Retraites : le président du COR tombe à bras raccourcis sur la com du gouvernement

Pierre-Louis Bras, President of the "Conseil d'Orientation des Retraites" arrives at Matignon Palace in Paris, on July 11, 2016 to submit a report on French pension evolution to French Prime Minister. (Photo by THOMAS SAMSON / AFP)
C’est bien le choix politique du gouvernement qui est en cause et nullement le financement des Retraites                                      !

Libération
Silencieux alors que pro et antiréformes citent son rapport à tour de bras, le patron du Conseil d’orientation des retraites, Pierre-Louis Bras, s’est finalement exprimé, jeudi 19 janvier. Et cela ne fait pas franchement le jeu de l’exécutif.

Voilà des semaines que le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) est cité à tour de bras par le gouvernement, les oppositions et les économistes qui, décidant de lui faire dire ce qui les arrange le plus, lui font fatalement dire tout et n’importe quoi. La «faute» aux différents scénarios prédictifs d’évolution du financement du système présentés dans ce rapport, chacun en privilégiant un plutôt qu’un autre. C’est en partie sur cette base que le gouvernement affirme que sa réforme est indispensable sauf à laisser mourir le système, contrairement à ses opposants qui expliquent qu’elle est totalement inutile. Une seule voix manquait dans ce concert cacophonique d’interprétations du rapport : celle du COR lui-même. Son président, Pierre-Louis Bras, s’est finalement expliqué jeudi 19 janvier, en audition devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale. Et ce qu’il a dit, en ce premier jour de mobilisations massives partout en France, n’était pas franchement à l’avantage de l’exécutif.

«Les dépenses ne dérapent pas»

Le patron du COR a notamment expliqué : «Les dépenses de retraites sont globalement stabilisées et même à très long terme, elles diminuent dans 3 hypothèses sur 4. Dans l’hypothèse la plus défavorable [celle retenue par le gouvernement, ndlr], elles augmentent sans augmenter de manière très, très importante […]. Donc les dépenses de retraites ne dérapent pas, elles sont relativement maîtrisées. Dans la plupart des hypothèses, elles diminuent plutôt à terme et dans l’hypothèse retenue par le gouvernement, elles diminuent très, très peu mais un peu à terme.» Voilà qui devrait légèrement freiner les ardeurs ministérielles à se prévaloir des conclusions de son institution, mais pas celles de la gauche : l’Insoumis Manuel Bompard ou le socialiste Olivier Faure ont évidemment sauté sur l’occasion de diffuser cette vidéo.

Pierre-Louis Bras a également longuement développé l’idée suivante : «Les dépenses de retraites ne dérapent pas mais elles ne sont pas compatibles avec les objectifs de politique économique et de finances publiques du gouvernement.» A savoir : faire des économies et réduire le déficit, mais sans augmenter les impôts. Sous-entendu : l’exécutif choisit de réformer les retraites pour coller à ses objectifs, mais il pourrait également jouer sur les autres paramètres de son équation. Ce à quoi il se refuse, décrétant donc sa réforme (rejetée par une large majorité de Français et la totalité des syndicats) comme la seule voie de salut possible.

 

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