«Convoi de la liberté»: pour les services de renseignement, un mouvement insaisissable

Nice, le 9 février 2022. Convoi de la Liberté au départ de Nice en direction de Paris. Sur le communiqué officiel de "Convoy France", les manifestants entendent récupérer "leur liberté, leurs droits fondamentaux, l'accès inconditionnel aux soins, à l'éducation et à la culture, le respect des valeurs essentiels de notre constitution". Cette initiative s'inscrit dans la lignée du mouvement de contestation Freedom Convoy initié au Canada par des camionneurs pour qui le vaccin est obligatoire afin de traverser la frontière avec les États-Unis, et qui paralyse depuis plus d'une semaine la capitale Ottawa.

Alors que les premiers cortèges se sont mis en branle ce mercredi, une note du service central du renseignement territorial tente de définir les contours d’un mouvement hétéroclite et qui se divise sur ses modes d’action.

Rassemblement à Nice pour le lancement de la version française du « convoi de la liberté », qui doit converger sur Paris vendredi. (Frédéric Pasquini/Hans Lucas pour Libération)

par Louis Moulin et Ludovic Séré

publié le 9 février 2022

Faut-il s’attendre à voir déferler sur Paris une vague contestataire similaire à celle qui est parvenue à paralyser Ottawa ? Alors que différents cortèges du «Convoi de la liberté», ce mouvement anti-restrictions sanitaires imitant celui des routiers canadiens, s’élancent de toute la France ce mercredi en direction de la capitale, les policiers du renseignement sont sur les dents. D’après une note du service central du renseignement territorial, dont Europe 1 et le Parisien se font l’écho mercredi, les agents «ont du mal à anticiper et à définir ce mouvement inédit», explique la radio. Exactement comme au début du mouvement des gilets jaunes à l’automne 2018.

Ampleur de la mobilisation, profil politique des participants, caractère pacifique ou non des actions envisagées : la police a un peu la tête dans le brouillard. «Il est un peu tôt pour estimer l’importance de ce mouvement lancé sur les réseaux sociaux, sans lien avec des syndicats», confie une source policière à Libération. Toutefois, la situation est prise au sérieux. D’après Europe 1, «plusieurs réunions se sont tenues place Beauvau ces dernières heures spécialement sur ce sujet». Et en dépit d’un certain flou, quelques points commencent à apparaître plus clairement aux yeux du renseignement.

Cinq trajets vers Paris

D’abord le parcours. Il apparaît aux yeux du renseignement que «cinq trajets sont annoncés en provenance de toute la France avec un début de convergence attendu à partir du 9 février 2022». Des convois doivent prendre la route à partir de ce mercredi «depuis le sud-est» et le «sud-ouest», avant d’être rejoints par d’autres «provenant de l’ouest de la France, le jeudi 10 février».

C’est ce que l’on peut constater sur différentes cartes mises en ligne sur les réseaux sociaux où s’organise le mouvement, qui figurent effectivement cinq trajets finaux vers Paris vendredi en fin de journée. Une étoile à cinq branches qui doit se dessiner après des rassemblements intermédiaires à Evreux, Chartres, Troyes, Reims, et La Rue-Saint-Pierre, près de Beauvais.

Quelle ampleur ?

Y aura-t-il du monde ? Les renseignements territoriaux sont en peine de le savoir. En guise de thermomètre, ils guettent notamment le nombre d’inscrits aux pages favorables au mouvement sur les réseaux sociaux, à l’instar du groupe Facebook intitulé «Le convoi de la liberté», qui «dépasse désormais les 250 000 inscriptions», comme l’écrivent les policiers dans leur note. Ce mercredi midi, il comptait même plus de 300 000 membres. Reste à voir combien passeront du virtuel au réel.

Un mouvement hétéroclite

Quant à la composition du mouvement, elle est jugée très hétéroclite, rassemblant des «collectifs d’opposants aux mesures sanitaires», des «gilets jaunes», des «patriotes» et des «complotistes», d’après la note du renseignement territorial. Les policiers relèvent que la «mouvance d’ultra-gauche», comme «d’ultra-droite» ne semble pas relayer le mouvement.

Surtout, le «Convoi de la liberté» français pourrait se distinguer de son modèle canadien par sa plus faible proportion de routiers. Les agents du renseignement notent que les organisations syndicales de chauffeurs se désolidarisent du mouvement mais aussi qu’à la différence des chauffeurs canadiens, la plupart des routiers français ont «un statut de salarié» et ainsi «ne supportent pas directement les conséquences de l’augmentation des prix des carburants». On pourrait ainsi retrouver nombre de fourgonnettes et de voitures individuelles aux côtés des poids lourds, ce qui peut rendre les participants plus difficiles à identifier.

Dissensions sur les modes d’action

Converger, mais pour quoi faire ? D’après les renseignements, les modes d’actions envisagés ne font pas l’unanimité, conséquence du caractère décentralisé de l’organisation et du profil varié des participants. «Des différends opposent déjà les uns et les autres dans les discussions, qui ne sont pas sans rappeler les tensions internes déjà observées dans le mouvement des gilets jaunes», écrivent les renseignements dans leur note.

Les policiers relèvent que certains participants proposent «un blocage complet» pour entraîner des «ruptures d’approvisionnement en carburants et nourriture», d’autres des «affrontements avec les forces de l’ordre», quand certains défendent un mouvement «pacifique afin de ne pas être discrédité».

Quelle réponse policière ?

Face à ce mouvement aux contours mal définis, quelle sera la réponse policière ? «Un dispositif préventif sera mis en place pour bloquer les accès à l’Île-de-France et à Paris vendredi», commente une source à Libération, sans entrer dans les détails. «Des effectifs importants seront déployés aux péages qui entourent Paris», explicite Europe 1, qui assure que «la gendarmerie se tient prête à déployer ses véhicules blindés, dans l’hypothèse où il faudrait pousser des voitures à l’arrêt ou encore participer à du maintien de l’ordre difficile».

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