Sri Lanka : le Premier ministre démissionne après de violents affrontements

La faillite du Sri Lanka sonne comme un avertissement pour ses voisins

L’état dramatique de l’économie du pays, très endetté auprès de la Chine, fait craindre une situation similaire ailleurs dans la région. La crise a abouti à la démission, lundi, du premier ministre Mahinda Rajapaksa après de violents affrontements dans la capitale Colombo.

Par Sophie Landrin(New Delhi, correspondante)

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Analyse. Un Etat pris à la gorge qui n’a plus assez de dollars pour importer des biens et assurer les services essentiels à la population comme l’électricité, les soins, les transports ou l’approvisionnement alimentaire. Des pompes à essence à sec, des magasins vides, des habitants déclassés, écrasés par une inflation galopante (+ 30 % en avril) : le Sri Lanka est devenu synonyme de faillite totale. La crise a abouti à la démission, lundi 9 mai, du premier ministre Mahinda Rajapaksa après de violents affrontements dans la capitale Colombo.

Le 12 avril a marqué une étape historique dans la crise économique et financière qui ravage la nation insulaire de 22 millions d’habitants : le gouvernement a temporairement interrompu ses paiements aux créanciers internationaux. Pour la première fois, le Sri Lanka faisait défaut.

Les causes de ce monumental fiasco sont connues : un endettement massif de 51 milliards de dollars (48,3 milliards d’euros), dont 31 milliards de dette extérieure publique, un creusement du déficit budgétaire en raison d’allégements fiscaux populistes décidés quand les caisses de l’Etat étaient vides, une réforme agricole qui a plongé le pays dans l’insécurité alimentaire et, enfin, la pandémie de Covid-19, qui a porté un coup fatal au secteur touristique et fait revenir des expatriés au pays, asséchant les rentrées de devises étrangères. S’ajoutent les conséquences de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. « C’est une combinaison de chocs économiques externes et d’erreurs politiques », résume Ganeshan Wignaraja, de l’Institut des études d’Asie du Sud de l’université de Singapour.


« Une classe d’hommes d’affaires parasitaires »

Au sortir de la crise sanitaire, la situation financière du pays était suffisamment alarmante pour inciter le gouvernement à demander d’urgence l’aide du FMI. Mais l’exécutif, formé par le duo des frères Rajapaksa, a préféré continuer à emprunter et à mendier des lignes de crédit auprès de ses voisins chinois et indien, deux rivaux pressés de renforcer leur emprise sur l’île de l’océan Indien.

Les responsables du désastre sont identifiés : les frères Mahinda et Gotabaya Rajapaksa, respectivement premier ministre et président, ont semé les graines de la crise. L’aîné, Mahinda Rajapaksa, a déjà occupé le fauteuil de premier ministre entre 2004 à 2005, puis celui de président de la République entre 2005 et 2015. Onze ans au pouvoir, interrompus par quatre années dans l’opposition, avant de redevenir premier ministre de son cadet, Gotabaya, élu à son tour président de la République, en 2019.

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Sri Lanka : le Premier ministre démissionne après de violents affrontements entre partisans et opposants au gouvernement

Des partisans de l’actuel président ont violemment attaqué des manifestants rassemblés devant le bureau présidentiel. 

France Télévisions
Publié 

Situation critique au Sri Lanka. Le Premier ministre sri-lankais Mahinda Rajapaksa a démissionné, lundi 9 mai, peu après de violentes attaques perpétrées par ses partisans contre des manifestants antigouvernementaux. Le dirigeant de 76 ans a adressé sa lettre de démission à son frère, le président Gotabaya Rajapaksa, ouvrant ainsi la voie à un « nouveau gouvernement d’unité », a déclaré son porte-parole.

Selon les autorités, au moins cinq personnes sont mortes et 139 ont été blessées quand des loyalistes du camp de Gotabaya Rajapaksa, armés de bâtons et de matraques, ont attaqué les manifestants qui campent devant le bureau du président depuis le 9 avril. La police a tiré des gaz lacrymogènes et a fait usage de canons à eau après que les partisans du gouvernement ont franchi les rangs des policiers pour détruire les campements de milliers de manifestants. Parmi les morts figure un député du parti au pouvoir, qui s’est suicidé après avoir été encerclé par des manifestants sur lesquels il avait tiré.

Une grave crise économique

La population manifeste depuis plusieurs semaines, reprochant au président Rajapaksa et à son frère, le Premier ministre Mahinda Rajapaksa, d’avoir précipité le pays dans la crise. Sur Twitter, ce dernier a exhorté « la population à faire preuve de retenue et à se rappeler que la violence n’engendre que la violence ».

Depuis plusieurs mois, l’île de 22 millions d’habitants subit de graves pénuries de produits alimentaires, de carburant et de médicaments. Cette crise sans précédent, imputée à la pandémie de Covid-19 qui a privé le pays des devises du secteur touristique, a été aggravée par une série de mauvaises décisions politiques, selon des économistes.

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