JUILLET 2022 : L’HISTOIRE S’ACCELERE

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10 h 
JUILLET 2022 : L’HISTOIRE S’ACCELERE
De la révolution au Sri Lanka aux mouvements des paysans aux Pays-Bas mais aussi en Allemagne, Pologne et Italie, en passant par une irruption de soulèvements populaires contre la hausse des prix, au Panama, en Uruguay, en Équateur, au Kenya , Mozambique, Ghana, Albanie, Bosnie-Herzégovine et l’Asie centrale qui s’embrase, de l’Ouzbékistan au Tadjikistan en passant par le Kirghizstan, et puis encore le plus grand mouvement de grèves qu’ait connu la Grande Bretagne depuis très longtemps et dans sa foulée la démission de Boris Johnson, ces premiers jours de juillet ont témoigné d’une nouvelle étape significative dans la montée des luttes, la progression des consciences populaires et dans la lente modification du rapport de forces général entre la classe ouvrière et les tenants de l’ordre capitaliste.
Bien sûr, les mouvements sociaux ne manquent pas depuis 2016 et encore plus depuis 2018 avec plus de 50 pays en 2018-2019 qui ont connu des soulèvements et des mouvements sociaux importants.
Mais la démission de Boris Johnson presqu’en même temps que la chute de Gotabya Rajapaksa, le général réactionnaire anti Tamouls et musulmans qui était aussi président du Sri Lanka, marquent la fin d’une période en même temps que les révoltes contre la hausse des prix en ouvrent une autre.
Johnson après Trump et demain Bolsonaro – et pourquoi pas Poutine – en même temps que bien d’autres moins connus en Colombie, Bolivie, Pérou, Inde, Pakistan, Sri Lanka et encore bien ailleurs, les leaders populistes de droite ou d’extrême droite qui ont bâti leurs succès sur les divisions populaires, les haines religieuses, de genres, de castes ou raciales, et qui ont fait illusion dans la période 2013-2019, sont fragilisés ou tombent les uns après les autres. Et ils tombent tous, après des soulèvements populaires, même quand il y a eu processus électoral. On n’assiste pas à l’opposition traditionnelle droite gauche dans le cadre des institutions bourgeoises mais à une opposition grandissante hors de ces cadres sur le terrain de la lutte de classe, alliant toutes les classes populaires contre toutes les haines et divisions, toutes les oppressions et contre l’exploitation, contre le système capitaliste en général.
Chaque mouvement dans un pays en entraîne un autre dans le voisin, chaque succès appelle au succès ailleurs, chaque mouvement dans une catégorie populaire tend à s’inscrire dans un mouvement général. On le voit bien avec les soulèvements paysans ; de l’Inde au Pakistan ou au Sri Lanka, ce sont eux qui ont été les facteurs déclencheurs des insurrections populaires, parce qu’en posant tout de suite la question politique du pouvoir, ils ont hissé les classes ouvrières au delà de leurs combats économiques dans lesquels les directions syndicales essaient de les confiner. On voit combien le mouvement des agriculteurs hollandais s’est étendu quasi instantanément à d’autres pays européens et combien ils ont trouvé le soutien de toute les populations.
Il ne s’agit pas là de la défense d’une agriculture productiviste comme le croient des esprits chagrins, les mêmes qui hier dénonçaient le prétendu fascisme des Gilets Jaunes contre les taxes ou celui des Anti pass contre la vaccination obligatoire; il s’agit d’un seul et même grand mouvement multiforme qui n’en peut plus des mensonges des dirigeants, de leur hypocrisie, de leur système d’ exploitation et d’oppression qui détruit les hommes et la planète.
C’est pourquoi, par delà même ceux qui un peu plus sociaux-démocrates les remplacent souvent, les chutes de ces dirigeants réactionnaires ne sont que des étapes vers des luttes encore plus importantes, vers le pouvoir populaire direct. La démocratie directe des Gilets Jaunes, le pouvoir au peuple exigé au Sri Lanka, les Mahapanchayats en Inde, les comités de quartier au Soudan qui sont pour ces deux derniers des sortes de soviets, sont partout des pas vers l’auto-organisation populaire et son pouvoir.
Bien sûr, vu de France, on peut avoir le sentiment que pas grand chose ne bouge ici ou en tous cas pas assez vite. Pourtant, même si Macron n’est pas tombé, il a reçu une claque. Et puis le pays n’a jamais autant connu de luttes et de grèves pour les salaires depuis l’automne dernier. Mais il est vrai que toutes les forces institutionnelles essaient de les empêcher de déborder sur le terrain politique en les contenant dans le cadre du système électoral représentatif ou dans l’émiettement des luttes économiques. Les dirigeants syndicaux tentent de repousser pour leur part les échéances des luttes en ne proposant qu’une seule et dérisoire journée d’action sans plan de mobilisation ni suite seulement le 29 septembre, faisant comme si la perte de pouvoir d’achat ne pressai pas, comme si la période des vacances était vouée par définition à la paix sociale alors que 50% des français n’en prennent plus, qu’un mouvement historique secoue les aéroports et les compagnies d’aviation, que les grèves à la SNCF sont loin d’être terminées et que les agents hospitaliers se préparent à un été de lutte.
Et puis, avec ces mouvements sociaux qui continuent comme jamais en ce mois de juillet, y compris avec des appels à la lutte générale le 12 juillet et autour du 14 juillet contre la vie chère, comme après aussi leur continuation pendant la période électorale et l’énorme abstention qui la délégitime , il monte une petite musique subversive qui témoigne de ce que le mouvement social sape le système en s’affranchissant progressivement des symboles et outils de paix sociale bourgeois : c’est d’abord la pénurie de saisonniers et le refus travail (c’est de l’exploitation), ensuite les élections (on y croit plus), encore les congés (on en a plus), enfin le 14 juillet (liberté égalité fraternité, un mensonge). Il ne faut pas sous-estimer ces mille petits coups de sape finissent par définir les contours de toute une période qui mine l’autorité du système et permet demain les explosions généralisées et l’auto-organisation émancipatrice.
Dans le soulèvement paysan indien, les dirigeants du mouvement organisaient à chaque date importante de l’histoire du pays, une mobilisation populaire en forme de déconstruction de l’emprise de l’idéologie dominante. Ça ne se fait pas encore de manière organisée et consciente en France mais le mouvement en cours est le même comme partout dans le monde : les luttes sans cesse, certes encore émiettées, forment quand même le climat politique général et sapent les valeurs de ce monde, pour ouvrir la porte à la réappropriation des biens volés, des acquis sociaux détruits, des libertés ravagées et construire un autre monde, en se libérant de ce système d’exploitation et d’oppression tout en protégeant la nature.
La révolution au Sri Lanka qui vient de faire tomber successivement deux gouvernements malgré l’union nationale des partis et syndicats pour les défendre, s’est appropriée les résidences privées et publiques de la présidence et du premier ministre pour y dévoiler aux yeux de tous le luxe et des millions cachés pendant que le peuple souffre de la faim.
Cette réappropriation populaire dit à tous le contenu et l’avenir de tous mouvements en cours.
Jacques Chastaing, 10 juillet 2022.
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