Julie d’Aiglemont: Le petit tournoi des Raipoublicains

Auteure de la pièce « Chroniques de l’An de Disgrâce 20 » jouée à Forcalquier le 4 12 2021

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Julie d’Aiglemont

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Le petit tournoi des Raipoublicains, qui devait désigner le champion de cette Faction, vit s’affronter la baronne de la Patronnesse, le baron du Tranbert – que tous les carottages donnaient grand favori- le baron de la Chiotte ainsi que les marquis de Juve et de la Barne. Contre toute attente, ce fut le baron de la Chiotte qui l’emporta d’une courte tête contre la baronne. Le baron du Tranbert fut désarçonné et mordit la poussière. C’était à n’y rien comprendre.
Madame la baronne de la Patronnesse et monsieur de la Chiotte allaient doncques devoir s’affronter en combat singulier. On ne savait lequel des deux était le plus proche des Haineux tant il et elle avaient rivalisé de saillies que Madame la ChatelHaine de Montretout et monsieur de la Zizanie ne pouvaient qu’approuver. C’était à qui se montrerait le plus brutal envers les estrangers que l’on chargeait de tous les maux.
Il se disait que le Roy craignait la victoire de Madame de la Patronnesse car elle était de nature à lui tailler des croupières. Il la supposait plus difficile à contrer que le baron de la Chiotte, lequel n’en croyait pas sa bonne fortune. Il se murmurait que des Haineux avaient assisté au Tournoi et avaient œuvré en sa faveur.
Ainsi la Faction des Raipoublicains, qui se réclamait encore du Grand Carolus Magnus dit Mon-General, s’était-elle choisi pour possible champion un proche des Haineux, ou une baronne qui professait le plus profond mépris pour le peuple, mépris qu’elle partageait en cela avec le Roy, ce qui les rendait proches et ne laissait que d’inquiéter Sa Suffisante Arrogance.
Pendant ce temps, les miasmes se répandaient à nouveau dans le royaume. Il se disait qu’ils contaminaient autant que lors de leur arrivée au début de l’an vingt, quand nul n’avait reçu les doubles et triples onctions de la Sainte-Vaccine. Mais les seuls que l’on continuait de montrer du doigt et de vouer aux gémonies étaient les Hérétiques. Le Roy envisageait comme dans le Royaume de la Germanie, de les faire mettre au cachot.
Texte : Julie d’Aiglemont Tous droits réservés
Illustrations : je ne sais qui citer, ces clichés très parlants circulent sur la toile. Merci à leurs auteurs/autrices.
4 j 
Dans le même temps que le triste vicomte de la Zizanie faisait état de ses bileuses lubies et de ses lugubres prophéties, Notre Verbeux Pipoteur s’en fut se faire lustrer en allant accueillir dans le Saint des Saints – où il y avait beaucoup de saints mais fort peu de saintes- de la vieille République, dans le caveau du Panthéon doncques, madame Josephine Bakerus. Sa Grandiloquente Récupération se livra à son exercice favori : se mettre en scène et se faire admirer.
Au moment où le vicomte deversait sa bile, ce fut un réconfort que d’avoir à penser à madame Bakerus, en cela qu’elle était l’exact contraire de monsieur de la Zizanie. Elle était femme, elle était noire de peau, elle était étrangère avant que de choisir et de pouvoir devenir Rienne, elle avait connu toutes les misères, elle avait eu toutes les audaces et toutes les bravoures. Elle avait été saltimbanque mais aussi soldate. Son cœur avait été aussi vaste que sa vaillance à combattre les Haineux.
Gracchus Mélenchonus, qui s’en était allé causer avec la jeunesse estudiantine dans la bonne ville de Naoned, salua en Madame Bakerus une Insoumise, ce qu’elle avait été à n’en point douter.
On était bien au Royaume du Grand Cul-par-dessus-Tête, ce malheureux pays dont le Prince était un bambin capricieux et égoïste. Nul ne pouvait se targuer de s’approprier la mémoire de celle qui avait su plus que tout autre être une Rienne du monde.
Peut être une image en noir et blanc de 1 personne et position debout
Afin d’annoncer officiellement son inscription au Tournoi, le vicomte de la Zizanie, qui professait, à l’instar du Roy, une grande admiration pour Monsieur Petun, crut enfiler l’uniforme de l’ennemi juré de ce dernier, celui du Roy Carolus Magnus, qu’on appelait aussi Mon-General. Il voulut en adopter aussi la posture et le ton. Du moins s’en persuada-t-il.
Las ! Tout comme pour Notre Piteux Imitateur, l’uniforme lui baillait aux épaules. Il y disparaissait, ne laissant voir que ses membres grêles. Sa voix, au lieu que d’être vibrante, grésilla vilainement, le ton, au lieu que d’être profond, évoqua les vieilles caves humides et les sépulcres. On crut voir et entendre Monsieur Pétun en personne.
Tout dans cet homme chétif et rabougri, nourri de haines recuites et d’aigres lubies donnait envie de fuir. Monsieur de la Zizanie détestait tout : la couleur, les idiomes, le rire, la jeunesse et les femmes. Sa vision était celle d’un pays gris, d’un pays figé, d’un pays qui n’avait jamais existé.
Peut être une image de 1 personne et texte qui dit ’<< Je fais à la France le don de ma personne. > Gh Fitain’

6 j 
Courte chronique du vingt huitième jour du mois de novembre en l’an de très grande disgrâce vingt et un.
Le voyage du vicomte de la Zizanie dans la bonne ville de Massalia se poursuivit sous les mêmes auspices que ceux qui avaient présidé à son arrivée. Nul baron, nulle duchesse se sentant quelques affinités avec les Haineux ne s’était déplacée, quoiqu’on avait cru pouvoir compter sur leurs renforts. On avait dû se contenter d’une obscure partisane du baron du Saladier pour tout cicerone. Fort marri du méchant accueil que lui avaient réservé une troupe de rageux, le vicomte avait éructé que cette ville de Massalia était en perdition à cause de tous les Sarrasins qui s’y étaient installés et que bientôt, à moins qu’on ne se ralliât à ses thèses, le royaume tout entier subirait le même sort.
Le lendemain, alors qu’il se trouvait à l’intérieur de son carrosse en la galante compagnie de Madame de Quanenfaut, dans une de ces ruelles populeuses de la vieille cité, ses gens vinrent le prévenir qu’une habitante souhaitait le voir. Le vicomte crut enfin que son heure arrivait. Apercevant cette Rienne, et constatant qu’elle n’était point Sarrasine, il lui lança « N’ayez crainte, ma bonne vieille, je suis venu vous délivrer ! ». Las ! Cette passante était une Rienne farouche partisane de Gracchus Mélenchonus. Pour toute réponse, elle montra au vicomte le doigt majeur de sa main droite, dans un geste fort explicite. En face, on s’étrangla de rage et l’on répondit de même. Madame de Quanenfaut, trouvant la scène fort drôle, se gaussa bruyamment. Les gens du vicomte emmenèrent sans ménagement l’importune tandis que les gazetiers qui avaient suivi l’affaire s’ebaubissaient, sentant qu’ils tenaient là de quoi alimenter la très piteuse geste de Monsieur le vicomte de la Zizanie, marquis des Zolives.
La suite fut du même tonneau. Le vicomte et ses gens durent se barricader dans un salon de l’embarcadère du chemin de fer, cependant que des rageux avaient envahi la grande halle et levaient le poing, proférant comme la veille force quolibets.
Ainsi s’acheva le voyage de Massalia, qui devait consacrer le vicomte et lancer sa conquête du Royaume. Il ne fut plus question que de ce doigt du déshonneur. Un impétrant au Tournoi pouvait-il répondre de la sorte quand en face on avait usé de ce qui relevait du doigt d’expression ?
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