« On demande simplement à pouvoir faire notre travail de soignant avec un maximum de sérénité » : en Guadeloupe, l’hôpital perturbé par les blocages

LR: Les incendiaires crient au feu et l’alimentent !

Une cinquantaine d’agents du Raid et du GIGN, 200 policiers en renfort et un couvre-feu sur l’île : le gouvernement veut rétablir l’ordre en Guadeloupe après des violences, des pillages et des blocages sur fond de contestation du pass sanitaire. Une situation qui continue d’impacter fortement le CHU de Pointe-à-Pitre.

Article rédigé par

Farida Nouar et Laurent Macchietti – franceinfo
Radio France
Publié 

Les yeux cernés, Benjamin interne en chirurgie, quitte le Centre hospitalier universitaire de Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) avec le sentiment de ne pas avoir accompli son serment d’Hippocrate : soigner tous ceux qui en ont besoin. À cause des barrages, de nombreux confrères n’arrivent pas à accéder à l’hôpital : il doit donc faire le tri dans ses patients. « Au bloc opératoire, on ne peut pas faire tourner les salles d’opération comme d’habitude, on ne fait pratiquement que les urgences et tout ce qui était programmé, en ce moment, ça s’annule. Du coup, il y a plein de patients qui attendent d’avoir leur chirurgie qui ne peuvent pas l’avoir. »

>> « C’est une provocation » : en Guadeloupe, les habitants se disent exaspérés par le couvre-feu

Grégory, autre interne en chirurgie doit aussi faire des choix. « On opère que ceux qui sont entre la vie et la mort. » Il en veut à ceux qui tiennent les barrages et empêchent les patients d’accéder à l’hôpital : « Dans ma spécialité, l’ORL, quand on détecte le cancer, faut traiter dans les trois semaines pour avoir de réelles chances d’être soigné. »

« Ces gens ne se rendent pas compte qu’ils tuent leur famille et leurs amis parce que nos patients ne sont pas soignés. »

Grégory, interne en chirurgie

à franceinfo

On constate du retard dans les chimiothérapies et des patients en danger de mort qui ne peuvent pas rejoindre les centres de dialyse à cause des blocages. Le docteur Laurent Larifla, cardiologue au CHU, a lui, laissé sa voiture à la maison. Trop risqué pour lui de prendre la route. « Il y a des équipes de nuit qui arrivent, qui ne savent pas s’ils vont être menacés sur le chemin qui va les conduire à leur lieu de travail, c’est absolument inadmissible, lâche-t-il. Ça me paraît inconcevable qu’un endroit qui est sanctuarisé comme l’hôpital, même en temps de guerre, on essaye d’en garantir l’accès, et que là, en temps de paix, qu’on fasse un blocage, pour moi, c’est inexplicable. »

Des soignants agressés

Cédric Zolezzi, le directeur adjoint de l’hôpital, s’inquiète de plus en plus pour son personnel soignant. « Un deuxième interne a été agressé par un individu cagoulé, un médecin a aussi été molesté, un autre a dû sortir de sa voiture, à qui on a tenté de voler son portable, énumère-t-il. Donc non, on aurait vraiment besoin que la situation de blocage et de filtrage à l’entrée de l’hôpital cesse. Ce sont déjà des conditions de travail qui sont difficiles avec un CHU qui est assez vieillissant, un bâtiment vétuste, il n’y a pas besoin d’en rajouter. On demande simplement à pouvoir faire notre travail de soignant avec un maximum de sérénité. » 

Le préfet de Guadeloupe a appelé les manifestants à laisser passer le personnel soignant et à cesser les entraves à la circulation.

close

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire