
Arguments pour la lutte sociale | Lire sur le blog ou le lecteur |
![]() Conformément à la méthode du « coup d’État permanent » propre à la V° République, le premier ministre Bayrou a annoncé tout à l’heure que le président Macron allait convoquer l’Assemblée nationale en session extraordinaire le lundi 8 septembre prochain, pour une déclaration de politique générale (article 49-1 de la constitution de 1958). Dans les minutes qui ont suivi, le RN d’une part, LFI d’autre part, et Les Écologistes depuis, ont annoncé qu’ils voteraient contre cette déclaration de politique générale, et à la bourse le CAC 40 a fléchi. La méthode et le contenu du discours de Bayrou sont radicalement antidémocratiques. Il a commencé par un tableau de la gravité de la situation « oubliant » toute référence au climat et à la crise bioclimatique globale, constatant au passage avec déploration apparente mais résignation réelle que l’Europe aurait abdiqué, avant d’asséner son mensonge grotesque, même s’il est banal, sur « la dette » : chaque heure qui passe verrait « tous les Français » contribuer à léguer des millions d’euros à rembourser à « nos enfants » ! En réalité, l’État capitaliste alimente la finance en lui fournissant des titres de dette publique échangeables en bourse et dont les impôts garantissent le paiement illimité des intérêts : rien à voir avec le « père de famille » et sa légendaire gestion ! Bayrou a ensuite explicitement dénoncé « le débat » sur les mesures qu’il veut prendre, expliquant qu’il en serait question plus tard, avec les « partenaires sociaux » et au parlement, mais que dans l’immédiat tout le monde doit dire si oui ou non, il accepte le cadre mensonger qu’il entend imposer : il y aurait de toute urgence 40 milliards à prendre aux écoles, aux retraites, aux salaires, aux malades, sinon c’est la fin du monde, la Grèce, le pain sec ! C’est là-dessus que portera sa déclaration de politique générale le 8 septembre que les députés élus comme députés Nouveau Front Populaire doivent tous rejeter : le verrouillage dans un cadre mensonger et antidémocratique pour ligoter le pays et les organisations syndicales ! Bayrou, à propos des appels à la grève et à d’autres actions le 10 septembre, a tenté de tout cibler sur J.M. Mélenchon censé résumer l’opposition, y rajoutant une attaque fielleuse contre une déclaration maladroite de Sandrine Rousseau, attaque qui n’avait rien à voir avec les petits agriculteurs mais entendait donner raison aux richards et aux milices de nervis de la FNESA et de la Coordination rurale. Oser conclure en se disant avant tout préoccupé de « nos enfants », après Betharram et en n’ayant pas dit un mot de la crise écologique, mérite le mot de Marine Tondelier : « C’est juste indécent ». Mais Bayrou, pour son petit coup d’État, a exploité deux cartes qui affaiblissent le monde du travail et la jeunesse face à l’exécutif. Celle des directions syndicales nationales qui, à ce jour, n’ont toujours pas appelé à une action unie, claire, nationale, pour défaire son budget antisocial et antidémocratique. Et celle de la direction de LFI qui associe son appel au 10 septembre à un déchaînement de division (J.L. Mélenchon a traité Marine Tondelier d’ « écologie venimeuse » : et pourquoi pas « vipère lubrique » pendant qu’il y est ?), de soutien à Poutine avec les appels à renverser Zelensky et les mensonges sur l’Ukraine, et les mesures prises contre la liberté des journalistes de faire leur travail. Mélenchon compromet par la division, le poutinisme et l’autoritarisme, l’affrontement social qui se cherche, lui ayant fixé en fait l’échéance (à présent obsolète) non du 10, mais du 23 septembre, niche parlementaire de LFI disant vouloir déposer une motion de censure. Or, le succès de toute motion de censure contre le gouvernement Bayrou/Retailleau dépend du RN ! Bayrou a donc fixé la date d’un nouveau coup d’État, mais risqué, au 8 septembre. Le 49-1 diffère du 49-3 en ce qu’une majorité simple est requise pour repousser ou pour approuver la déclaration de politique générale du gouvernement. S’abstenir ou aller se promener n’est pas équivalent à voter contre la censure comme avec le 49-3. D’où la possibilité de manœuvres vers et de la part de certains secteurs du PS. Mais la situation politique est telle qu’il sera très difficile à tout député élu au titre du NFP de ne pas voter contre la déclaration antidémocratique de politique générale annoncée par F. Bayrou. Dans cette situation, il est encore moins acceptable que la CFDT organise demain un « dialogue social » avec Bayrou. Avant même sa conférence de presse, on apprenait que la direction de la CFDT déplaçait cette opération de la Bourse du travail à son centre de formation situé dans l’Essonne. Sans aucun doute, comme nous l’avions écrit, le rassemblement appelé par la CGT, FO, la FSU et Solidaires aurait conduit à une confrontation bien que l’appel n’affirmait pas que ce premier ministre n’avait rien à faire dans la maison du mouvement ouvrier. C’est donc une première victoire que ce renoncement de la part de la CFDT, qui toutefois a maintenu la rencontre. La situation semble se diriger vers une chute méritée de Bayrou le 8 septembre. Mais le lendemain ? La grève le 10 est appelée par de très nombreux secteurs syndicaux. Ce sera une grève politique. Quel peut être son objectif immédiat ? Le RN va exiger une dissolution. Or, il y a une majorité relative NFP que Macron, de plus en plus aidé par Mélenchon, a tenue à l’écart.
Le 25 août 2025 à 21H. Document : le communiqué de l’Intersyndicale CGT-FO-FSU-Solidaires de Paris du 25 août 2025![]() Commentaire : à ce jour, l’Intersyndicale n’appelle à rien d’autre que la signature de la pétition commune contre le budget Bayrou. La formule « la mobilisation rebondira certainement dans les prochains jours de bien des manières… » ne constitue pas un appel à l’action clair et déterminé. |
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