VIDÉO – Enquêtes de région. Eric Boël, patron atypique opposé aux superprofits, à la mondialisation et au marketing

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Écrit par Laurent Mazurier.

Il s’appelle Eric Boël, il a 62 ans et est le président des Tissages de Charlieu, une entreprise textile, basée dans la Loire, qui, avec ses tissus jacquard, réalise 25 millions d’euros de chiffre d’affaires. Un patron pas comme les autres, qui conçoit son entreprise comme une communauté, ses salariés comme des partenaires autonomes et la mondialisation comme une hérésie.

Eric Boël est un drôle de patron. Là où les chefs d’entreprise normaux aiment parler chiffres, pourcentages de croissance et millions d’euros, lui préfère les lettres, cite volontiers Victor Hugo et insiste sur l’humain. Exemple : lorsqu’il évoque son entreprise, Les Tissages de Charlieu (Loire), il parle  » d’ une communauté, portée par de belles valeurs : le travail, la cohésion et le talent « . Plus qu’un chef d’entreprise, il se voit comme un animateur, qui laisse travailler chaque salarié en autonomie sur son poste de travail et qui organise la  » mise en résonance » des uns avec les autres.

C’est le concept de  » l’entreprise libérée » :  » On a enlevé le couvercle qui étouffe chaque salarié« , explique Eric Boël. Dans son entreprise, la hiérarchie est  » la plus plate possible » et il fait confiance à son personnel. C’est ainsi que le télétravail, notamment pour les créatifs, existe depuis de nombreuses années. Mieux, il a développé le système des intraentreprises : des salariés ont pu créer leur marque, au sein des Tissages de Charlieu; ils conçoivent les modèles et gèrent toute la chaîne de fabrication, jusqu’à la commercialisation, en toute indépendance. Un esprit startup, qui booste la créativité et la réactivité de la société.

Sa mission : prouver qu’on peut produire en France

Autre trait de caractère qui dénote dans le monde du patronat : Eric Boël déteste la mondialisation :  » L’industrie textile, c’est l’illustration de tous les méfaits de cette globalisation : la mer d’Aral asséchée par l’irrigation du coton, les travailleurs forcés Ouïghours en Chine, les plages du Ghana et du Bénin envahies par nos vieux vêtements, les t-shirts Primark ou Shein à 1€… Comment peut-on imaginer que des gens puissent vivre dignement de leur travail à ce prix-là« , s’étrangle Eric Boël, qui rappelle que 96% du textile acheté en France est importé.

Lui croit qu’il est possible de produire en France. Après des études de commerce et un début de carrière dans l’hôtellerie à Paris, Eric Boël a repris en 1997 Les Tissages de Charlieu, alors mal en point. Vingt-six ans plus tard, le voici à la tête d’une PME qui a doublé ses effectifs (90 salariés) et construit une nouvelle usine,  » la première en Europe à être capable de tisser de la fibre recyclée, plus volatile ».

Le bâtiment dispose, en sous-sol, de l’équivalent d’une piscine olympique de tuyaux pour son système de retraitement et d’humidification de l’air. Juste à côté, l’entrepreneur a monté un atelier high-tech avec des robots capables d’assembler des sacs. Car Les Tissages de Charlieu ont décroché l’an passé un formidable marché : la fabrication de 20 millions de cabas en tissu jacquard pour les supermarchés Auchan et Super U. Ils remplaceront les sacs de caisse en polypropylène. Ce marché devrait permettre de créer 90 emplois supplémentaires à Charlieu.

Promouvoir une industrie qui fait du bien

 » Avec ce tissu qui prendra la place du plastique, nous allons contribuer à réduire de plusieurs tonnes les émissions de CO2 dans notre pays « , se réjouit Eric Boël, pour qui le développement durable est un des piliers de sa stratégie industrielle.  » Avec d’autres chefs d’entreprise, nous avons développé le concept de permaindustrie. Sur le modèle de la permaculture, c’est une industrie qui fait du bien, du début à la fin. On ne peut plus avoir un système économique fondé sur le marketing, dont le seul job est de vendre toujours plus à toujours plus de gens, même si le produit leur fait du mal, même s’il pollue, même s’il est produit dans des conditions épouvantables ».

Bref, pour Eric Boël, le business est compatible avec le cœur.

« La seul finalité, c’est l’homme! »

Eric Boël, président des Tissages de Charlieu

« Enquêtes de région : Comment nos territoires se vendent à l’international ? », présenté par Julien Le Coq. À voir en direct dans cet article ce mercredi 18 janvier 2023 à partir de 23h00, et sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes.

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