
Le Bear Market est DÉJÀ parmi nous (mais pas encore Roubini)
Bon. Ce matin on va essayer de faire simple. Je vais tenter d’éviter de vous faire un résumé détaillé sur ce qui s’est passé puisque vous le savez déjà et qu’en plus, vous avez sûrement déjà un avis et vous n’avez donc pas besoin du mien. Mais il faut quand même revenir sur le fait que nous avons vécu une belle séance de merde. Oui, je sais : « belle séance de merde » c’est pas très correct comme langage, mais à ce stade du bain de sang, il n’est pas facile d’ouvrir le dictionnaire des synonymes pour trouver un phrase du style : « la séance n’a pas été très agréable du point de vue mathématique ». Non, la séance a été merdique et c’est sûrement pas terminé.
L’Audio du 4 avril 2025
Trump a donc relancé la guerre commerciale et il s’en est pris au monde entier et visiblement il a même réussi à mettre en place des taxes douanières contre des îles qui sont inhabitées au cas où les mouettes commençaient à produire des semiconducteurs. Cette « déclaration » de guerre a donc provoqué un tsunami sur les bourses mondiales. Hier on n’a pas fait de prisonniers et tout le monde s’est précipité vers les canaux sauvetage en mode « mon portefeuille d’abord, les femmes et les enfants ensuite, s’il reste de la place ». Le S&P500 a perdu 4.8% et c’était sa pire journée depuis juin 2020. Le Nasdaq s’est pris 6% dans les dents et s’est tout simplement fait marcher dessus et ensuite, on l’a traîné dans la boue. Le Russell 2000 a plongé de 6.5% est entré officiellement en Bear Market. Le SOX s’est fait éteindre en abandonnant près de 10% – 9.88% pour être exact et à ce stade on n’ose même plus parler de Bear Market, puisque l’indice est en baisse de 34% depuis le mois de juillet 2024. 34% c’est un krach. Il ne manque que la vitesse d’exécution dans ce cas précis.
Mais le SOX !!! Le SOX qui est LE « Leading Indicator » des marchés technologiques depuis des années, celui qui est notre boussole dans la tempête, celui qui est notre étoile polaire dans la nuit. Le SOX est dorénavant dans état qui ne veut plus rien dire. Ou plutôt si : il veut dire que plus personne ne va jamais acheter de technologie de pointe, il veut dire que plus personne n’aura plus jamais besoin d’acheter des semiconducteurs pour faire des téléphones, des laptops, des voitures autonomes, des machines à laver la vaisselle qui vous disent quand elles ont fini leur cycle de rinçage, des PlayStation pour égayer nos week-end ou mieux encore : plus personne n’aura besoin de « chips » pour construire des datacenters grands comme le Texas pour faire tourner l’Intelligence Artificielle et « le Quantum Computing ». Si vous vous demandez si quelque part nous ne sommes pas en train de marcher sur la tête, arrêtez de réfléchir. Vous avez tout à fait raison. Le marché est en plein délire, tout comme nous étions en plein délire quand on prenait deux pourcents par jour tous les jours pendant des jours sous prétexte que Jerome, un jour, il allait baisser les taux.
Exagération, extension, respirez, soufflez…
Les marchés boursiers sont des animaux fascinants. Fascinants parce que nous sommes capables de nous emballer sur des théories fumeuses et acheter n’importe quoi à n’importe quel prix pour autant que l’on nous sorte le narratif qui va avec et que l’on nous trouve deux ou trois personnes pour nous le raconter le soir au coin du feu. Tout comme nous sommes capables de tout vendre (comme hier) en utilisant le même narratif que l’on nous sert depuis des mois, mais dans l’autre sens. Ce que j’essaie de vous dire, c’est que nous sommes en train de vivre le même type d’exagération que nous avons vécu à la hausse. Sauf que dans le cas présent, nous le vivons à la baisse. Et il est fascinant que nous soyons capables de nous emballer presque de la même façon, alors que nous sommes exactement dans le sens inverse.
Le 19 février 2025 – il y 44 jours très exactement – nous étions à 22’222 sur le Nasdaq 100. Hier nous avons terminé la séance à 18’521. Soit exactement 16.6% plus bas et 9% en-dessous de la moyenne mobile des 200 jours. Pourtant, entre deux, la macro n’a pas bougé – ou presque – les taux n’ont pas bougé, il n’y a pas eu de publication trimestrielle majeure – sauf celle de Nvidia (Nvidia dont on ne parle d’ailleurs plus du tout, et c’est mieux comme ça, parce que le titre est baisse de 34% depuis fin janvier) – et pourtant, malgré qu’il ne soit rien passé de concret, mis à part les tarifs douaniers, les marchés se sont littéralement effondrés. C’est l’Apocalypse et l’ambiance est presque dramatique. On compare ce que l’on vit à 2008, on se demande d’ailleurs ce que peut bien foutre la FED cette fois-ci et on sent que nous sommes proches de la panique.
Pas de vol
Lorsque l’on regarde les performances depuis le premier janvier, le Dow Jones est en baisse de 4.7%, le S&P500 abandonne 8.25% et le Nasdaq : 14%. Du côté de l’Europe, l’Espagne est encore en hause de 13%, le DAX de 9% et même la Suisse progresse encore de 5.8%. Mais pourtant, lorsque on écoute le bruit du marché, les commentaires de tout un chacun et les angoisses de certains intervenants, on a l’impression que l’on s’approche quand même d’une zone de panique. Les indicateurs contrariants nous disent que les gens n’ont pratiquement jamais été aussi bearishs, que le Greed and Fear Index est à 8 et que les inventeurs de cet indice sont en train de se demander s’il serait possible de trouver une mesure négative et si l’on pouvait obtenir un chiffre en-dessous de zéro. Tout semble indiquer qu’on est au bout de nos vies et que la panique est à nos portes. Mais pourtant la VIX, l’indice de la peur, n’est qu’à 30%. Pour ceux qui aiment faire les parallèles ; au mois d’août dernier, lorsque le Japon a failli nous claquer dans les mains, le VIX et monté à 65%. En 2008, il était à 96%.
Et là, alors que Trump nous inonde de tarifs débiles et se fâche avec la planète entière, rendant Madame von der Leyen presque sympathique dans son rôle de « louve protectrice de l’Europe », la volatilité arrive péniblement à toucher les 30%, c’est comme s’il y avait une information qui nous manquait. Un truc que l’on n’arrive pas à intégrer dans notre réflexion. Peut-être qu’au fond de nous on ne veut pas croire que ce que Trump est en train de faire est réellement complètement stupide. On veut essayer de se dire que ça n’est pas possible, le gars doit avoir une stratégie un peu censée là derrière et que le mec ne peut pas être complètement con à ce point. Et ce, malgré que soit EXACTEMENT ce que les FABULEUX politiciens européens dans leur ensemble quasi parfait sont en train nous répéter en boucle depuis 24 heures.
Et pourtant
Et pourtant, c’est un fait. Trump est en train de tenter un truc contre l’avis du reste du monde et pour le moment, tout le monde pense qu’il va se planter en beauté et que c’est un débile profond, mais du point de vue des marchés, on a l’impression que l’on se raccroche encore à quelque chose d’invisible, une force à part qui nous dit qu’on va s’en sortir, parce que quand même depuis 2008, on a en vu des miracles boursiers qui font se retourner la tendance comme un crêpe et ce manque de volatilité est peut-être le signe que l’on s’attend à un miracle quelconque qui va sauver le SOX et redresser la barre du Nasdaq.
Je dois vous avouer que ce matin je suis surpris par le fait que nous ne soyons pas VRAIMENT en mode panique – comme nous serions en droit de l’être – que la VIX ne soit pas plus haute que ça et qu’en même temps, il y ait un sentiment de bear market très puissant alors que nous ne sommes « qu’en zone de correction. Et puis j’ai eu une illumination. Il y a effectivement UNE PARTIE du marché qui est déjà en Bear Market – et j’aurais tendance à dire : « Et même pire qu’en Bear Market » – c’est les Magnificent Seven ! Oui, les stars de ces dernières années, celles qui nous ont fait exploser le marché à l’époque du pivot de la FED, celles qui nous ont donné l’impression qu’un nouveau monde s’ouvrait à nous et que la World Company existait peut-être vraiment. Et bien cette équipe de dingues sont en baisse de 25% et sont en Bear Market…
La concentration
C’était d’ailleurs assez subtil. Alors que nous avions le regard fixé sur les droits de douane et les circonvolutions du gouvernement Trump, Apple a perdu 22% depuis ses plus hauts historiques, Microsoft recule de 21%, Alphabet -27%, Amazon plonge de 26%, Meta sauve les meubles en n’abandonnant « que » 20%. Quant à Nvidia on est à -34% et Tesla c’est moins 45% depuis Noël. En résumé, ces Sept Magnifiques-là, sont tous en Bear Market et comme ils représentent encore 30% du S&P500, on ne peut pas négliger la chose. C’est peut-être d’ailleurs pour ça qu’il y a un truc qui bloque et qui dérange dans cette baisse qui n’est pas aussi « pure » qu’une vraie baisse devrait être…
Bref. Tout ça pour vous dire que le marché s’est fait terrasser à cause des droits de douane et à cause de Trump, mais qu’il y a encore un truc qui n’a pas lâché, qui ne lâchera peut-être d’ailleurs jamais, parce que nous n’arrivons pas à nous mettre en mode panique. Peut-être parce que l’on ne veut pas croire que Trump ait pu faire ça volontairement et que l’on espère qu’il peut et qu’il veut encore négocier et que ça ne peut pas se finir comme ça. Hier le Président Américain a déclaré que TOUS LES PAYS DU MONDE l’avait appelé pour négocier et que ça le rendait joyeux. Quant à la baisse des marchés, il a estimé qu’il n’y avait pas de quoi paniquer et que dans quelques temps, ça allait cartonner.
Et maintenant ? On en est où ?
Donc. Ce matin l’ambiance n’est pas rose. On a l’impression que les marchés sont en train d’intégrer le fait que la récession est à nos portes et que ça serait un moindre mal par rapport à la Stagflation – mais que l’on préfèrerait quand même éviter. Il est d’ailleurs assez drôle de noter que lorsque Trump a parlé des tarifs lors de l’élection présidentielle du mois de novembre, la totalité (ou presque) du monde merveilleux de la finance nous avait dit que « ça n’impacterai pas l’inflation et qu’il n’y aurait pas de récession » et là, 4 mois après, le discours a fait un 180 degrés. Je ne cesse d’être fasciné par mes congénères. Mais bon, quoi qu’il en soit, tout le monde a sorti les « spreadsheets excel » et on cherche à calculer l’impact réel de tout ça. En partant du principe que Trump ne tournerait pas la veste avant ce week-end.
Et le résultat n’est pas folichon. Le marché a bien compris : on va se prendre une récession dans les dents. En tous les cas, c’est probable. Ces taxes, c’est pas juste un nouveau formulaire à remplir pour les douanes. C’est une bombe à fragmentation sur les prix, les marges, les consommateurs et les bénéfices des entreprises.
• Les entreprises vont voir leurs coûts grimper.
• Les consommateurs, ils envisagent de ne plus consommer
• Le cycle économique tousse de plus en plus fort
• Et les bénéfices du S&P 500 ? Kaboooum : Citigroup estime déjà une baisse de 11%, et d’autres voient jusqu’à -15% si ça dégénère. Et je dis bien : SI ça dégénère, parce qu’il y a encore de l’espoir là dehors, on le sent qu’on veut y croire.
Avant Trump 2.0, Wall Street tablait sur une baisse légère de la croissance, style -0,8%.
Mais là, on parle de -2% de PIB en 2025. Et là, les experts ont commencé à dessiner des scénarios : Si on panique encore un peu aujourd’hui, l’objectif rationnel serait d’aller autour des 5’000 et si c’est la guerre totale et tout le monde quitte le navire, on pourrait aller jusqu’à la moyenne mobile des 200 semaines !!! Oui, on est déjà passé aux 200 SEMAINES ! Et ça nous mène à 4’677 – c’est un niveau qu’on a à peine osé franchir brièvement lors de la phase COVID et c’est le niveau « fin du monde », là où Roubini ressort de son terrier pour nous dire : « je vous l’avait dit !!! »
Revenons à nos moutons
Nous voici donc dans une situation délicate. Vous l’aurez compris. C’est d’ailleurs assez fou de se dire que nous étions en pleine euphorie il y a encore 2 mois et qu’aujourd’hui, on est tous en train de se demander s’il n’est pas plus intéressant de racheter un gîte en Écosse pour y faire pousser des moutons et vendre des pulls tricotés main sur Amazon. Mais la vie ne s’arrête pas là et les marchés non plus. Pendant que les grands de ce monde sont en train de fourbir leurs armes pour répliquer contre les décisions de Trump et qu’ils ont globalement pas l’air contents (sauf la Suisse qui a décidé qu’il était urgent de ne rien faire et de ne pas déranger), nous allons quand même tenter de reprendre une vie normale, tarifs ou pas.
Et ça tombe bien parce qu’il va y avoir du boulot en ce vendredi. Premier vendredi d’avril. Et comme tous les premiers vendredis de chaque mois, nous allons avoir les chiffres de l’emploi US. À ce propos, il y a eu les chiffres de l’emploi ADP qui sont sortis plus forts que prévus mercredi soir. Mais je crois que mercredi soir nous étions occupés à un autre truc tellement important que même si le Vatican avait publié un communiqué de presse pour annoncer que Dieu, Jésus, Marie, Joseph et les ânes qui soufflent sur les bébés, c’était une gigantesque escroquerie, on n’aurait même pas fait attention tellement on était occupé par Trump. Toujours est-il que tout à l’heure, nous aurons les Non Farm Payrolls et on attend 140’000 jobs créés (vs. 151’000 le mois d’avant). Mais franchement, c’est triste… mais je crois qu’on s’en fout un peu.
Pourquoi ? Ben parce que :
• Si c’est mauvais => ça confirme que l’économie ralentit = Bad news.
• Si c’est bon => on dira que c’est obsolète avec les nouveaux tarifs = Bad news aussi.
Bref, ça pourrait bien être une publication que l’on va jouer à qui perd, perd…
Le retour de Jerome
Par contre, au-delà des chiffres de l’emploi, ce soir nous aurons aussi l’IMMENSE HONNEUR d’écouter Jerome Powell. Le patron de la FED se rendra à Arlington, en Virginie, pour prononcer un discours lors de la réunion annuelle de la Society for Advancing Business Editing and Writing. Et du coup, il POURRAIT donner des indices sur l’approche de la banque centrale en matière d’inflation ce vendredi. Autant vous dire que du coup – le côté « Editing and Writing » ne sera pas la préoccupation première !!!
Tout le monde espère qu’il dira : « On baisse les taux, on soutient la croissance et on vous aime tous, alléluia » – Mais en réalité, il ne peut pas vraiment baisser les taux maintenant, parce que l’inflation est toujours là, bien collée comme un chewing-gum sous la semelle. Et il ne veut surtout pas commenter la politique de Trump, parce que c’est un peu trop « touchy » et que les retours de manivelle peuvent être hyper-violents ! Donc il devrait botter en touche, parler des données économiques, éviter les sujets qui fâchent… ne fâcher personne et ne rassurer personne non plus.
Conclusion
En résumé, qu’est-ce qu’on fait ? Eh ben on attend. On ne touche à rien. On garde ses munitions. Pas 100% certain que ça soit le moment de revenir sur les marchés.
La tempête n’est pas encore passée. Les dégâts ne sont pas tous visibles. Et Powell ne va pas sauver le monde ce vendredi. Le marché doit encore digérer les conséquences de cette nouvelle guerre commerciale. Et d’ici là, sur un malentendu, on peut très bien revoir le S&P 500 aller chercher 4’677. Voire en-dessous, si Trump décide de balancer un embargo sur les chaussettes coréennes ou sur les pulls tricotés mains en Écosse.
On vit un moment d’histoire. Pas la plus glorieuse, mais clairement mémorable.
Entre un Président qui joue au poker tarifaire, une Fed qui marche sur des œufs, et un marché qui ressemble à un jeu de dominos, la seule stratégie qui semble tenir, c’est d’observer, de rester liquide, et de préparer sa liste de courses pour le jour où la fumée se dissipera et où Roubini viendra nous dire qu’on va tous mourir après 45% de baisse. Et ce jour, ça n’est pas le 4 avril 2025. Il ne reste donc plus qu’à attendre Powell et les NFP’s, pour le moment, les futures pointent en direction d’une nouvelle ouverture en baisse de près de 1% aux US et le Japon s’est repris une claque de 4% ce matin, alors que Hong Kong perdait 1.5%. Visiblement nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Auberge qui est au fond d’un trou ET au fond des bois !
Passez quand même une très belle journée et un excellent week-end. Nous on se revoit lundi matin, histoire de voir si l’orage est passé. Et puis excusez-moi d’avoir été aussi long ce matin, mais j’avais besoin de passer un moment sur le divan pour ma thérapie !
À lundi !
Thomas Veillet
Investir.ch
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Warren Buffet
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