SAMEDI 30 OCTOBRE : ET UN, ET DEUX, ET TROIS MOUVEMENTS SOCIAUX L’AIR DU TEMPS PASSE A LA CONVERGENCE DES LUTTES

SAMEDI 30 OCTOBRE : ET UN, ET DEUX, ET TROIS MOUVEMENTS SOCIAUX
L’AIR DU TEMPS PASSE A LA CONVERGENCE DES LUTTES
Le mouvement anti pass sanitaire continue toujours avec une formidable ténacité ce 30 octobre à un niveau de mobilisation qui reste substantiel alors qu’il en est quand même à son 16e samedi.
Cette durée et la détermination de tous ceux qui ont tenu, en particulier chez les soignants malgré les difficultés qu’entraînent leur suspension, ont empêché Macron d’étendre le pass sanitaire à tous les travailleurs comme cela se passe en Italie. Elles ont aussi entraîné le redémarrage du mouvement des Gilets Jaunes contre la hausse des prix, tandis que l’ambiance sociale mise par ces deux mouvements, dans un climat général d’anxiété pour l’avenir, a contribué à son tour à mettre en route le mouvement de grèves qui était présent depuis le printemps mais qui a pris une expression significative depuis 3 semaines pour la hausse des salaires face à la hausse des prix et dont l’appel à la grève nationale des cheminots le 17 novembre prochain comme celui des secteurs de la chimie, pharmacie et pétrole ensemble les 19 novembre, 3 et 17 décembre sont les symboles les plus visibles.
Après déjà un octobre chaud, le mois de novembre s’annonce encore plus chaud.
La déjà très longue liste de journées d’actions syndicales – presque une tous les deux jours – traduit tout à la fois cette colère qui monte et la crainte des directions syndicales qui font tout pour mettre des gardes-fous et émietter une possible vague de colère chez les salariés.
Mais cela pourrait bien ne pas passer comme une lettre à la Poste. Le mouvement anti-pass continue, les Gilets Jaunes veulent faire de la journée anniversaire du 20 novembre une journée retentissante, plusieurs secteurs de la base syndicale en lutte contre les licenciements appellent à une manifestation nationale le 27 novembre contre les licenciements et les mesures anti-chômage du gouvernement et on sent à la fébrilité chez les cheminots, la chimie et même Enedis ou la RATP que l’explosion pourrait se faire à tout moment.
Tout cela inquiète fortement les autorités d’autant plus que si ces trois mouvements en cours -anti-pass, Gilets Jaunes, salaires – n’auraient certainement pas fusionné dans la période précédente, ils pourraient bien converger dans l’air actuel du temps, dans cette « période de grève générale ».
L’unification possible, c’est cette vie devenue insupportable pour les pauvres contrairement aux riches qui cumulent les millions et milliards, qui a formé c’est esprit commun, cet esprit d’unité et de convergence… Beaucoup ne savent plus comment s’en sortir. Des soignants sont suspendus sans revenus, d’autres démissionnent comme des enseignants dégoûtés. Des agriculteurs se suicident de désespoir. Des étudiants, qui sont l’avenir du pays, se prostituent et/ou mendient pour survivre. Des enfants muselés et maltraités sous les yeux de leurs parents dépriment. Des retraités souffrent en silence. Tout augmente sauf les bas salaires et les petites retraites. La police s’est convertie en milice gouvernementale et patronale, la Justice est aux ordres, la presse est devenue un outil de propagande, le Parlement s’est transformé en une chambre d’enregistrement… Des travailleurs et des électeurs ont cessé de croire en leurs « représentants » syndicaux et politiques et dans les élections elles-mêmes.
Bien sûr, les milliardaires, leur presse et leurs candidats tentent de détourner nos colères en essayant de nous intéresser à leurs présidentielles à coups de sondages bidons -ils n’y tiennent compte que de ceux qui sont sûrs de voter, une minorité d’électeurs aisés et vieux, ce qui amplifie les résultats de l’extrême droite – en essayant de nous faire croire à partir de ces sondages que l’électorat de gauche a disparu et s’apprête même à voter Macron, qu’il y a une « zemmourisation », une fascisation de la société… bref que les travailleurs, les pauvres, les Gilets Jaunes, les anti-pass qui tiennent la rue sont des fascistes, que l’unification dans la rue est dangereuse, néfaste, inutile. Ils espèrent aussi casser l’unité qui se profile dans la rue où tous les militants de toutes opinions se retrouvent ensemble, en nous intéressant aux présidentielles, en poussant aux querelles entre partisans de leur champion électoral voire de l’abstention. Les élections divisent, la rue unifie.
Le scénario des gouvernants défenseurs du capitalisme est simple. Il y a 10 à 12 millions de pauvres, 20% de la population, dont 3 millions d’enfants mais les riches sont plus riches et les indicateurs économiques sont bons : l’an prochain, « les experts » s’attendent à 6% de croissance.
Les puissants se sont gavés pendant l’épidémie. A sa sortie ils espèrent se gaver encore plus avec une reprise où ils pourront embaucher des millions de travailleurs acceptant les salaires les plus bas et sans guère de protection sociale parce qu’ils sont dans la misère.
L’élection présidentielle est là pour que ce scénario puisse se réaliser en fabriquant « l’état de grâce » qui permettra à l’élu de faire passer les pires mesures.
Mais l’air du temps chez les prolétaires, les exploités, les opprimés, n’est plus à gober la propagande venue d’en haut. Il est au contraire à ce que ces gouvernants et capitalistes sont tous corrompus et corrupteurs, fomenteurs de guerres, déclencheurs de crises, propagateurs de maladies et de virus, destructeurs du patrimoine architectural et culturel de l’humanité, pollueurs, voleurs des vies et des richesses des peuples, violeurs de femmes et d’enfants… qui étalent leur morgue et échangent entre eux leurs recettes de G20 et G20.
Le capitalisme, tue, brise des vies, pollue… Le capitalisme n’est ni réformable, ni humanisable. Le capitalisme doit être détruit… nous sommes de plus en plus nombreux à savoir que nous n’avons pas d’autre alternative
Et c’est cela le bruit de fond de chacun des mouvements actuels de lutte et de grèves depuis déjà quelques années. C’est cela, plus on avance dans le temps, qui pousse à l’unification dans la rue de mouvements pourtant partis de revendications et de milieux différents, mais qui se retrouvent autour d’objectifs de plus en plus politiques.
Les anti-pass veulent un contrôle sur l’expertise médicale au service des labos pharmaceutiques qui s’engraissent des maladies de la planète que le monde capitaliste génère ; les Gilets Jaunes veulent un contrôle des prix et un contrôle sur une vie démocratique politique mourante par la création d’une démocratie renouvelée, une démocratie directe ; les salariés et syndicalistes de base veulent un contrôle sur les conseils d’administration des banques et des grandes entreprises qui font la loi et dont les profits et les dividendes explosent en pleine pandémie tandis qu’ils licencient ou maltraitent les premiers de cordée du bas de l’échelle qui se sont sacrifiés pour le bien de tous.
Tous, nous voulons un plus grand contrôle sur ces parasites et incapables du gouvernement et sur le monde qu’ils défendent, qui nous imposent à tous de nous serrer la ceinture alors que eux s’empiffrent tout en entraînant l’ensemble du monde du travail et la société dans une catastrophe sociale, économique, démocratique et écologique.
Nous voulons tous reprendre nos vies en main, pour nous, pour nos enfants, pour la planète et c’est cet air du temps, ce climat politique et social qui permet la convergence des trois mouvements sociaux en cours, pour une vie meilleure, pour un monde meilleur et parce que face à Macron et à sa destruction de tout, la santé, les retraites, l’école, l’emploi, le droit du travail, l’environnement, nous ne pourrons gagner que tous unis.
Nous n’avons pas le choix.
L’EXEMPLE DE L’ITALIE : PAIN ET LIBERTEL’Italie est un exemple des régressions sociales qui nous attendent et des fermentations de la riposte qui vient.
En un peu plus d’un an d’épidémie, la levée des freins légaux aux licenciements a entraîné la fermeture immédiate de sites de production entiers, a mis plus d’un million de travailleurs à la rue, tandis que la prolifération incontrôlée du travail temporaire et non protégé portait atteinte aux salaires et aux droits ouvriers et sociaux.

Cette année, comme en France, les travailleurs et citoyens doivent faire face à la hausse des tarifs (électricité + 29,8 % ; gaz + 14,4 %), du carburant (essence + 23,4% ; gasoil + 24,3%) et des produits de première nécessité (farines, huiles, beurre, pain, pâtes, lait, avec des augmentations moyennes des prix de détail de l’ordre de 20%).
En 2021, un travailleur gagnait moins qu’en 1990.
Avec un pass sanitaire étendu à tous les travailleurs à partir du 15 octobre, 100 000 travailleurs ont été suspendus depuis, sans protection sociale et poussés au travail au noir,
Avec un nouveau resserrement des retraites et des allocations sociales – et le projet de supprimer le smic – tout cela a permis de mettre sur le marché du travail en vue de la reprise après-covid une nouvelle masse de main-d’œuvre précaire et surexploitées afin de déclencher une nouvelle concurrence entre pauvres à la baisse des salaires et des droits dans une orgie de profits et avec le silence-assentiment des dirigeants des grandes confédérations syndicales Cgil-Cisl-Uil.

Parallèlement, on a assisté ces derniers mois à un nouveau renforcement de la répression contre les manifestations anti-pass mais aussi contre les luttes ouvrières avec des charges policières devant les entreprises, des arrestations d’ouvriers en lutte et de militants, poussant à la nécessité urgente de relancer une bataille commune contre toutes les mesures sécuritaires qui réduisent les libertés et étouffent la possibilité des luttes sociales et syndicales.

Heureusement, face à ces attaques et à l’inertie/complicité des grandes directions syndicales, la population et les travailleurs italiens ne sont pas restés les deux pieds dans le même sabot.
Des luttes importantes contre les licenciements ont lieu depuis quelques mois dans plusieurs entreprises avec un large soutien populaire permettant de tisser des liens entre les militants de ces entreprises. En même temps, d’importantes manifestations ont eu lieu dans l’ensemble des villes italiennes de la part des citoyens contre le pass sanitaire suivies à partir du 15 octobre par la grève contre le pass dans les ports, la logistique, certaines usines métallurgiques, le secteur de la santé et l’entretien routier qui ont fait parfois reculé le patronat mais ont surtout amoindri les divisions que le gouvernement avait créé dans les classes populaires sur la question de la vaccination, faisant passer comme en France, les manifestants anti-pass pour des fascistes.

Dans ce contexte, les syndicats de base ont appelé à une grève générale le 11 octobre qui a eu un grand succès et représenté une première réponse de masse centralisée. Dans le même esprit unitaire, les différents courants de lutte se retrouvaient ensemble le 30 octobre dans une manifestation contre le G20 à Rome et vont le faire à nouveau dans deux autres, le 3 novembre contre les suspensions liées au pass sanitaire obligatoire pour tous à Rome et le 13 novembre contre le chômage à Naples.
Mais le 29 octobre, la riposte généralisée a franchi un pas de plus puisque les ouvriers et militants d’une douzaine d’entreprises en lutte contre les licenciements t en lutte contre le chômage ont décidé après plusieurs rencontres, d’appeler à une assemblée nationale les 7-10 novembre afin de coordonner toutes les luttes et définir un agenda de lutte commune qui mette au centre les enjeux et les besoins immédiats de tous les exploités et opprimés en construisant un solide réseau de connexions avec l’objectif d’une mobilisation unifiée à l’échelle nationale, capable de surmonter toutes les barrières de régions, d’étiquettes et de catégories syndicales ou autres, et qui pourrait conduire à initier pour commencer une manifestation nationale à Rome qui revendiquerait l’augmentation des salaires, l’interdiction des licenciements, l’annulation des augmentations des prix et loyers, la suppression du pass sanitaire obligatoire, la défense de la santé et d’un revenu décent pour les chômeurs.
Voilà qui pourrait être aussi un objectif pour la convergence des trois mouvements sociaux en cours en France.
QUELS OBSTACLES A L’UNITE EN FRANCEEn Italie, c’est en quelque sort l’obligation du pass sanitaire pour tous le 15 octobre qui a déclenché ce mouvement populaire vers l’unification en entraînant les militants, en cassant les divisions qu’avait créée le gouvernement autour de la vaccination.

En France, le mouvement n’en est pas encore là. Les divisions autour de la vaccination sont encore prégnantes et rendent plus difficiles la jonction. Par ailleurs si le mouvement anti-pass est encore présent, le mouvement des Gilets Jaunes n’est pas celui massif de novembre 2018 et est plus un mouvement de militants mais cependant nombreux et le mouvement pour les salaires n’en est qu’à son commencement sans encore être une vague. L’unification n’est pas imposée par la rue, elle dépend plus des militants. Pour autant, la construction de l’unité est loin d’être impossible. Il faut juste comprendre quel est le fond idéologique de la situation.

La façon dont les médias dominants parlent de la « zemmourisation » de la société, la montée du populisme de droite et d’extrême droite nous raconte selon eux une histoire d’électeurs de la classe ouvrière, laissés pour compte, perdants de la mondialisation, qui, poussés par leur analphabétisme et à partir de là, les médias sociaux et ses fake news, son complotisme, se rallient aux forces racistes d’extrême droite.
C’est totalement faux, mais ce qui fait la différence aujourd’hui dans la prégnance de ce récit absurde, c’est que cette légende est reprise par une partie de la gauche voire de la gauche dite radicale ce qui pèse sur le moral de l’ensemble des militants et paralyse l’action de leurs organisations. Avec la chute du mur à Berlin, de l’URSS, des PC, la collaboration plus ouverte des syndicats et l’extinction voulue de l’expression ouvrière traditionnelle y compris jusqu’à la disparition par exemple des statistiques de grève au profit de statistiques sur le dialogue social, l’effondrement idéologique de ce camp est patent.
Ainsi, ces dernières décennies, le milieu de la gauche et de la gauche radicale plus éloignée de la classe ouvrière et de ses humeurs et colères populaires est devenu moins critique à l’égard du libéralisme, voire quasi dépendant culturellement de lui. C’est pourquoi ils reprennent plus facilement les arguments de prétendue fascisation des classes populaires depuis le vote soit-disant Le Pen des quartiers populaires (alors qu’ils s’abstiennent) jusqu’aux caractérisations de fascistes des mouvements des Gilets Jaunes ou anti-pass. Dans le passé, ils voyaient déjà auparavant tout d’en haut, et jamais du point de vue des classes populaires d’en bas. Mais dans le passé, ça ne se voyait pas trop car il y avait une forte expression des organisations ouvrières politiques ou syndicales qui était aussi d’en haut mais qui avait la couleur ouvrière et une certaine réalité populaire. Mais cette expression ouvrière d’en haut ayant disparu, il y a un vide, et ils en sont réduits à subir l’influence du libéralisme.
Il faut bien voir que l’extrême droite n’est pas seulement réductible au racisme, mais fait partie, depuis le tournant des années 1990, d’un projet visant à démanteler le monde ouvrier et ses idées communistes ou communisantes dans lequel est entraîné inconsciemment aujourd’hui une partie de la gauche et même de la gauche radicale.
C’est la pression ouvrière des grèves contre le pass après le 15 octobre en Italie qui a réduit cette pression et l’influence des couches de la gauche radicale sous emprise libérale sur les militants les plus engagés et sincères. Il faut donc aujourd’hui que ces derniers renouent d’autant plus avec la base ouvrière, avec la base populaire pour ne pas subir la pression de ce petit milieu de militants ou d’ex-militants découragés et sous influence libérale, qui est voué à disparaître.
L’Italie nous montre ce qui est sous-jacent dans la situation, ce qui va se passer demain ici. Il faut prendre les devants, et comme en Italie, s’atteler à la construction de la coordination unitaire de toutes les luttes.
C’est le moment.
Jacques Chastaing, le 31 octobre 2021
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