Pénurie de carburant : un « compromis » trouvé dans la nuit entre TotalEnergies et les syndicats, « une mascarade » pour la CGT

Sans la CGT, la CFDT trouve un « compromis » avec Total Energies EPA – GUILLAUME HORCAJUELO
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La CFDT et TotalEnergies ont trouvé un « compromis » lors des négociations salariales entamées jeudi soir à l’initiative du groupe pétrolier, pressé par le gouvernement de débloquer le conflit social en cours dans le secteur, alors que la CGT avait quitté les discussions, dénonçant une « mascarade ».

A l’issue de plusieurs heures de pourparlers, un représentant de la CFDT a annoncé qu’un compromis avait été trouvé avec la direction de TotalEnergies sur une augmentation des salaires de 7%, contre 6,5% auparavant.

Plus tôt dans la nuit, un représentant de la CGT a dénoncé une « mascarade », jugeant très insuffisantes les propositions de TotalEnergies. Le syndicat a quitté la table des négociations, après que plusieurs de ses membres ont prévenu du risque d’un mouvement massif dans les raffineries en France vendredi qui pourrait prendre une tournure « insurrectionnelle ».

Les débrayages sont en revanche terminés sur le site Esso de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), avait confirmé à la mi-journée un représentant de la CGT à Reuters.

La CFDT avait accepté l’invitation de TotalEnergies en précisant qu’elle participerait aux négociations « avec ses revendications et sa volonté d’obtenir un accord à la hauteur des enjeux ».

TotalEnergies, qui dans un premier temps avait proposé d’avancer à octobre – au lieu de novembre – la négociation annuelle obligatoire sur les salaires, estimait jusqu’à présent que la poursuite des blocages empêchait la tenue de discussions.

Il avait annoncé jeudi matin dans un communiqué consentir le versement d’une prime exceptionnelle représentant un mois de salaire à tous ses salariés dans le monde.

Le groupe pétrolier se dit également disposé à envisager un budget pour les augmentations salariales 2023 sur la base de l’inflation 2022.

Bruno Le Maire presse Total

La direction du groupe français avait déjà accepté de recevoir mercredi une délégation de la CGT dans le cadre de rencontres bilatérales avec les syndicats représentatifs.

Jeudi matin, le gouvernement avait de nouveau exhorté les deux parties en conflit à la responsabilité, appelant à un « partage de la valeur équitable » par la voix du ministre de l’Economie, Bruno Le Maire.

TotalEnergies « doit augmenter les salaires », a-t-il martelé sur RTL. Les services de la Première ministre Elisabeth Borne avaient en outre fait savoir qu’ils comptaient sur une reprise du dialogue « dans les prochaines heures ».

La CGT a annoncé jeudi matin la poursuite de la grève sur cinq sites, dont quatre raffineries.

Evoquant l’inflation élevée et les profits engrangés par TotalEnergies à la faveur de la flambée des cours du pétrole, le syndicat réclame des augmentations immédiates et rétroactives pour 2022.

Les premières réquisitions ont été décrétées mercredi et concernaient quatre employés (deux pour ce mercredi et deux pour jeudi matin) du site de Gravenchon-Port-Jérôme (Seine-Maritime) d’Esso, filiale d’ExxonMobil, autre groupe pétrolier touché par le mouvement de contestation en France.

Jeudi, Matignon a annoncé à la mi-journée avoir demandé au préfet des Hauts-de-France de prendre « un arrêté pour la réquisition des personnels strictement indispensables à la distribution du carburant » au dépôt TotalEnergies de Dunkerque.

Selon un représentant de Force ouvrière (FO), cinq salariés ont été réquisitionnés pour travailler à partir de 14h00 (12h00 GMT) dans ce dépôt.

Amplifier le mouvement

La CGT a dénoncé ces réquisitions, assimilable à ses yeux à une entrave au droit de grève et Philippe Martinez, son secrétaire général, a annoncé jeudi matin sur BFM TV et RMC qu’un référé avait été déposé à ce sujet.

Quatre syndicats de salariés, la CGT, Force ouvrière, Solidaires et FSU, ont appelé jeudi soir à une journée de grève interprofessionnelle mardi 18 octobre « pour l’augmentation des salaires et la défense du droit de grève ».

« La mobilisation gagne des secteurs de plus en plus nombreux dans le privé comme dans le public. Elles et ils obtiennent par leurs actions avec leurs organisations syndicales l’ouverture de nouvelles négociations et des avancées salariales significatives. C’est aujourd’hui qu’il faut se mobiliser dans tous les secteurs professionnels, public comme privé », dit la CGT dans un communiqué publié sur sa page Facebook.

« C’est pourquoi les organisations syndicales et les organisations de jeunesse signataires décident d’appeler ensemble les travailleuses et travailleurs et la jeunesse à la mobilisation y compris par la grève le mardi 18 octobre pour l’augmentation des salaires, des pensions et minima sociaux, et l’amélioration des conditions de vie et d’études. »

« L’heure du bras de fer est venue », avait estimé plus tôt la députée de Seine-Saint-Denis (LFI) Clémentine Autain sur France 2, alors qu’une « Marche contre la vie chère et l’inaction climatique » est prévue dimanche à Paris à l’appel des partis de gauche, notamment.

MIDI LIBRE AVEC REUTERS
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