Elections au Mexique: la sécurité, premier défi à l’agenda de la présidente élue Sheinbaum

information fournie par AFP 03/06/2024
Claudia Sheinbaum, première femme présidente élue au Mexique, célèbre sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / CARL DE SOUZA )

Claudia Sheinbaum, première femme présidente élue au Mexique, célèbre sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / CARL DE SOUZA )

« Impunité zéro » a promis la présidente élue du Mexique Claudia Sheinbaum au sujet de l’immense défi qui l’attend: gouverner un pays qui enregistre 80 homicides par jour perpétrés à 75% par des groupes criminels contrôlant des pans entiers du territoire.

Claudia Sheinbaum, 61 ans, devra combattre la violence qui a fait quelque 450.000 morts et 100.000 disparus depuis qu’en 2006 l’ex-président Felipe Calderon a lancé l’armée contre les cartels.

Les autres défis consistent à poursuivre les programmes sociaux, atténuer les effets du réchauffement climatique et gérer la relation intense et complexe avec les Etats-Unis.

– Cartels florissants –

« Nous mènerons le Mexique sur le chemin de la paix et de la sécurité », a déclaré Mme Sheinbaum dans sa première prise de parole dimanche soir après l’annonce de sa victoire.

Elle a rappelé sa méthode: s’attaquer aux causes de la violence (exclusion des jeunes, recrutés par les cartels), « consolidation de la Garde nationale », renseignement et enquêtes, « coordination » entre « les différents pouvoirs et niveaux de gouvernement » et « zéro impunité ».

L’ex-maire de Mexico veut transposer au niveau du pays cette méthode qui lui a permis de réduire la criminalité dans la capitale entre 2018 et 2023, d’après des chiffres officiels.

Claudia Sheinbaum (C), première femme présidente élue du Mexique, célèbre sa victoire à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / Rodrigo Oropeza )

Claudia Sheinbaum (C), première femme présidente élue du Mexique, célèbre sa victoire à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / Rodrigo Oropeza )

« La hausse abominable du crime organisé et des cartels florissants est le problème le plus écrasant que Sheinbaum doit affronter », affirme à l’AFP Michael Shifter, expert du centre d’analyse Diálogo Interamericano.

« Si elle ne peut pas enrayer la détérioration dramatique de la situation sécuritaire au Mexique, ce sera de plus en plus difficile de mettre en oeuvre son agenda de politiques sociales et économiques », ajoute-t-il.

– « Il n’y a plus d’argent » –

La présidente élue va devoir continuer les aides directes que reçoivent 25 millions de Mexicains, mais dans un contexte budgétaire qui se dégrade.

Des prévisions annoncent un déficit budgétaire pour 2024 à 5,9%, le plus élevé en 30 ans.

« Le défi le plus important pour la prochaine administration sera de corriger le déficit élevé », d’après Víctor Ceja, économiste en chef à la Bourse des valeurs du Mexique (Valmex).

Une réforme fiscale est évoquée par plusieurs experts. « Davantage de revenus fiscaux sont nécessaires pour maintenir la prudence fiscale et pour relever le défi d’importants besoins de dépenses publiques », souligne l’OCDE.

Des partisans de la présidente élue du Mexique Claudia Sheinbaum célèbrent sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / YURI CORTEZ )

Des partisans de la présidente élue du Mexique Claudia Sheinbaum célèbrent sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / YURI CORTEZ )

La croissance devrait être de 2,2% en 2024. Mme Sheinbaum mise sur le « nearshoring », la relocalisation le long de la frontière avec les Etats-Unis d’une partie des usines installées en Asie. Le Mexique a enregistré un record d’investissements étrangers en 2023 (36 milliards de dollars).

Pour tirer le meilleur du « nearshoring », le pays doit améliorer la sécurité, les infrastructures, l’approvisionnement en eau et électricité.

La nouvelle présidente « a besoin de dépenser de l’argent dans de nombreux secteurs, et il n’y a pas d’argent », résume Pamela Starr, experte du Mexique à l’Université de Californie du Sud.

« Les infrastructures sont obsolètes. L’électricité est un problème. Pemex (ndr: compagnie pétrolière publique qui traîne une dette de 100 milliards de dollars) est un problème », ajoute-t-elle.

– Migration: « briser le cycle »-

La pauvreté et surtout la violence sont les deux principales causes de la migration des Mexicains vers les Etats-Unis.

En 2023, les autorités américaines ont arrêté un record de 2,4 millions de migrants clandestins à la frontière, dont un tiers de Mexicains.

Stephanie Brewer, directrice Mexique du bureau de Washington sur l’Amérique latine (WOLA), suggère que Mme Sheinbaum puisse « briser ce cycle et mettre au centre (de son action) la protection des personnes », en donnant la priorité à la lutte contre la violence et l’extorsion envers les migrants.

– Relation Etats-Unis/Mexique: l’incertitude –

« Avec les Etats-Unis, il y aura une relation d’amitié, de respect mutuel et d’égalité comme il y a eu jusqu’à maintenant. Et nous défendrons toujours les Mexicains qui se trouvent de l’autre côté de la frontière », a déclaré la présidente élue dans ses premiers mots après la victoire.

Commerce, migration, lutte contre le trafic de drogue et d’armes: la relation bilatérale est dense et complexe.

Des partisans de la présidente élue Claudia Sheinbaum célèbrent sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / Silvana Flores )

Des partisans de la présidente élue Claudia Sheinbaum célèbrent sa victoire, à Mexico le 3 juin 2024 ( AFP / Silvana Flores )

Claudia Sheinbaum prendra officiellement ses fonctions le 1er octobre, plus d’un mois avant l’élection présidentielle du 5 novembre de l’autre côté de la frontière.

Le nom du vainqueur de l’élection aux Etats-Unis peut peser sur la révision du traité commercial entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada.

Si le président Joe Biden perd et son prédécesseur Donald Trump revient au pouvoir, « le défi majeur pour le Mexique sera l’incertitude », selon l’experte Pamela Starr. « La relation sera bien davantage marquée par le conflit ».

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