Face à la fronde des policiers, quand François Mitterrand limogeait le directeur général de la police en 1983

En juin 1983, près de 2000 policiers se répandent dans Paris pour demander la démission du ministre de la Justice Robert Badinter. La réponse du président de la République ne se fait pas attendre.

POLITIQUE – C’est une situation qui en rappelle une autre, mais le dénouement est bien différent. La mise en détention provisoire d’un policier marseillais soupçonné de violences policières suscite une levée de boucliers d’une partie des policiers, soutenus par leur chef, Frédéric Veaux. Pour le directeur général de la police nationale, « avant un éventuel procès, un policier n’a pas sa place en prison même s’il a pu commettre des fautes ou des erreurs graves ».

Face à cette déclaration provocatrice et polémique, l’exécutif répond « nul n’est au-dessus des lois »… mais la réaction s’arrête là. Confronté à une fronde des policiers s’attaquant à l’institution judiciaire, le président de la République François Mitterrand, choisit, lui, la sévérité, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d’article.

Les policiers ont la mine grave, pour eux, ces deux morts sont la goutte de trop. Après l’hommage silencieux, une manifestation interdite se dessine à l’appel des syndicats de droite, voire d’extrême droite, direction place Vendôme, sous les cris de « Badinter, démission ! ».

Robert Badinter, détesté par la police

Les policiers en veulent au garde des Sceaux Robert Badinter, qu’ils tiennent pour responsable de la mort de leurs collègues. Depuis sa nomination, l’homme politique est détesté par la police. Ils lui reprochent surtout l’abrogation de la peine de mort, mais aussi la suppression des tribunaux militaires ou encore de la loi anti-casseurs, et la loi d’amnistie de 1981. Pour ces policiers, Robert Badinter est le responsable d’une justice laxiste.

La réponse du président François Mitterrand et de son gouvernement ne se fait pas attendre. Le 7 juin 1983 au soir, le directeur général de la police nationale Paul Cousseran est limogé, le préfet de police de Paris Jean Périer démissionne et plusieurs leaders syndicaux sont sanctionnés.

Dans une interview télévisée, le lendemain, François Mitterrand apporte son soutien au ministre de la Justice et assume les sanctions prises pour des actes qu’il qualifie de « séditieux ». « Si certains policiers, une minorité agissante, ont manqué à leur devoir, le devoir des responsables de la République c’est de frapper et de faire respecter l’autorité de l’État », affirme-t-il.

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