L’Etat face à la bassesse d’Orpea

Implicated in the book "Les Fossoyeurs" by Victor Castanet, the Orpea group is accused of mismanagement of its establishments and mistreatment of its residents. Illustration of the Orpea nursing home in Neuilly-Sur-Seine. France on January 26, 2022.
La vieillesse, une maladie ?dossier

A la recherche sans scrupule du profit maximal par les dirigeants du groupe privé d’Ehpad, a répondu la faiblesse de gouvernements qui les ont encouragés à coups de niches fiscales.

par Dov Alfon – Liberation.fr – publié le 31 janvier 2022

Sordides, les faits qui y sont révélés pour nourrir l’obsession de profit de ses dirigeants, souvent résultant d’une terrible maltraitance des patients à leur charge.
Sordides aussi, les efforts d’Orpea pour éteindre l’incendie : technique du fusible d’abord, avec le limogeage dimanche soir de son directeur général, Yves Le Masne ; puis noyer le poisson, avec l’annonce – risible si le sujet n’était pas si tragique – que le groupe mandatait deux cabinets d’audit pour «une mission indépendante d’évaluation sur l’ensemble des allégations rapportées dans ce livre».
Le ministère de la Santé a annoncé se réserver le droit d’ouvrir une enquête sur les pratiques d’Orpea. On voit mal pourquoi cette enquête n’est pas encore ouverte.
Ce mardi, le directeur général France d’Orpea, Jean-Christophe Romersi, sera reçu par la secrétaire d’Etat chargée de l’Autonomie, Brigitte Bourguignon, pour des explications préliminaires.
Ce sont en réalité les actionnaires qu’il faudrait cibler, entre autres en coupant court à la discrimination des établissements publics de ce marché fort lucratif : d’après notre enquête, les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) à but lucratif ne représentent que 20% des 7 500 maisons de retraite recensées sur le territoire, mais ils engrangent 100% des bénéfices.
C’est ainsi que les principaux acteurs privés du secteur, Orpea, Korian et DomusVi, ont dégagé à eux trois près de 330 millions d’euros de bénéfice net l’an dernier.
Face à la demande croissante, ils ont profité de la décentralisation de la tutelle sur leurs établissements, et d’une niche fiscale créée en 2009 sous Nicolas Sarkozy, permettant de classifier les investissements dans des chambres d’Ehpad privés comme un produit de défiscalisation.
Il est temps de mettre un terme à cette bassesse.
Vieillir n’est pas un choix ; ne rien faire face à la maltraitance de tant de nos ainés le serait.

Orpea : la ministre Brigitte Bourguignon annonce l’ouverture d’une enquête administrative et d’une enquête financière

Les ARS « iront voir tous les établissements de ce groupe », annonce aussi la ministre déléguée chargée de l’Autonomie sur France Inter alors que les dirigeants d’Orpea sont convoqués mardi au ministère.

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Avec France Inter – franceinfo
Radio France
Publié 
Brigitte Bourguignon, ministre chargée de l'Autonomie, le 7 juillet 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Brigitte Bourguignon, la ministre déléguée chargée de l’Autonomie, a annoncé mardi 1er février sur France Inter qu’elle lance une enquête administrative de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et une enquête financière sur le groupe Orpea« De plus, toutes les Agences régionales de santé iront voir tous les établissements de ce groupe », ajoute-t-elle.

Le groupe Orpea est accusé de maltraitances envers les résidents de ses Ehpad après les révélations du livre-enquête Les Fossoyeurs. Une annonce alors que la ministre déléguée chargée de l’Autonomie doit recevoir mardi matin les dirigeants d’Orpéa :  le directeur général pour la France, Jean-Christophe Romersi, et le nouveau PDG du groupe, Philippe Charrier.

« C’est une première parce qu’il faut taper fort pour bien montrer qu’on ne fait pas n’importe quoi dans ce pays dans une activité qui est lucrative mais qui ne doit pas l’être au détriment de la bientraitance », a expliqué la ministre, affirmant qu’elle n’allait pas « se contenter » des explications que lui donneront les dirigeants du groupe lors de leur convocation mardi matin.

« Derrière tout ça, c’est un système entier visiblement qui est dénoncé et c’est ça que je veux connaître et que je veux comprendre. Donc quand je vais les voir, je vais leur dire déjà ma colère parce que ça fait deux ans que j’essaie de mettre des moyens sur cet établissement (…) et qu’un tel discrédit jeté sur un ensemble remet tout en question », s’agace la ministre.

« Il faut que la parole se libère »

« J’espère » qu’on vit une libération de la parole sur ce sujet « parce que rien n’est pire que les gens qui ne s’expriment pas », déclare Brigitte Bourguignon, croyant que certains « ont eu peur par endroit de s’exprimer malheureusement parce qu’il y a eu des pressions malheureusement. Cela se vérifie »« Il faut que la parole se libère », assure-t-elle, reconnaissant qu’il y a un « problème systémique » – voire « des problèmes qui n’ont pas été entendus pendant 20 ans » – qu’elle dit être « en train de régler ».

La ministre a par ailleurs estimé que le limogeage était « un gros fusible, certes » mais qu’il ne « cache pas l’ensemble du compteur ». Elle va travailler « pendant les trois semaines qui suivent » à la demande du gouvernement, « sur les sanctions, les contrôles, la transparence de ces établissements » en concertation avec les familles et les travailleurs sociaux.

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