En donnant un bulletin de vote, on occulte le combat de rue

Comme écrivait Victor Hugo : « en donnant un bulletin de vote à ceux qui souffrent, on leur ote un fusil »(sic). Très juste. De tout temps, le suffrage universel à été la ruse de la Bourgeoisie pour étouffer les révoltes populaires, faire croire aux femmes et aux hommes descendus dans la rue, afin d’obtenir un monde meilleur, que « l’isoloir », le bien mal nommé, allait leur permettre, à peu de risques, aussi d’accéder à une vie radieuse (promesses électorales jamais tenues).

Au XIXème siècle, il faut savoir aussi que le point de vue critique de Victor Hugo n’était pas un cas isolé. Alain Garrigou, professeur de sciences politiques, et auteur de l’ouvrage : « Le vote et la vertu ». Comment les français sont devenus électeurs », édition Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques, 1993, pointe la difficile construction historique de la pratique du vote, combien le fait pour un français de l’époque de se transmuer en « citoyen » n’allait pas de soi. Idem pour le vote  devenu « le seul moyen » de faire de la politique. Il écrit : « Dans la France paysanne de 1848, que l’élection au suffrage universel n’intéresse absolument pas, toute la difficulté des élites de l’époque a été de « faire voter ». Daniel Stern notait que « beaucoup de paysans, dans les campagnes reculées, s’étonnaient de cette liste de noms imprimés qu’on leur remettait, et disaient naivement : « mais puisque le Gouvernement a déjà choisi, pourquoi nous fait-on voter , » (sic) (page 49 du livre de Garrigou).

Entre les lignes, le manque d’appétence pour voter montre aussi l’absence d’enjeu réel dans le choix entre notables de la Politique tous pareils. Comme disait Coluche : « si voter servait à quelque chose, il y a bien longtemps qu’on l’aurait supprimé »(sic).

Alain Badiou développe la même analyse, écrivant : « voilà comment les deux révoltes « Ben Ali dégage » et « Moubarak dégage » de 2011, tant en Tunisie qu’en Égypte se sont engluées dans un suffrage universel sans vérité, la poursuite vaille que vaille du vieux monde libéral fatigué, l’initiative populaire ayant été oubliée, « soldée », grâce au triomphe électoral des frères mulsumans, l’équivalent de la démocratie chrétienne italienne (cf « Le réveil de l’Histoire », édition Lignes, 2012).

C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Pour faire oublier le courageux et tenace mouvement des gilets jaunes, qui en est à sa 26ème semaine, on monte en épingle une petite élection sans importance, celles de députés européens dans UN PARLEMENT N’AYANT MÊME PAS L’ INITIATIVE DES LOIS ! A partir de la, tous les discours de la petite gauche « changer l’Europe » (Ian Brossat), appeler à « l’Europe sociale » (Manon Aubry) sont de pures escroqueries intellectuelles, totalement irréalisables ! Pour que l’oligarchie allemande et française cède un commencement d’Europe sociale », ou de changement de l’Europe », il faudrait que tous les Giletss jaunes defendent dans la rue, tous les salariés, tous les retraites, les lycéens de Première et de Terminale, tous les étudiants, les femmes au foyer, les malades valides et volontaires, et passent sur le corps des Arnault, Pinaut, Niel, Dassault fils, Bompard de Carrefour, Leclerc fils, Lagardère, Drahi, etc. Loin d’etre un combat pacifique et « sans risque », le Peuple français se heurterait à une répression féroce, à côté de quoi la violence de la Police contre les gilets jaunes, les 33 000 tirs de LBD feraient figure de petit stage d’entrainement sans importance !

MOBILISATION AVEC LES GILETS JAUNES LE 25 MAI ; ABSTENTION LE 26 MAI !

TOUS LES COMMENTAIRES

> Au XIXème siècle, il faut savoir aussi que le point de vue critique de Victor Hugo n’était pas un cas isolé.

Vous faites une erreur d’interprétation. Par cette formule, Hugo défendait au contraire le suffrage universel et rejetait la violence.

https://www.lelivrescolaire.fr/manuel/1188895/histoire-geographie-4e-2016/chapitre/1189036/une-difficile-conquete-le-droit-de-vote/page/1189043/voter-le-combat-pour-le-suffrage-universel/lecon/document/1198557

C’est possible. Il a évolué sur ce sujet, tout comme il est passé de monarchiste à Républicain. Dans « les misérables », il peint avec beaucoup d’empathie les révoltés de la barricade : voir son célèbre personnage Gavroche et sa célèbre description de la barricade. A ce moment là, il préfère le combat de rue, quitte à sortir les fusils.

Voilà ce que dit Alain Badiou à propos des Misérables : « La première n’est pas la plus profonde, puisqu’elle est évidente : le récit des Misérables inclut l’une des plus grandes scènes d’insurrection qui ait été écrite, à savoir l’affaire de la barricade du faubourg Saint-Antoine, le 5 juin 1832. Le roman a en son centre le récit de cette insurrection mémorable, quoique vaincue, dont Hugo fut le contemporain. À cette occasion, Hugo médite, chemin faisant, sur une autre insurrection, beaucoup plus dramatique, importante et sanglante, celle des journées de juin 1848 – il y a une rétroaction de la pensée des émeutes de 48 dans la présentation que Hugo fait de celles de 32. Notons ceci : l’émeute ouvrière de 1848, écrasée dans le sang par l’armée coloniale, sous la direction de Louis Eugène Cavaignac (il s’agit là du premier grand massacre d’ouvriers dans les rues parisiennes), a une importance historique considérable. C’est ce massacre qui signale une longue et permanente rupture entre le monde ouvrier et la figure républicaine. C’est là que les ouvriers ont compris qu’il n’était pas vrai que la proposition républicaine leur était, en elle-même, favorable, puisque c’est un gouvernement républicain qui, à peine installé, appelle l’armée coloniale pour les écraser, après des mesures d’expulsion des ouvriers de la ville de Paris. C’est donc une fissure politique essentielle – encore aujourd’hui inachevée, encore subsistante –, scellée par ce moment où le personnel progressiste républicain fait tirer sur les ouvriers, comme il le fera en 1871, lors de la Commune de Paris.

Or Hugo a été du côté des républicains. Il a personnellement participé à la répression du mouvement ouvrier. Dans Les Misérables, il plaide d’ailleurs pour sa cause, en expliquant qu’il le fallait bien : c’était la République, les ouvriers se levaient contre la République, la République se devait de réprimer ! Mais on sent que c’est chez lui une blessure. Une blessure fondamentale. Elle ne trouvera son solde, que plus tard, lors du coup d’État napoléonien du 2 décembre. Il faut lire L’Histoire d’un crime de Hugo : un livre qui éclaire Les Misérables et qui relate son opposition désespérée au coup d’État militaire ; un livre pathétique car on y voit Hugo courant la nuit dans les rues à la recherche de l’insurrection manquante… Et il s’entend dire, par les ouvriers : « Tout ça c’est bien joli, mais où vous étiez, en Juin 1848 ? » Hugo s’aperçoit de la passivité ouvrière face au coup d’État : la République les appelle au secours, mais ils ne se précipitent pas pour y venir car, il n’y a pas si longtemps, la République s’est manifestée en les massacrant. Hugo va ensuite être cette conscience tourmentée… Qu’est-ce que c’est que les grandes révoltes ouvrières ? Sont-elles du côté ou non de la République ? Comment la République peut-elle se trouver à ce point séparée de la masse populaire ? Les Misérables porte un bilan de cette affaire – un bilan complexe.

La description de la barricade y est épique, magnifique. C’est dans ce moment historique de l’insurrection que le héros du livre – au sens du roman d’apprentissage –, Marius, va rencontrer la possibilité de la vérité historique, dans ce moment qu’il va faire son apprentissage des grands tourments de l’Histoire (de même qu’il va faire avec Cosette l’apprentissage difficile de l’amour). On a là, et c’est ce qui fait sans doute la substance même du livre, le binôme révolution/amour – avec le chapitre « L’idylle rue Plumet et l’épopée rue Saint-Denis ». Hugo disait de Marius qu’il aimait une femme et que sa vie, alors, commençait ; la barricade est l’autre commencement. Une description épique, donc, et désespérée des révolutionnaires sur cette barricade :

Cette barricade était forcenée ; elle jetait dans les nuées une clameur inexprimable ; à de certains moments, provoquant l’armée, elle se couvrait de foule et de tempête ; une cohue de têtes flamboyantes la couronnait ; un fourmillement l’emplissait ; elle avait une crête épineuse de fusils, de sabres, de bâtons, de haches, de piques et de baïonnettes ; un vaste drapeau rouge y claquait dans le vent ; on y entendait les cris du commandement, les chansons d’attaque, des roulements de tambour, des sanglots de femme et l’éclat de rire ténébreux des meurt-de-faim. Elle était démesurée et vivante ; et, comme du dos d’une bête électrique, il en sortait un pétillement de foudres. L’esprit de révolution couvrait de son nuage ce sommet où grondait cette voix du peuple qui ressemble à la voix de Dieu ; une majesté étrange se dégageait de cette titanique hottée de gravats. C’était un tas d’ordures et c’était le Sinaï.

 

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