Les cheminots se remobilisent contre la réforme ferroviaire

A l’appel des quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, Unsa, CFDT et Sud), les cheminots s’apprêtent à battre ce mardi le pavé parisien pour protester contre la réforme ferroviaire.

    • https://www.leprogres.fr – Le 03/06/2019
Les lignes TER seront ouvertes à la concurrence à partir de décembre. Photo Julio PELAEZ

Il s’agit de la première manifestation nationale unitaire des cheminots depuis l’adoption de la loi de réforme du rail, en juin 2018. A quelques mois de son entrée en vigueur, elle pourrait constituer le coup d’envoi d’une remobilisation des opposants à la réforme, profitant de surcroît d’un contexte plus favorable – les appels à la défense du service public étant susceptibles de faire écho aux discours sur l’abandon des territoires portés ces derniers par les gilets jaunes.

La réforme ferroviaire avait entraîné l’an dernier une forte mobilisation des cheminots et des quatre principaux syndicats de la SNCF, qui s’était soldé par 36 jours de grève unitaire. Le gouvernement, qui avait fait de cette réforme un symbole de son volontarisme politique, n’avait pas plié: adopté par le Parlement, le «nouveau pacte ferroviaire» avait été promulgué le 27 juin 2018.

Que prévoit la réforme ferroviaire ? Elle planifie l’ouverture à la concurrence du transport national ferroviaire de voyageurs à compter de décembre 2020 pour les TGV, et dès décembre 2019 pour les TER. Pour ces derniers, la mise en concurrence doit par ailleurs devenir le principe à partir de décembre 2023: dans quatre ans, les régions ne pourront donc plus attribuer de lignes directement à la SNCF sans appel d’offres.

Elle impose également l’arrêt des embauches au statut de cheminot à partir du 1er janvier 2020. A la même date, le groupe ferroviaire sera transformée en plusieurs sociétés anonymes: uSNCF, SNCF Réseau (gestion de l’infrastructure) et SNCF Mobilité (offre de transport). A noter que les syndicats ont obtenu l’inscription dans la loi du caractère incessible du capital du groupe, qui restera entièrement détenu par l’Etat. L’entreprise ne pourra donc pas être privatisée.

Les 36 jours de grève de l'an dernier avaient marqué les esprits. Photo Zakaria ABDELKAFI/AFPLes 36 jours de grève de l’an dernier avaient marqué les esprits. Photo Zakaria ABDELKAFI/AFP

Pourquoi est-elle contestée ? Les syndicats dénoncent une logique de destruction du service public, menée pour des motifs idéologiques, et contestent que l’ouverture à la concurrence puisse avoir les effets escomptés, notamment en termes de qualité de service ou de tarifs.

Depuis l’adoption de la loi, les critiques portent également sur la méthode. Les syndicats se sont alarmés ces dernières semaines du climat social au sein de l’entreprise, déplorant également un blocage des négociations sur la convention collective nationale (CCN) du transport ferroviaire, ou l’absence de discussions sur le statut social des futurs agents SNCF.

Qui soutient la réforme ? Le gouvernement, sur la base du rapport Spinetta remis en février 2018 au Premier ministre Edouard Philippe.

Parmi les principaux arguments avancés pour justifier l’ouverture à la concurrence: le mécontentement d’une partie des usagers, notamment sur les petites lignes, et surtout le niveau de la dette. Cette dernière s’élevait l’an dernier à 54,5 milliards d’euros, fruit de plusieurs décennies d’investissements, notamment pour la création des lignes à grande vitesse. Dans le cadre de la réforme, l’Etat s’est engagé à reprendre à son compte 35 milliards d’euros.

Des perturbations sont-elle à craindre ce mardi ?  Probablement peu. Les quatre principaux syndicats ferroviaires ont appelé à une marche unitaire ce mardi à Paris, mais aucun appel national à la grève n’a été lancé. L’Unsa ferroviaire a toutefois déposé un préavis de grève national et la CGT-Cheminots lancé des appels locaux au débrayage. Quant à Sud-Rail, son préavis de grève illimité est toujours actif depuis le printemps 2018.

La SNCF s’attend à peu de perturbations sur l’ensemble du réseau: «Le trafic sera normal pour les TGV, les Intercités, les Transiliens, l’Eurostar et Thalys et quasi normal pour les TER», a indiqué ce dimanche une porte-parole de la SNCF. Pour les TER, les perturbations attendues devraient seulement concerner «un train sur deux dans les Hauts-de-France et un sur cinq dans la région Centre-Val de Loire».


« En neuf mois, on a supprimé 900 agents dans les gares » : les cheminots de nouveau dans la rue contre la réforme de la SNCF

Les quatre syndicats de la compagnie ferroviaire appellent à manifester à Paris mardi 4 juin.

Une manifestation de cheminot à Dijon en avril 2018.
Une manifestation de cheminot à Dijon en avril 2018. (FANNY BOUVARD / FRANCE-BLEU BOURGOGNE)

Un an après leur longue grève en pointillés, les cheminots manifestent de nouveau mardi 4 juin. Les quatre syndicats représentatifs de la SNCF (CGT, Unsa, SUD et CFDT) appellent à une manifestation nationale à Paris, à partir de 13 heures, entre la place d’Italie et Montparnasse. Ils dénoncent toujours la réforme ferroviaire adoptée en juillet 2018 et ses conséquences au sein de la compagnie, où la situation sociale est jugée alarmante par les représentants du personnel.

Des salariés désabusés

Certains n’hésitent pas à parler d’un nouveau France Télécom, avec une hausse inquiétante des suicides au sein de la SNCF alors que d’autres sont plus prudents sur ce point. Mais les syndicats semblent en tout cas unanimes pour dénoncer un gros malaise en interne. « Il y a de la tension et des cheminots qui sont désabusés, raconte Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT-cheminots. Certains cherchent à quitter l’entreprise parce qu’ils ne se retrouvent plus dans la vision qu’ils avaient du service public. »

Les négociations sur la convention collective patinent

Les syndicats pointent du doigt les réorganisations forcées au sein de l’entreprise. Pour Laurent Brun, de la CGT, c’est une conséquence directe de la réforme ferroviaire : « En neuf mois, on a supprimé 900 agents dans les gares et quasiment 150 gares sur 900 sont menacées ! On commence à voir les effets de la réforme. »

Autre sujet d’inquiétude : les négociations sur la convention collective. Elle est censée remplacer le statut de cheminot à partir du 1er janvier 2020 pour les nouveaux embauchés, mais les discussions sont au point mort. « Aujourd’hui, nous n’avons pas une seule ligne concrète qui est écrite, déplore Didier Aubert. Que ce soit sur la protection sociale ou la classification des rémunérations, nous n’avançons pas. »

Autant de motifs qui devraient contribuer à une mobilisation importante. Les syndicats espèrent au moins 15 000 manifestants dans les rues de Paris.

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