’est un changement de paradigme. Et il est violent.
EN CONCLUSION : TRUMP N’A PAS APPUYÉ SUR UN BOUTON, IL A BALANCÉ UNE GRENADE.
Ce qu’il a lancé hier soir, ce n’est pas juste un plan tarifaire. C’est une redéfinition totale des règles du jeu mondial.
Il a pris le commerce international, l’a passé au mixeur, et nous l’a resservi avec un parapluie rose et une rondelle de citron en disant : »Bon appétit les gars. C’est ça ou rien. »
ET MAINTENANT ?
Powell, le patron de la Fed, regarde la tempête arriver avec un seau et une cuillère.
Les marchés sont en mode panique. Les algos hurlent. Les investisseurs fuient. Et nous ? Eh ben on va se faire secouer comme on s’est fait secouer quand Lehman a mis la clé sous la porte… Nous sommes en zone de correction.
À quelques encablures d’un bear market.
2025, était censée être une année facile et pour l’instant, c’est surtout l’année où il faut s’accrocher au bastingage.
Bienvenue dans la Trumponomie. Une économie où l’on préfère le bras de fer et les claques dans la gueule plutôt que les petits fours à la réception de Monsieur l’Ambassadeur où on va se faire péter le bide à coups de Ferrero Rocher… Et j’ai peur que ça ne soit que le début…
Voilà ce que l’on pouvait rapidement résumer au sujet de ce qui s’est passé hier. La bonne nouvelle c’est qu’au moins, ce matin, nous avons levé une bonne partie des incertitudes, on va pouvoir aller refaire nos calculs sur nos spreasheets excel et tenter de trouver une nouvelle raison de vivre ou un nouveau niveau d’achat sur les indices américains. Une chose est certaine, nous sommes en zone de correction. La question qui peut maintenant se poser c’est de savoir si l’on est capable d’aller jusque sur le territoire du bear market – territoire qui commencera sous les 4’950 sur le S&P…
On ne va pas parler du RESTE Des news, il n’y en a pas et on ne parle que de ça. Par contre, on notera quand même que Musk a déclaré qu’il allait quitter le gouvernement pour repartir faire du « business » et essayer de récupérer ce qui reste de Tesla. Et ça tombe bien parce que les chiffres des livraisons de Tesla était apocalyptiques hier et son salut nazi – ou pas – a laissé des traces… sur l’annonce des chiffres le titre a plongé de 6%, sur l’annonce de Musk qui quitte le DOGE, Tesla a repris 10% et elle reperdait 5% after close et after tarifs…
Il faut avoir le cœur bien accroché.
Bref, néanmoins, ce matin la couleur c’est : ROUGE… on est toujours à -2.8% sur les futures US et ça n’est pas arrivé depuis le COVID ou la faillite de Lehman… Excellente journée à tous et on se voit demain avec un peu plus de recul et pour attendre les chiffres des Non-Farm Payrolls tous ensemble !
À demain
Thomas Veillet
Investir.ch
Be Fearful When Others Are Greedy. Be Greedy When Others Are Fearful. ( Soyez craintif lorsque les autres sont avides. Soyez avide lorsque les autres sont craintifs.)
Warren Buffet
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