Intervention de Cédric Volait (04) à la C.E.F. Commission Exécutive Fédérale du 8 février 2022

Intervention de Cédric Volait à la C.E.F. Commission Exécutive Fédérale du 8 février 2022 de la CGT Santé et Action Sociale au niveau national

« Fermeture des services d’urgences, chasse aux sous-citoyens et basculement de société »

Au niveau international, Les médias français ont tendance à pointer du doigt l’impérialisme de certains pays avec un traitement différent selon qu’on soit puissant ou misérable, mais il serait bon de balayer devant notre porte avant. Ce qui se passe au mali en ce moment, en mettant un pays sous embargo total, la France tient aussi sa place à côté des impérialistes. Et les premiers touchés, c’est le peuple malien qui est privé de tout.
Au niveau national, la période est difficile notamment pour les militants engagés. Il n’y aucune pause, aucun temps pour récupérer… les attaques nationales mais également locales sont permanentes. On a l’impression qu’ils mettent tout en œuvre pour fatiguer les gens et dégoûter les personnels, et faire en sorte qu’il y ait encore plus de départs.
Et puis la multiplication des primes différentes selon la fonction, le service ou le territoire crée encore plus de dégout. Ce sont des manigances qui participent à la morosité générale et à la perte de sens des personnels. Et les syndicats doivent gérer le service après ventre de mesures injustes et clivantes : les AS de Réa ne comprennent pas pourquoi elles n’ont pas de prime… Après certaines AS ne comprennent pas pourquoi elles sont exclus du reclassement en catégorie B, et c’est comme ça pour la plupart des sujets… La colère envers les injustices du Ségur est omniprésente.
Nous avons également des problématiques locales, comme la fermeture de nombreux services d’urgences, dont la solution est nationale, mais où le gouvernement refuse de prendre ses responsabilités. Du coup, la seule solution immédiate semble être de continuer à marteler les revendications et les responsabilités, continuer de donner des coups de marteau toujours sur le même clou, afin de maintenir une pression permanente, et qu’il y ait le plus d’endroit possible avec la même stratégie, pour imposer d’autres choix politiques. A Sisteron, c’est ce que nous avons fait, avec 14 mois de mobilisation et 60 rassemblements pour les contraindre à rouvrir les Urgences. A Draguignan, c’est ce que la CGT et les citoyens sont en train de faire. A Bichat et Beaujon, avec la même stratégie, ils viennent d’obtenir un report du projet de fusion qui prévoyait notamment la fermeture de 400 lits à la clé. Cependant, au-delà des différents enjeux locaux en termes d’accès aux soins, il faudrait affiner notre stratégie nationale pour voir comment on pourrait davantage mettre en lien les différentes luttes en cours et à venir notamment sur la question des fermetures des services d’urgences.
Ce serait bien que nous puissions avoir une cartographie de tous ces services d’urgences, qu’on puisse la mettre sur le site fédéral et voir quelle initiative on peut prendre. Il faut qu’on travaille à une coordination des initiatives afin qu’elles s’alimentent les unes les autres. Pour cela, je propose l’organisation d’une réunion en visio avec tous les syndicats des sites concernés d’ici deux semaines au plus tard pour voir comment on peut se coordonner et agir ensemble, afin d’être plus efficace et d’offrir des perspectives à tous les militants qui ont envie de lutter.
Ensuite, il y a un sujet important qui reste totalement d’actualité, ce sont les 20 000 suspendus à un moment où la démonstration a été faite sur cette cinquième vague que la vaccination n’empêche pas la contamination. Le Conseil scientifique le dit. Véran et Castex, malgré leur 3ème dose ont attrapé le virus. Tout le monde le voit bien. On a un niveau extrêmement élevé de vaccination avec pourtant un niveau historique de contamination. Et pourtant les mises à pieds restent d’actualité. Et pourtant les non vaccinés continuent d’être pointés du doigt.
Le porte-parole du gouvernement a expliqué ces derniers jours la nécessité d’une société avec des devoirs qui passent avant les droits. Cela pouvant alors justifier un ordre moral excluant les sous-citoyens. Quelques jours avant, Martin Hirsch, le directeur de l’APHP (Assistance Publique des Hôpitaux de Paris) se demandait : Est-il logique de bénéficier de soins gratuits quand on a refusé de se faire vacciner ? Ce directeur d’hôpital sort de son rôle, et devient idéologue souhaitant démolir les principes même de la Sécurité Sociale et mater les citoyens qu’il estime trop libres. Faut-il faire payer, dans la même logique, buveurs, fumeurs et conducteurs ?
Cette vision des choses, dont Macron a donné le coup d’envoi dans sa longue interview au Parisien, correspond à un basculement de société avec différentes catégories de citoyens. Il s’agit d’aller vers un système de santé à l’américaine où l’individu est seul responsable de sa santé.
Le passe vaccinal, c’est la mise en œuvre de ce basculement ! C’est un engrenage dangereux pour tout le monde ! Et c’est la question du tri des patients qui se pose à nouveau !
Cette vision des choses et ces mesures sont la suite logique des précédentes : Loi « HPST », Loi « Ma Santé 2022 », Réforme de l’assurance chômage etc…
De plus, cette obligation de se conformer à la norme de manière quasi fasciste ne va faire qu’accroître les fractures et les colères. D’ailleurs, on voit se qui se passe au Canada avec le fort mouvement des routiers, avec des tentatives de déclinaisons au niveau européen.
La question des sous-citoyens nous amènent également sur la question des personnes âgées dépendantes en EHPAD. La sortie de l’ouvrage « Les fossoyeurs » a mis un coup de projecteur sur la façon dont sont traités nos aînés, c’est-à-dire comme du bétail, simplement bon à gaver les actionnaires. Et on se rappelle tous du traitement qui leur a été réservé au début de la pandémie et du tri effectué pour accéder en réanimation dans de nombreux territoires.
A ce sujet, on parle beaucoup des directions d’EHPAD, mais on ne parle pas ou quasiment pas des ARS (Agences Régionales de Santé). Certaines n’ont rien fait malgré de nombreuses alertes. D’autres ont informé 1 mois avant d’un pseudo-contrôle surprise. Comment s’appelle ce comportement ? Elles doivent rendre des comptes ! Il est important que la Fédération puisse engager les actions nécessaires pour que les responsabilités des ARS et du ministère de la santé soient reconnues.
Pour en revenir aux suspendus, notre Fédération devrait insister sur l’exigence de la réintégration de tous les suspendus avec la rédaction d’une lettre ouverte à Véran, en faisant le lien avec les vrais revendications et les vrais problématiques. Lors des deux derniers CNF, cela a été une demande forte de nos bases et ce sujet va probablement revenir fortement au prochain congrès fédéral de fin mars à Saint Malo.
Cette démarche purement dogmatique, avec une accumulation de mensonges et de contradictions, ne vise qu’à diviser et humilier les hospitaliers, au moment où ils obligent, dans de très nombreux établissements, des soignants contaminés à travailler !
De même, la question du passe vaccinal pour accéder au prochain congrès fédéral pose également problème.
Il va y avoir des délégués non vaccinés, qu’est-ce qu’ils vont faire ?
Est-ce qu’on va les laisser dehors ?
Cela pourrait entraîner un congrès houleux !
Là, il faudrait trouver une solution pour ne pas exclure les non vaccinés des débats démocratiques.
Dans le contexte ultra dégradé que nous connaissons, les hôpitaux ne peuvent se passer d’aucun personnel, et notre syndicat ne peut se passer d’aucun militant.
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