Hausse du prix du gazole : le dépôt pétrolier de Brest bloqué par des professionnels [Vidéo]

Publié le 15 mars 2022

Brest. Une tentative de blocage du dépôt pétrolier en cours

Environ 200 professionnels du BTP, des entreprises de travaux agricoles et de la pêche, bloquent, depuis 7 h, ce mardi, le dépôt pétrolier de Brest.
Depuis ce mardi, 6 h 50, tous les accès au dépôt pétrolier de Brest sont bloqués, en protestation contre l’explosion des prix des carburants. Des feux de pneus et palettes ont été allumés à l’entrée du dépôt, provoquant un important panache de fumée visible depuis le quartier des Capucins, à Recouvrance.

Une centaine de pêcheurs
Le mouvement rassemble près de 200 personnes : pour moitié, des artisans pêcheurs, principalement venus du Guilvinec qui ont embrasé des pneus sur l’ancienne voie ferrée située devant le dépôt, et pour l’autre, des professionnels du bâtiment et des travaux publics, ainsi que des entreprises de travaux agricoles.

Un premier feu a été allumé sur l’ancienne voie de chemin de fer, devant l’entrée du site. Puis un second, sur le parking de StockBrest.

Un premier feu a été allumé sur l’ancienne voie de chemin de fer, devant l’entrée du site. Puis un second, sur le parking de StockBrest. (Photo Le Télégramme/Pierre Chapin)

Importants effectifs de gendarmerie
À 7 h 45, ils étaient environ 200 sur place. Une trentaine de véhicules de chantier bloquent les entrées et sorties de dépôt. Ce mouvement était redouté par les autorités : d‘importants effectifs de gendarmerie étaient mobilisés, ce mardi matin, autour du pont de l’Iroise et des principaux ronds-points permettant d’accéder au port de commerce de Brest.

Pêcheurs et artisans du bâtiment et des travaux publics maintiennent la pression sur le site du dépôt pétrolier brestois.
Pêcheurs et artisans du bâtiment et des travaux publics maintiennent la pression sur le site du dépôt pétrolier brestois. (Photo Le Télégramme/Pierre Chapin)

Blocage anticipé hier
Selon nos informations, la direction du dépôt pétrolier de Brest aurait en partie anticipé ce blocage, avec plusieurs mouvements de camions-citernes opérés, par anticipation, la nuit dernière. Toutefois, ce matin, trois camions-citernes, chargés, étaient bloqués dans l’enceinte de StockBrest, tandis qu’une poignée d’autres étaient immobilisés à l’extérieur du site. Les stocks au dépôt seraient au plus bas, dans l’attente de l’arrivée d’un navire russe, annoncé ce mercredi 16 mars.

Sollicité ce mardi matin, le sous-préfet de Brest exclut pour l’heure l’utilisation de la force pour évacuer le site. Aucune entrevue avec les personnels mobilisés n’est non plus annoncée.

« On est là pour la semaine »
Sur site, les pêcheurs et professionnels du bâtiment assuraient de leur intention de maintenir le blocage jusqu’à la mise en place de mécanisme permettant un retour à des prix assurant la rentabilité de leur entreprise. « On est là pour la semaine », glissait l’un d’eux, alors que la haie bordant le site de StockBrest commençait à s’embraser.

Peu avant 10 h, la majorité des artisans pêcheurs, qui ne se reconnaît plus dans leurs instances représentatives, a toutefois mis le cap sur Quimper, avec l’intention d’occuper le siège du comité départemental des pêches.

La haie bordant le site a commencé à s’embraser vers 9 h 30, ce mardi.

La haie bordant le site a commencé à s’embraser vers 9 h 30, ce mardi. (Photo Le Télégramme/Pierre Chapin)
15 centimes du litre en plus : insuffisant pour les pêcheurs
Pour Frédéric Lucas, patron pêcheur et armateur à Loctudy (trois salariés), cette hausse du coût du carburant est tout simplement insupportable. « Il y a 15 jours, la hausse du prix du gazole à 0,70 centime du litre nous avait déjà bien impactés. Mais là, avec un litre qui oscille entre 1,15 € et 1,25 €, ça n’est plus possible ! Cela fait dix jours qu’on n’a pas repris la mer et qu’on n’a aucune rentrée d’argent, rien pour produire des salaires. La visibilité est nulle et le plan de résilience avancé ne nous donne pas davantage de perspectives. Ce ne sont pas 15 centimes de plus au litre qui nous feront repartir en mer ! », tempête le sudiste qui en est à sa « quatrième grève depuis 1990. À chaque fois par rapport à l’augmentation du prix du gazole. On y revient sans arrêt ! », souffle Frédéric Lucas.

Frédéric Lucas

Frédéric Lucas
Frédéric Lucas, patron pêcheur et armateur à Loctudy. (Photo Le Télégramme/Jean-Luc Padellec)

Les travaux publics durement touchés

Tandis qu’à proximité, les palettes de la colère s’embrasent devant le dépôt pétrolier, François Calvez, président du CNATP29 (Chambre nationale de l’artisanat, des travaux publics et du paysage), ne tient pas d’autre discours : « On se retrouve comme en 2018, où l’on avait déjà bloqué le dépôt de Brest. À l’époque, on était à 1,40 € le litre ; aujourd’hui, c’est 2,20 €. La situation n’est plus tenable. Quand on fait tourner une pelle qui consomme 20 litres à l’heure, on perd un euro par litre. Sur une journée, c’est 160 € de pertes. Qui peut accepter ça ? », s’insurge le porte-parole, installé à Plomelin. Il ne comprend pas non plus les restrictions en termes d’approvisionnement. « Des entreprises qui consomment habituellement 5 000 l par jour, on leur livre seulement 1 500 l aujourd’hui. On ne peut plus travailler ! ».

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