Pourquoi Macron recule au 10 janvier ….

A photo of a TV screen shows French President Emmanuel Macron speaking during televised address on June 22, 2022, in Paris. - President Emmanuel Macron made a televised address on June 22, his first public statement since his centrist party lost its parliamentary majority in elections. His address will come after meetings with the heads of most French political parties, including the far-right and far-left groupings that saw significant gains in parliament, potentially halting Macron's reformist agenda (Photo by Ludovic MARIN / AFP)

Arguments pour la lutte sociale
Editorial du 15 décembre 2022

Ce lundi 12 décembre, Macron a annoncé un report de presqu’un mois de l’annonce de la « réforme des retraites », prévue initialement pour le 15 décembre et finalement placée – en l’état actuel – au 10 janvier 2023.

C’est ce qui s’appelle un recul, au sens propre. Mais en même temps, on connait déjà le contenu de l’annonce : il s’agit de lancer le passage de l’âge du droit à la retraite à 65 ans, ou peut-être 64 ans, ce qui, combiné à l’allongement de la durée de cotisations, revient au même, et l’extinction du droit aux régimes dits « spéciaux » conquis dans certaines branches (cheminots, électriciens, …), sans que l’on sache jusqu’où l’exécutif osera pousser le bouchon.

Diverses explications circulent pour expliquer cette initiative de l’Elysée : supplications de Borne et Dussopt, relance possible d’une « concertation » sur la « pénibilité » avec la CFDT, octroi aux chefs récemment désignés de LR et d’EELV d’un délai de grâce pour étudier le dossier, Coupe du monde de foot au Qatar, épisode hivernal tardif, Noël et réveillon …

Tout le monde sait très bien que la vraie raison est la peur et conséquemment l’appel à la « responsabilité » de tous les « partenaires sociaux ». Mais précisons : il ne s’agit pas de la peur causée par les déclarations intersyndicales CGT-CFDT-FO-CFTC-CGC-FSU-UNSA-Solidaires, dont la tonalité reste celle, alignée sur la CFDT, de la déclaration « unitaire » de fin septembre, et qui font mine de menacer d’une grande « journée d’action » quand sera connu … ce qui l’est déjà ! Ni d’une peur qui serait causée par la gauche parlementaire, surtout après l’espèce de 18 Brumaire crépusculaire qui s’est déroulé samedi à LFI, et encore moins sous l’impact d’une « marche pour les retraites » annoncée en annexe du « coup » pour le 21 janvier. Non, ce qui inquiète Macron, c’est la lutte des classes.

Elle est où, la lutte des classes ? Elle est par exemple dans la grève autoorganisée des contrôleurs SNCF pour les salaires et les carrières, et celle qui menace chez les aiguilleurs. Du « catégoriel », disent, avec une moue méprisante, de supposés militants « lutte de classe ». Mais c’est ça, la lutte des classes : une « catégorie » qui se défend et montre à toutes les « catégories » comment s’y prendre. Déjà, les opérateurs des raffineries l’avaient montré. Les contrôleurs montrent notamment à la fédération CGT supposée « dure » ce qu’est la lutte des classes : par la démocratie, on peut gagner, parce qu’on est majoritaires.

Dans l’Education nationale, le gouvernement n’attend pas, là, début janvier pour annoncer des suppressions massives de postes d’enseignants. La question de la grève en janvier est donc ici, notamment dans la FSU, d’ores et déjà en discussion et en préparation.

Et Macron, en face, est faible et il le sait : il manœuvre en recul vers le 10 janvier, et il peut encore se le permettre parce que les directions syndicales et politiques, qu’elles soient « dures » ou « propositionnelles », font toutes semblant de croire à une surprise dans ce qu’il va annoncer. La seule surprise que veut le plus grand nombre, c’est le retrait.

Et la vérité politique, démocratique, qu’il faut affirmer, c’est que ce retrait soulève la question de… la mise à la retraite de Macron et du régime de la V° République !  La voie du débouché est là : il faut grouper les forces politiques qui assument de dire cela, de dire ce qui est, sans se payer de mot, loin des soubresauts d’appareils comme le putsch crépusculaire intervenu dans la direction de LFI, comme de la scission attendue depuis tant d’années au NPA.

De plus, et cela pèse lourd dans la peur que ressent Macron, la lutte des classes, la vraie, est à l’ordre-du-jour chez les infirmières britanniques et dans bien d’autres branches du monde du travail, pour les mêmes raisons : pour les salaires, contre la misère. Contre elles, le gouvernement tory, la direction « travailliste » qui interdit au Labour d’être sur les piquets de grève, et leur roi : la question est politique là aussi. Les cheminots du fret nord-américains eux aussi, cherchent la grève pour les salaires à l’échelle de l’Union, au compte de toute la classe ouvrière américaine, et se heurtent au consensus républicains/démocrates – démocrates socialistes compris !- pour le leur interdire. Tous menacent le consensus, tous bousculent le statu quo, comme, au premier rang mondial, les femmes iraniennes et les combattants ukrainiens !

Le recul de Macron, recul chronologique à ce stade, a décidemment des causes profondes. L’agitation de surface des directions syndicales et de l’opposition parlementaire ou extra-parlementaire de gauche n’en est pas la traduction, elle leur fait obstacle. Battre Macron et la misère, sauver les retraites et les salaires, est un objectif politique que des forces politiques doivent formuler pour que la lutte sociale, la lutte des classes, aille de l’avant. Nous en sommes et nous appelons à l’affirmer.

Le 15/12/2022.

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