Dissolution, séisme, Macron, médias et front populaire – NL spéciale de Denis Robert

Blast - Le souffle de l’info
Le souffle de l’info

Aidons Blast à faire la course en tête

J’avais prévu de vous faire une newsletter tranquille en vous parlant d’un projet de documentaire sur Gaza et puis est arrivé ce coup de folie d’Emmanuel Macron. Cette dissolution de l’assemblée, dans des délais aussi courts, est une hérésie. Le signe évident de la maltraitance d’un pays. Une campagne aussi cruciale à mener en vingt jours, alors qu’on aurait pu nous laisser souffler, passer l’été, le championnat d’Europe de football et les JO. « Là, on se prépare à une boucherie » aurait confié un brin dépité Edouard Philippe. On compatit. Confondre une élection européenne avec une élection nationale… Voir l’extrême droite aussi haute dans les intentions de vote… Imaginer Bardella à Matignon et Odoul à la culture : Lundi matin ressemblait à cauchemar, mais on s’est remis au travail, malgré la gueule de bois. Blast est comme un refuge et un espace de liberté. Dans ce moment grave et historique, impossible de regarder ailleurs. Il faut se battre et souffler, plus que jamais, sur l’info.

« Il reste encore quelques vagues lueurs d’espoir dans cet abattoir barbare connu autrefois sous le nom d’humanité… Il était une de ces lueurs » C’est un commentaire lu ce matin sous une vidéo de Blast signé d’un certain Fabrolland qui cite sa référence « The grand Budapest Hotel » de Wes Anderson. Il ajoute : « Merci à Blast d’être une de ces lueurs ». Ça peut paraître immodeste de démarrer ce courrier par cette citation mais les médias mainstream sont tellement emplis de compromissions, de flagorneries, de fakenews, de faux procès en antisémitisme qu’il est bon parfois de se rappeler, avec fierté, ce que nous sommes et d’où nous venons.

Nous avons fait Blast avec vous et en trois ans, nous sommes devenus un endroit qui relève la tête, ne prend pas pour argent comptant la propagande macronienne qui infuse dans toutes les strates des médias de service public, autant que sur les chaînes ou les journaux des milliardaires que vous connaissez : Arnault, Pinault, Dassault, Bouygues, hier Drahi et Lagardère, maintenant Saadé et Kretinsky. Bientôt dix ans qu’on nous met dans le crâne la doxa libérale générant aujourd’hui, à coup de LBD et d’armes de guerre contre les manifestants, un régime libéral-autoritaire. Mais ce système monté sur un trafic d’influence endémique est à bout de souffle. Il a produit et enfanté son propre monstre.

Un milliardaire sans doute plus fou – mais aussi plus honnête dans ses convictions – que les autres a repris ses choses en main et s’est mis tranquillement à racheter des médias, des sociétés de productions, des journaux et des télés.

L’empire Bolloré existe aujourd’hui et a instillé des peurs et des haines qui sont le ferment d’une extrême droite truqueuse et envahissante. Nous aurions pu nous battre davantage et tenter de débattre mais nous n’avons vraiment pas de chance car à la tête du pays, un président capricieux, ivre de lui-même et inaffectif a propulsé un jeune fachiste encostumé en premier ministrable. « Malheur à la ville dont le prince est un enfant » écrit le sociologue Jean-François Bayart que nous avons reçu à Blast. La politique d’Emmanuel Macron et le suivisme des journalistes de cour ont fini par accoucher de cette dissolution qui nous enfonce vers une nouvelle crise et un possible chaos. Malheur à nous.

Un jour, il faudra revenir sur l’asservissement de ces petits soldats de France télévision qui ont servi de marchepied à la droite macroniste et à l’extrême droite ripolinée. Un jour, il faudra revenir sur ce choix éthiquement délirant et contraire à toutes les lois démocratiques : celui d’organiser un débat, à la veille d’une élection cruciale entre un premier ministre fusible idéal et ce Bardella aussi bardé et creux qu’une maison vide et sinistre.

Dans ce sombre portrait, un espoir encore flottant existe. Il est né hier et porte le doux nom de « Front populaire ». Nous ne sommes, à Blast, ni des idéologues, ni des militants politiques, nous n’avons de liens financiers et amicaux qu’avec vous, nos abonnés et nos sociétaires. Il nous reste moins de trois semaines pour porter à bout de bras cet espoir de voir le bloc des gauches tenter de remporter la bataille. Les vents contraires sont violents, mais une victoire est possible. Il est urgent de ne plus tergiverser et de ne pas se regarder le nombril. L’heure est tragique. Il faut foncer et être généreux.

Je vous invite à lire cet article d’Olivier Villepreux sur ce qui s’est passé à Tulle ce lundi lors de la commémoration de la ville martyre par Emmanuel Macron. Tulle où les fantômes des résistants français pendus aux fenêtres des maisons hantent les cœurs et les âmes des habitants et « embarrassent » (doux euphémisme) les militants du Rassemblement National.

Je vous invite à regarder la vidéo écrite par Victor Sultra et Salomé Saqué et montée, interprétée et réalisée, dans l’urgence mais avec maestria, par Camille Chastrusse. Diffusez-les, partagez-les.

Mon dernier édito a pour titre « Massacreurs de République ». Il a été enregistré quelques jours avant le séisme de cette dissolution. Il est prémonitoire. J’y évoque la raison d’être de Blast. J’y fais également la découverte saisissante d’Alfred Hugenberg, le patron de Krupp, qui rachète les médias et les sociétés d’édition et de production dans l’Allemagne pré-nazie pour « changer les mentalités trop démocrates ». Les commentateurs décérébrés des chaînes tout infos ont un leitmotiv qui consiste à dire que les années 30 n’ont plus rien à voir avec ce qu’on vit aujourd’hui. Fatale erreur. Après une journée de diffusion, des plaintes ont été déposées pour incitation à la violence contre cette vidéo et Youtube l’a invisibilisée pendant quatre jours jusqu’à ce que nous floutions une image où du sang apparaissait. Grandeur et vicissitude des espaces gérés par les Gafam. Ça faisait longtemps que pareille mésaventure ne m’était plus arrivée.

Nous avons perdu un peu d’audience, mais la vidéo vient d’être republiée. Merci de prendre une trentaine de minutes pour la regarder et la partager.

Merci d’être allé au bout de cette newsletter que je voulais plus joyeuse, mais « les temps sont difficiles », comme le chantait Léo Ferré. Jamais Blast n’a eu autant besoin de vous. Et jamais nous n’avons eu autant besoin de Blast. Nous avons abandonné temporairement tous nos autres projets pour nous concentrer sur le ciel noir qui profile. Comment résister à ce qu’on nous présente comme inéluctable ?

Nous existons depuis trois ans et c’est un cap à franchir. Une règle statistique veut que passés ces trois ans, les entreprises s’enracinent. Notre équilibre fragile est en jeu. On n’est pas loin de 50 à faire vivre Blast tous les jours et on est libre grâce à vous. On est devenu le dernier, voire le seul service public d’informations. Car tous nos contenus – articles, podcasts et vidéos – sont libres d’accès. S’abonner à Blast offre certains privilèges mais permet surtout de diffuser au plus grand nombre ces informations si vitales aujourd’hui.

Vous êtes 23 000 à avoir franchi le pas des 5 euros d’abonnement mensuels, vous êtes 1900 à avoir pris des parts sociales et des milliers à avoir fait des dons. Beaucoup de sociétaires ou de donateurs qui reçoivent cette newsletter ne se sont pas abonnés, s’il vous plait faites-le. L’abonnement, c’est le nerf de la guerre pour nous. Pour les abonnés, merci d’essayer d’abonner vos amis et vos parents.

À ceux qui, autour de vous, voudraient voter pour les députés Renaissance, Reconquête ou RN, envoyez leur nos vidéos. Seule une information juste peut nous sauver.

Mon père, 89 ans, qui vit seul et se biberonnent à CNews vient de s’abonner à Blast. Et il va voter « Front populaire ». Rien n’est perdu.

Allez salut

 

Denis Robert, le 11 juin 2024.

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