Roussel: Un aventurier en phase de doriotisation accélérée

Pédagogie rapide (faut pas non plus exagérer) pour les quelques candides (ou se présentant comme tels) qui s’étonnent qu’on ne trouve pas de gauche une valorisation du « travail » par un aventurier en phase de doriotisation accélérée (oops, je voulais écrire: droitisation, mon clavier a fourché).
Leçon 1: La gauche n’a historiquement valorisé le « travail » qu’en opposition au « capital », le premier devant être plus valorisé symboliquement et matériellement, le second s’accaparant toute la valeur symbolique et matérielle et devant donc être combattu.
Leçon 2: La gauche n’a jamais opposé le travail à l’allocation. Ni dans ses revendications : mieux valoriser le travail et étendre la solidarité à d’autres sphères que le travail, autres ne voulant pas dire antagonistes ou concurrentes. Ni dans l’analyse du réel: les personnes qui travaillent et celles qui font des enfants sont (attention : spoiler!) une seule et même espèce humaine, et non deux races distinctes, séparées et opposées. Un peu de sociologie nous apprend même qu’en général, la classe ouvrière, exploitée et donc mobilisée sur la question du travail et du salaire, compte aussi parmi les groupes sociaux qui font le plus d’enfants, et se battent donc aussi pour des allocs auxquelles (attention : deuxième spoiler!) elles ont droit.
Leçon 3: Il se trouve que cette opposition entre la lutte pour le travail et celle pour les allocs, qui n’existe pas dans la réalité ni dans l’histoire des luttes sociales et de la politique de gauche, est en revanche omniprésente à droite (qui préfère d’ailleurs, comme notre aventurier droitisé, le mot travail au mot salaire), et à l’extrême droite, singulièrement dans la France des dernières années. Au point qu’elle est même devenue une manière alternative, métaphorique mais transparente, de dire l’opposition entre (je reprends un célèbre discours chiraquien de 1991, qui n’a jamais cessé d’être tenu depuis) « le travailleur français qui travaille avec son épouse », et l’immigré qui, grâce à « sa vingtaine de gosses », touche « cinquante mille francs de prestations sociales sans naturellement travailler ». Le discours politique ne se tient pas dans le ciel des idées abstraites mais dans un contexte social, politique, idéologique, que notre aventurier droitisé connaît parfaitement quand il entonne ce même refrain travail contre allocs.
Synthèse des trois leçons : quand le dirigeant d’une organisation communiste abandonne l’opposition travail/capital au profit de l’opposition travail/allocs, c’est explicitement le patronat qui sort de son viseur, et implicitement, métaphoriquement, mais sûrement, l’immigré qui devient l’ennemi.
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