VERS UN MAI 68 A LA PUISSANCE DIX

VERS UN MAI 68 A LA PUISSANCE DIX
L’ambiance est à la grève générale.
Les journaux des milliardaires s’en inquiètent. Le renseignement territorial la craint. Certains hommes politiques l’évoquent. Et même l’inénarrable Laurent Berger y va de son petit mot : « ce n’est pas la grève générale qui va faire l’augmentation des salaires, c’est le dialogue social » ! Il marche clairement sur les traces de son prédécesseur à la tête de la CFDT, Edmond Maire, qui affirmait en avril 1968 : « la grève générale est un mythe ».
Tous s’en effrayent parce qu’ils sentent bien l’inéluctabilité et ampleur du tsunami qui vient: oui, nous marchons vers un nouveau mai 68 et celui-là sera dix fois plus puissant.
Car c’est une vague mondiale. Une vague visible dans plus de 50 pays en 2018-2019 et notamment ici dans ces années-là avec les Gilets Jaunes, mais une vague commencée pour la France en 2016, voire avant ailleurs, suspendue un moment par le covid, et qui a repris de plus belle mais qui est passée d’une vague de luttes défensives à des luttes offensives à partir de cet été 2022. Ce qui signifie des luttes qui prennent vite un caractère politique même si elles démarrent sur un terrain économique, épousant et unifiant toutes les révoltes, féministes, anti-racistes, écologiques, traduisant le refus de l’exploitation exprimé par la grande démission ou le refus du système politique que dit l’abstention électorale, contestant la réforme des retraites, faisant chanceler le régime de Macron…. C’est une aspiration à une autre monde qui décrit aussi la situation française de cet automne.
Ce tournant offensif s’est vu d’abord en juillet 2022 au Sri Lanka, où les insurgés ont pris le palais présidentiel, chassé le président et se sont baignés dans sa piscine, se sont assis sur le siège du président et ont fait de sa collection de livres une bibliothèque publique. Puis en août, au Pakistan, pays fondé sur la religion et berceau des talibans, après que déjà le premier ministre ait été renversé par un soulèvement populaire un peu auparavant, une immense et massive chasse populaire aux talibans traversait le pays et continue encore aujourd’hui, les obligeant à se cacher, se terrer, tandis que des luttes ouvrières victorieuses traversent le pays. Évidemment, c’est loin, et nos médias n’en parlent pas. Mais on en a un écho avec le soulèvement en Iran voisin du Pakistan qui est de même nature et où les femmes veulent faire tomber la dictature religieuse et toutes les oppressions et sont rejointes par les ouvriers de la pétrochimie. Et puis encore le Bangladesh ou l’Indonésie où des millions et des millions de personnes descendent quotidiennement dans les rues depuis début août ou septembre contre les hausses de prix et cherchent à faire tomber les pouvoirs, de gauche ou de droite, tout en planifiant méthodiquement la construction de la grève générale, au moins pour l’Indonésie. Enfin l’Inde, d’où tout est parti avec le soulèvement paysan, et où la coordination qui anime ce vaste mouvement depuis fin 2020 touchant 600 millions de prolétaires des campagnes et des petites villes vient de choisir publiquement et largement en ce mois de septembre 2022 le chemin de la révolution pour faire tomber le capitalisme et le pouvoir d’extrême droite à la tête du pays.
Plus de deux milliards d’habitants de cette planète sont donc en pleine ébullition sociale et à l’attaque. Mais c’est aussi l’Amérique du sud qui connaît de multiples explosions sociales avec en conséquence pour le moment une vague électorale rose, sans oublier celle du nord avec Black Live Matters, le plus grand mouvement social de l’histoire des USA. Et puis l’Afrique également où les mouvements sont nombreux et ici en Europe, un tournant offensif qui se traduit non plus par la simple résistance du peuple ukrainien mais par son offensive, les reculs de la machine militaire russe et en ligne de mire, ce qui paraissait impensable hier, pourquoi pas le soulèvement du peuple russe et la chute du dictateur Poutine. Et puis encore, la vague de grèves en Grande-Bretagne commencée en juin et qui ne cesse de s’amplifier avec des conservateurs impuissants et une nouvelle crise politique qui pointe, où bien les enseignants des pays de l’Est en lutte, dont les hongrois qui osent défier Orban et de sa suppression du droit de grève.
C’est à cette aune qu’il faut mesurer le passage du défensif à l’offensif aujourd’hui en France.
Macron a cherché à composer puis a voulu jouer les fiers à bras face à la grève et a réquisitionné 4 raffineurs en grève et pour le moment, n’ose pas aller plus loin, ne sachant plus quoi faire. Car s’il a intimidé des individus, il a surtout mis de l’huile sur le feu et récolté la colère de tous, le démarrage de la grève à la raffinerie de Donges et l’appel de la CGT, Solidaires, FO, FSU et les organisations de jeunesse à une journée de grever interprofessionnelle le 18 octobre en même temps que la rupture avec leur politique de dialogue social. Un politicien de droite insulte les grévistes, il récolte trois jours de blocage des bateaux de carburants par les dockers dans le port de Marseille. Le vent tourne et la peur change de camp.
Voilà ce qui est déterminant, c’est cet état d’esprit offensif qui grandit et commence à donner le ton à la vague de grèves actuelles. En 1968, les lycéens et étudiants de la nuit des barricades du 10 au 11 mai, en tenant tête aux CRS voire en les faisant fuir, ont fait basculer un mouvement de quelques milliers de jeunes à une grève générale. La CGT, parce qu’elle sentait la situation lui échapper, comme aujourd’hui, alors qu’elle disait il y a quelques jours à peine qu’elle ne ferait rien, juste participer aux concertations gouvernementales pour démolir les retraites, avait appelé à l’époque à une journée de grève interprofessionnelle le 13 mai 1968 pour tenter de reprendre les choses en main, ce qui déclencha à sa suite et bien malgré elle, le démarrage de grèves dans une grande entreprise, puis deux, trois et enfin toutes.
Aujourd’hui c’est la colère et la détermination face aux réquisitions (alors que Sarkozy avait pu les mener à bien en 2010), qui joue à sa manière le rôle entraînant de la nuit des barricades.
Les 16 de la Nupes et 18 octobre des syndicats joueront-ils le même rôle que le 13 mai 1968 ? C’est bien possible. On va le voir rapidement.
En tous cas de plus en plus de secteurs professionnels appellent d’ores et déjà à continuer la grève après le 18 octobre.
Ce sont plusieurs secteurs de cheminots : Lyon, Montpellier, Paris Rive Gauche, Paris Nord, Nantes, Chambéry, Normandie, PACA, Limoges, Bordeaux, Paris Sud Est, Metz-Nancy, Strasbourg, Paris Saint Lazare, Paris Montparnasse, Châtillon, Trappes, Versailles, Brétigny, Caen, PACA… Plusieurs dépôts de bus RATP et un syndicat du métro, les ports et docks, les maisons de champagne, GRDF au moins les 20 et 25 octobre, Amazon, certaines régions de la Carsat, la CAF et les organismes sociaux, des Aides à domicile, des Mutuelles, Pôle Emploi déjà en grève reconductible en Ile de France, l’ensemble des transports et de la logistique par FO du 17 au 23. Et le 18 octobre, à la fin de nombreuses manifestations, comme dans quasi tous les secteurs professionnels, il y a des appels à des Assemblées Générales pour poser la question de reconduire la grève à partir du 19, à commencer bien sûr par les raffineries et les centrales nucléaires dont neuf sont déjà en grève.
Et le mouvement de grève actuel tient bon.
Chez Total, le mouvement a été reconduit sur les 5 raffineries en grève, tandis que plusieurs dépôts sont toujours en grève. La raffinerie Pétro-Ineos de Lavéra qui n’était pas en grève s’y mettra et arrêtera les expéditions le 18. Les deux raffineries Esso-ExxonMobil ont suspendu la grève. Le redémarrage va prendre au minimum deux semaines et ils seront à nouveau en grève mardi 18.
Le dépôt portuaire de la CIM du Havre et de FLUXEL à Fos, les deux plus gros points d’entrée de produits pétroliers de la France avec le dépôt Total de Dunkerque déjà en grève, viennent d’arrêter toute expédition y compris en direction des raffineries ExxonMobil qui ont repris, et ceci de manière reconductible tandis que les dockers de Marseille refusent de décharger le carburant durant trois jours, au moins. Ce qui fait que plus de 40% des stations service sont en pénurie totale ou partielle de carburant, avec des des pointes à 60% dans certains régions et des lieux totalement sans essence, un chiffre jamais atteint dans les grandes grèves des raffineurs de 2010 et 2016, et les chiffres minimisés et bidons du gouvernement en panique ne trompent plus face à la réalité.
A cela il faut ajouter de nombreuses grèves ou débrayages pour les salaires, y compris dans de grandes entreprises comme PSA ou Safran et souvent victorieuses comme chez Dassault Falcon témoignant de la peur qui monte chez les possédants, ou encore des grèves qui viennent se greffer sur ce mouvement général qui, du coup, pourraient prendre plus d’ampleur comme celle des lycées professionnels, et puis encore celles, significatives de l’esprit du moment actuel parce que rarissimes, par exemple sur le site de la Direction Générale de l’Armement près de Rennes.
Bien sûr, il y a les vacances scolaires de la Toussaint et il y aura bien d’autres obstacles, mais ce qui est sûr, c’est qu’un processus est enclenché et que rien de l’arrêtera.
Jacques Chastaing, 16 octobre 2022
Peut être une image de 1 personne, position debout, plein air et texte qui dit ’Généralisons la Grève’
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