COP28 : sur les énergies fossiles, il manque un mot dans le premier compte rendu officiel

Cinq jours après le début de la COP, la présidence émiratie a publié un résumé des premières discussions, qui estompe les demandes de « sortie » des énergies fossiles.

KARIM SAHIB / AFP
Le président de la COP28, Sultan Ahmed Al Jaber, s’exprime lors d’une conférence de presse au sommet des Nations unies sur le climat à Dubaï, le 4 décembre 2023.

ENVIRONNEMENT – Le choix des mots. Alors que la fin des énergies fossiles est l’un des trois grands piliers des discussions à Dubaï lors de la COP28, la présidence émiratie de la conférence s’est montrée très pudique dans son tout premier compte rendu. Ainsi, le résumé des premiers jours, publié ce lundi 4 décembre, n’emploie pas l’expression de « sortie » des énergies fossiles, en particulier au sujet du pétrole et du gaz.

Une présidence de la COP proche du pétrole

Un très mauvais signal en vue de l’accord final, qui confirme les craintes des opposants à l’organisation de la COP28 à Dubaï. Les Émirats arabes unis sont l’un des dix premiers pays producteurs de pétrole au monde.

Le président de la COP28 en personne suscite la controverse. Sultan Al Jaber est à la tête d’ADNOC, géant pétrolier des Émirats arabes unis. Il est régulièrement accusé de vouloir réduire les émissions de gaz à effet de serre sans œuvrer à une sortie rapide des énergies fossiles et en comptant sur des technologies de captage du carbone qui n’ont pas encore fait leurs preuves à grande échelle.

Sultan Al Jaber joue avec les mots

Ainsi ce lundi, face au tollé suscité par le compte rendu, Sultan Al Jaber a été obligé de préciser sa position sur les énergies fossiles : « J’ai dit et redit que la réduction et la sortie des énergies fossiles étaient inévitables. » Avec cette déclaration, il ne tranche pas entre les deux options qui continuent de faire l’objet de longs et pointilleux débats dans les couloirs et les salles de réunion de la COP28.

Ces deux options  réduction ou sortie  figurent pour l’instant dans la première ébauche du texte majeur dont doit accoucher la conférence d’ici son issue, en théorie le 12 décembre, sous la forme d’un « bilan mondial » de l’Accord de Paris de 2015.

Pour l’heure, chacun campe sur ses positions. Les nations insulaires et plusieurs pays d’Amérique latine (Colombie, Pérou, Chili…) défendent avec force de viser l’objectif de 1,5 °C plutôt que 2 °C. Et pour cela de sortir au plus vite des énergies fossiles, suivis par l’Union européenne.

D’autres pays développés, producteurs d’hydrocarbures (États-Unis, Canada, Australie, Norvège), sont aussi favorables à cette sortie, mais avec moins d’ambition dès la décennie en cours. La plupart des pays africains sont aussi en faveur d’une sortie des énergies fossiles, mais à condition de bénéficier d’un délai bien plus long que les pays déjà développés.

La Chine et la Russie se sont opposés à toute mention des énergies fossiles dans le texte. Tout comme l’Arabie Saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, dont les délégués « poussent le recours aux technologies de captage du carbone dans tous les angles des négociations », raconte un négociateur européen.

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