Comment polices française et allemande coopèrent pour emprisonner des activistes sur de simples soupçons

PAR RACHEL KNAEBEL

Le ministère de l’Intérieur allemand a officiellement admis avoir fourni aux autorités françaises, en prévision du G7, une liste de personnes fichées pour leur proximité avec des mouvements contestataires. Peu avant le sommet, trois jeunes Allemands ont été arrêtés en France et condamnés pour « groupement en vue de commettre des violences ou dégradations ».

La police allemande a t-elle transmis aux autorités françaises, en amont du G7 de Biarritz, une liste de personnes fichées pour leur proximité avec des mouvements de gauche ? Tout à fait, ont répondu les autorités allemandes au député Andrej Hunko, élu du parti de gauche Die Linke au Bundestag. Le parlementaire s’était inquiété de cet échange de données après qu’un collaborateur freelance de la radio associative de Fribourg « Radio Dreyeckland » avait été expulsé de France, par deux fois, au mois d’août. Le journaliste devait se rendre au contre-sommet du G7 afin d’en rendre compte pour sa radio [1].

Le 21 août, le ministère de l’Intérieur allemand a répondu à Andrej Hunko qu’effectivement, en prévision du G7, l’Office fédéral de la police criminelle allemande avait mis à la disposition des autorités françaises une liste de noms de militants de gauche. Il s’agissait de personnes qui avaient eut affaire à la police « lors de grands événements politiques avec une participation internationale », et de personnes qui « entretiennent des contacts intensifs avec des militants et des groupes étrangers ». Les données peuvent être utilisées en France jusqu’au 15 septembre (voir le courrier du ministère de l’Intérieur allemand au député ici). Le député a réagi en s’indignant du fait que les autorités allemandes agissent, avec cette liste, comme une « police de la pensée ».

Des citoyens fichés en amont des contre-sommets, déjà depuis Gênes

Le 21 août justement, quelques jours avant le début du G7, trois autres jeunes Allemands âgés de 18 à 22 ans ont été interpellés par la police française à un péage autoroutier. Dans leur voiture, la police trouve des cagoules et une bombe lacrymogène, comme l’ont rapporté Reporterre et Libération. Pour les policiers français, c’est assez pour les arrêter. Deux jours plus tard, les trois Allemands originaires de Nuremberg sont jugés et condamnés à deux et trois mois de prison ferme pour « participation à un groupement en vue de commettre des dégradations et des violences ». Ce délit créé en 2010 sous la présidence de Nicolas Sarkozy est largement utilisé pour condamner des gilets jaunes depuis le début du mouvement. Les trois jeunes se trouvent depuis derrière les barreaux [2].

Que la France puisse condamner des personnes à plusieurs mois de prison parce que la justice leur reproche d’avoir eu l’intention de commettre des violences, sur la base de la présence dans leur véhicule d’objets tels qu’une bombe lacrymogène et des cagoules, voilà qui interroge le député Andrej Hunko. « Dans les cas de ces trois personnes, il n’y avait aucun élément concret. C’est beaucoup trop faible. Je trouve cela scandaleux », dit-il à Basta !.

Mais l’élu n’est pas surpris de l’échange de données entre les polices des deux pays. « Dès le sommet de Gênes, en 2001, la police allemande avait commencé à établir des listes de « perturbateurs », des personnes qui n’avaient pas été condamnées à quoi que ce soit mais qui pouvaient être interdites de sortie du territoire en amont d’événements tels que les G7 et G20. Les autorités allemandes cherchent même à établir une telle liste au niveau européen. Mais elles n’y sont pas arrivées, car les gens sont fichés sur la base d’un concept très flou. Par ailleurs en Allemagne, on ne peut pas condamner quelqu’un sur le simple fait d’être soupçonné de pouvoir commettre des violences. » Alors que c’est possible en France.

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