France : Grâce à une grande mobilisation de la gauche, l’extrême droite n’est pas portée au gouvernement

10 juillet par Eric Toussaint

Quels sont les résultats d élections législatives en France du 7 juillet 2024 ?

Lors du second tour des élections législatives du 7 juillet 2024, en France, le Rassemblement national a subi une défaite politique même s’il a augmenté son nombre de parlementaires. Le pari que faisait le parti d’extrême droite, Rassemblement national, consistait à obtenir (avec ses alliés qui ont été exclus du parti de droite, Les Républicains), une majorité à l’Assemblée nationale, ce qui aurait permis à Jordan Bardella, le chef du parti à côté de Marine Le Pen, de devenir premier ministre. Cette perspective semblait réalisable car lors des élections européennes du 9 juin 2024, et lors du premier tour des élections législatives, qui a eu lieu le 30 juin, le Rassemblement national avait fait d’excellents résultats face à une déroute du bloc politique soutenant le président Emmanuel Macron.
Cet objectif n’a pas été atteint car l’électorat de gauche s’est fortement mobilisé le 7 juillet en faveur des candidat·es du Nouveau Front populaire qui s’est constitué après le 9 juin, quand Emmanuel Macron a dissous l’Assemblée nationale, suite à sa déroute aux européennes. En effet, son bloc avait fait la moitié des voix du Rassemblement national, et également la moitié des voix de l’addition des voix des différents partis de gauche qui s’étaient présentés en ordre dispersé.

Comment expliquer l’échec du Rassemblement national et de ses alliés ?

La raison principale de l’échec de l’extrême droite réside dans la décision des forces de gauche de constituer rapidement, après les élections européennes du 9 juin, un bloc sous le nom de Nouveau Front populaire

La raison principale de l’échec de l’extrême droite réside dans la décision des forces de gauche de constituer rapidement, après les élections européennes du 9 juin, un bloc sous le nom de Nouveau Front populaire (NFP). Ce nouveau front des gauches a réuni la France insoumise, le PS, les Écologistes, le PCF et le NPA-L’Anticapitaliste, avec comme force initiatrice et motrice la France insoumise. Le PS et les autres ont compris qu’il fallait en faire partie, même si une série de cadres du PS ont hésité et que certains d’entre eux ont refusé de rejoindre le NFP. S’unir à gauche était particulièrement important car l’élection législative française est une élection majoritaire à deux tours. Contrairement à une élection proportionnelle, où l’alliance aurait pu être faite plus tard, il était essentiel de ne présenter qu’un·e candidat·e de gauche par circonscription pour se donner le plus de chances possibles d’aller au second tour, et de gagner.

Sur le traitement médiatique du NFP pendant la campagne : Mathias Reymond, « Les médias en guerre contre le Nouveau Front Populaire. », Acrimed, 5 juillet 2024.
Ou
Loris Guémart, Alizée Vincent, « Violences racistes, pas une minute dans les jt post législatives. », Arrêt sur image, 5 juillet 2024.

La droite et les grands médias, y compris les médias de service public de plus en plus contrôlés par le gouvernement et largement favorable au grand capital, ont critiqué durement la formation de ce Nouveau Front populaire en disant qu’il incluait des partis, en particulier la LFI et le NPA, qui sont complices du terrorisme, qui sont complices du Hamas. Beaucoup de commentateur·ices n’ont pas hésité à dénoncer le supposé anti-sémitisme de LFI et du NPA-L’anticapitaliste. C’était très violent, virulent et purement mensonger. Malgré cette campagne quasi haineuse, le NFP a réussi à se mettre d’accord sur un programme et a présenté partout des candidat·es. La violence n’a pas été que verbale, on a assisté également à une multiplication d’agressions physiques de la part de l’extrême-droite après le 9 juin.

La conviction d’une grande partie de l’électorat de gauche que, ce coup-ci, il fallait se serrer les coudes pour aller vers les quartiers, les places publiques, les marchés hebdomadaires, tous les endroits de débats et la perception du danger que représentait une victoire possible de l’extrême-droite ont permis une grande mobilisation de la gauche pour aller voter.

Que peut-on dire du programme du NFP ?

Le programme avec lequel le Nouveau Font populaire s’est présenté pour les élections, n’est pas anticapitaliste mais il est résolument anti néolibéral et pro classes populaires. Il s’oppose sans ambiguïté à la politique de Macron. Il va clairement à l’encontre de la volonté du patronat et des 10% les plus riches. Quelques mesures phares : le salaire minimum à 1600 euros net [1], le rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), annulé par Macron en 2018, des impôts sur les superprofits, l’abrogation de la réforme des retraites d’Emmanuel Macron avec pour objectif de ramener l’âge de la retraite à 60 ans, l’abrogation des réformes de l’assurance chômage , l’indexation automatique des salaires sur l’inflation,l’annulation de la récente hausse du prix du gaz au 1er juillet, le blocage de certains prix, les 32 heures hebdomadaires « dans les métiers pénibles ou de nuit », rendre davantage progressif le barème d’impôt sur le revenu (concrètement, cela se traduirait par un retour du barème à 14 tranches contre 5 actuellement), un moratoire sur les grands projets inutiles, aller vers la gratuité totale de l’école, reconnaissance de l’État de Palestine…

Lire : Romaric Godin, « Nouveau Front populaire : un programme économique d’alternative au macronisme », publié le 17 juin 2024,
ATTAC France, « Le programme économique du nouveau Front populaire : décryptage », publié le 28 juin 2024
BFM TV, « Smic à 1.600 euros, ISF, retraite à 60 ans… Quelles sont les principales mesures du programme économique du NFP ? », publié le 8 juillet 2024

Le programme du NFP est en retrait par rapport au programme de l’Union de la Gauche en France au début des années 1980 mais 40 ans d’offensive néo libérale ont eu un effet régressif en profondeur [2].

Quels avaient été les résultats des élections européennes du 9 juin 2024 ?

Le Rassemblement national venait loin devant tout le reste avec 31,4% des voix (plus de 7,7 millions de voix), plus du double des voix de la liste d’Emmanuel Macron qui a obtenu seulement 14,6% (3,6 millions de voix). De plus, il y avait une autre liste d’extrême droite autour de la nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal Le Pen et d’Éric Zemmour. Cette liste avait obtenu 5,5%. Et il y avait une liste de la droite traditionnelle « La droite pour faire entendre la voix de la France en Europe » qui a obtenu 7,25% des voix.
La gauche s’était présentée de manière dispersée. La liste soutenue par le PS avait obtenu 13,8% des voix, celle de la France Insoumise, 9,9% et celle des Écologistes, 5,5%. En tout, la gauche avait obtenu moins de 30%. Le taux de participation électorale était faible : 51,5%
La défaite évidente de la liste du camp présidentiel a conduit Macron à dissoudre l’Assemblée Nationale et à convoquer des élections anticipées. La constitution permet au président de poursuivre son mandat jusqu’à son terme en 2027 même s’il devait cohabiter avec un gouvernement qui lui serait opposé.

Quels étaient les résultats du premier tour du 30 juin 2024 ?

Il y avait un véritable risque de voir l’extrême-droite diriger le gouvernement

Le Rassemblement national, qui a réussi après les européennes à diviser le parti de la droite traditionnelle, Les Républicains, en faisant une alliance avec son président, Éric Ciotti, a obtenu 33,22% et a fait mieux que le 9 juin. Il a obtenu 10,6 millions de voix. Le camp présidentiel a obtenu seulement 23% des voix. Le Nouveau Front populaire, qui s’est constitué à toute vitesse après les européennes, a permis l’unité de la majorité de la gauche et a obtenu 28 % des voix auxquelles il faut ajouter les voix obtenues par divers candidat·es de gauche mis à l’écart par la direction de la France insoumise, mais aussi des dissident·es PS et d’autres. La liste des Républicains, qui avaient exclu leur président Éric Ciotti, a obtenu 6,6%. Le taux de participation électorale a été très élevé : 66,7 %.

Le très important succès de la liste du Rassemblement national et de ses alliés a créé un choc : il y avait un véritable risque de voir l’extrême-droite diriger le gouvernement (en cohabitation avec le président Macron). La jeunesse et les militant·es de gauche qui avaient commencé à se mobiliser dès le soir des élections européennes du 9 juin ont renforcé leur degré d’activité pour éviter le pire. En plus du programme raciste promu par le Rassemblement national, une accession de ce parti au pouvoir aurait multiplié les actes et les agressions racistes des militant·es d’extrême droite et de la police, qui vote majoritairement pour l’extrême droite.

Dans les minutes qui ont suivi les résultats du 1er tour, le 30 juin, la direction de la France Insoumise, par la bouche de Jean-Luc Mélenchon, suivie très vite par tout le Nouveau Front populaire, a annoncé que, pour battre l’extrême droite au second tour, elle retirerait son ou sa candidate NFP dans chaque circonscription électorale où le NFP était troisième et le Rassemblement national en tête.

Du côté du camp présidentiel, il n’en a pas été de même car une série d’alliés de Macron ou même de ministres comme le ministre de l’intérieur Darmanin ont dit que jamais ils ne se retiraient en faveur d’un candidat LFI pour battre l’extrême-droite du RN. Il a fallu que le premier ministre, Gabriel Attal, mouille sa chemise pour affirmer qu’il fallait faire un front républicain pour battre l’extrême droite, mais cela n’a pas entraîné une position unanime dans le camp présidentiel et dans le reste de la droite traditionnelle.
Il restait 7 jours avant le deuxième tour pour éviter le pire. De nombreux et nombreuses intellectuelles de gauche, l’écrasante majorité des mouvements sociaux et citoyens de gauche, ont multiplié les déclarations et les rassemblements pour affirmer qu’il fallait faire barrage à l’extrême droite. Le syndicat CGT s’est fortement mobilisé, de même que Sud Solidaires. On a vu la direction du syndicat modéré CFDT se mouiller également.

Mais dans le même temps, la majorité des commentateurs et commentatrices ayant accès aux grands médias privés et publics poursuivaient leurs attaques contre la France insoumise, contre le NFP, accusé d’inclure le NPA de Poutou, accusé d’être « pro terroriste » et « anti police »… De plus, le RN restait invité sur tous les plateaux et de nombreux journalistes en vue leur montraient une empathie réelle ou de circonstance. Les sondages annonçaient la victoire du RN. Et il est vrai qu’une partie importante des classes populaires et de la classe ouvrière traditionnelle avait voté pour le RN et allait le faire à nouveau. Il n’était pas non plus garanti que, pour faire barrage à l’extrême droite, des électeur·ices de gauche soient prêts à voter en faveur d’un ou d’une candidate du camp présidentiel ou de la droite dont les actions avaient favorisé la montée du RN et qui avaient adopté des lois anti immigré·es avec l’appui du RN. De même, il n’était pas sûr que des électeur·ices de droite votent pour un candidat LFI ou d’extrême gauche pour empêcher l’élection d’un ou d’une candidate du RN. Dans le camp des classes populaires, la volonté d’infliger une nouvelle défaite au camp de Macron pouvait continuer à prendre la forme du vote RN et pas seulement la forme du vote NFP.

Quels ont été les résultats du second tour des législatives du 7 juillet ?

- Le grand vainqueur du second tour, c’est le Nouveau Front populaire qui obtient 182 parlementaires auxquels on peut ajouter 14 autres élu·es divers gauches, ce qui donne 196 parlementaires de gauche. Pour faire simple on peut arrondir à 200, c’est plus facile à retenir.
- Le camp présidentiel minoritaire vient en deuxième position avec 168 parlementaires, il a perdu 95 sièges.
- Le camp de l’extrême-droite obtient finalement 143 parlementaires (126 pour le Rassemblement national et 17 pour ses alliés, dont Éric Ciotti et les autres Républicains qui l’ont suivi et ont été exclus du parti). Le RN a gagné 37 parlementaires sous sa bannière par rapport à 2022.
- Les Républicains, la droite traditionnelle qui se rapproche du discours de l’extrême-droite obtient 45 sièges (perte d’une vingtaine de sièges par rapport à 2022).

À l’intérieur du bloc du Nouveau Front populaire, comment se répartit le poids des différentes forces politiques ?

La France insoumise vient en tête avec 74 parlementaires (alors qu’elle en avait 75 en 2022), ensuite viennent respectivement le Parti socialiste avec 59 sièges (en forte hausse par rapport à son mauvais résultat de 2022 où il n’avait obtenu que 31 sièges), les Écologistes avec 28 sièges (contre 23 en 2022) et le PCF avec 9 parlementaires (alors qu’avec ses alliés, il en avait 22 en 2022 [3]). Il faut y ajouter 12 parlementaires NFP qui ne sont dans aucun des partis mentionnés ci-avant. Quant au NPA, qui présentait Philippe Poutou dans le département de l’Aude, il n’a pas d’élu.
Au sein du NFP, ce sont clairement ceux et celles de LFI qui sont les plus à gauche. On peut y ajouter quelques élus de gauche qui avaient été écartés des listes officielles NFP par la direction de LFI et qui malgré cela ont été élus le 7 juillet.

Mais au sein du NFP, même si LFI est la force principale, c’est le PS qui engrange une importante augmentation. Quelles peuvent être les conséquences ?

Effectivement, il est important pour réfléchir à la suite des évènements de prendre en considération le PS car il a de lourdes responsabilités dans le désastre social et les désillusions des dix dernières années (ainsi que dans la période qui a précédé). Parmi les élu·es PS, on trouve François Hollande qui personnifie ces lourdes responsabilités négatives. Rappelons qu’il a été élu en 2012 face à Nicolas Sarkozy (qui cherchait un deuxième mandat) en promettant de mettre fin aux politiques néolibérales. Il avait déclaré que son ennemi principal était la « Finance ». Or il a appliqué une politique en continuité avec les présidents de droite et leurs politiques néolibérales. Il a multiplié les cadeaux aux grandes banques, à la « Finance » et aux plus riches. C’est lui qui est allé chercher Emmanuel Macron qui venait de la banque Rothschild et l’a mis dans son gouvernement. En 2015, lorsque le peuple grec a porté Syriza (coalition de gauche radicale) au gouvernement, François Hollande et son gouvernement se sont unis au gouvernement de droite d’Angela Merkel et à la Troïka pour empêcher l’abandon des politiques d’austérité voulues par le peuple grec.
Finalement, lors des élections de 2017, à l’issue desquelles Macron est devenu président, le PS a subi une défaite politique énorme. Il a perdu 286 sièges et n’a conservé que 45 députés. En termes de voix, il n’a obtenu en 2017 au second tour que 7,5% face au bloc de Macron qui avait obtenu 49,1% des voix et 349 députés. Lors des élections de 2022, le PS a encore perdu des voix et n’a obtenu que 31 sièges. À ce moment-là, il faisait partie de la NUPES créée à l’initiative de LFI qui avait 151 sièges au total, dont 75 pour le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Donc le résultat de juillet 2024, représente un succès pour le PS car il revient de loin et obtient 59 sièges.

En ce qui concerne la désignation du premier ministre, ces derniers jours on parle d’une règle non écrite dans la constitution de la 5e république, de quoi s’agit-il ?

Normalement, selon les règles non écrites et la coutume de la 5e république, c’est parmi les membres du bloc qui est venu en tête des élections que le président choisit le premier ministre. Or c’est le Nouveau Front populaire qui est venu en tête et à l’intérieur de celui-ci, c’est La France insoumise qui est de loin la principale force politique, donc c’est un ou une membre de LFI qui devrait être premier ministre.

Mais justement, c’est là que de nombreuses manœuvres peuvent avoir lieu.
Le grand capital voudrait éviter qu’un ou une membre de LFI conduise le gouvernement et donne le ton. De leur point de vue, un moindre mal, c’est une personne choisie parmi les socialistes qui pourrait offrir le plus de garanties pour préserver les privilèges du 1% le plus riche et des grandes entreprises privées. Il est plus qu’évident que des dirigeant·es du bloc de Macron voudraient briser le NFP et chercher un compromis avec les forces politiques les plus proches et les plus « responsables », donc du côté du PS, et peut-être de certain·es écologistes.

Dans les manœuvres, il y aura également à prendre en compte d’autres évolutions possibles venant de différents côtés.

Du côté du NFP, dans ces conditions, comme il n’a pas obtenu une majorité absolue à l’Assemblée, il vaudrait mieux ne pas chercher à aller au gouvernement car les conditions ne sont pas réunies pour appliquer son programme. Chercher à aller au gouvernement risque de provoquer de nouvelles divisions et des déceptions qui pourraient alimenter encore davantage l’abstention, ou le vote RN. Il vaudrait mieux donner la priorité à la construction d’un front social et politique avec une dynamique unitaire à la base, dans les quartiers, sur les lieux de travail… Un front social et politique capable de convoquer des mobilisations pour construire un rapport de force favorable et obtenir à partir de celui-ci certaines victoires et, en tout cas, un recul de l’offensive de la droite et de l’extrême-droite.

Le fait que la France a connu d’importantes mobilisations sociales au cours des dernières années, notamment contre la (contre) réforme des retraites en 2022-2023 mais aussi contre la violence policière à l’égard des personnes racisées, joue-t-il un rôle dans l’échec du Rassemblement national ?

Il est certain que le fait qu’au cours dernières années, des centaines de milliers et même des millions de personnes, se sont mobilisées contre la politique antisociale, anti immigrés et répressive de Macron, a aidé à créer un climat favorable à la riposte face au danger de l’extrême-droite.
Au cours des grandes mobilisations sociales qui se sont prolongées dans le temps, sans obtenir de victoire, il n’y a pas eu que de la frustration et des désillusions, il y a eu une capacité à débattre, à organiser de manière collective des protestations, à développer l’esprit collectif. Cela n’a pas touché l’ensemble de la population, ce qui explique le succès réel du RN, qui a gagné des voix dans une partie des classes populaires et notamment dans les zones rurales et dans des milieux urbains les plus touchés par la désindustrialisation, comme c’est le cas dans le Nord. Dans la plupart des milieux urbains, on constate une plus grande résistance à la pénétration des idées du RN, de l’extrême droite et de la droite en général. C’est aussi clairement le cas dans les zones urbaines avec une forte présence de personnes racisées. Le fait que LFI et d’autres forces sociales n’ont pas peur d’exprimer leur profonde solidarité avec le peuple palestinien et leur rejet des politiques racistes et anti immigrés, a convaincu des secteurs de la population d’aller voter pour le NFP et contre le RN ainsi que contre Macron et la droite traditionnelle.

Le thème de la dette publique revient-il au centre du débat ?

L’argument du niveau insoutenable atteint par la dette publique et la nécessité de se plier à une nouvelle austérité budgétaire revient en permanence

Dans toutes les déclarations de la droite et du camp macroniste, dans une multitude de commentaires dans les médias, revient en permanence l’argument du niveau insoutenable atteint par la dette publique et la nécessité de se plier à une nouvelle austérité budgétaire. La nécessité de se conformer aux injonctions de la Commission européenne demandant de réduire le déficit public. Constamment, est agitée la menace que ferait peser l’arrivée de la gauche au gouvernement et le danger représenté par le programme du NFP qui, s’il était un tant soit peu mis en œuvre provoquerait une panique du côté des marchés, une montée en flèche du coût de la dette et une fuite des capitaux. C’est un refrain qu’on entend chaque fois que la gauche est aux portes du gouvernement et l’objectif est non seulement de faire peur à l’opinion publique mais aussi de convaincre les mandataires de gauche d’abandonner toute volonté de ne pas continuer à se plier à la dictature des marchés et donc du grand capital.

Dans la bataille des idées, il faudra expliquer que le gouvernement de Macron, la Commission et la BCE ont voulu une augmentation de la dette publique pour financer les dépenses face à la pandémie de coronavirus et à la crise économico sociale qui a été amplifiée par celle-ci. Le gouvernement de Macron et les autres dirigeant·es européens n’ont pas voulu taxer les super profits des grandes entreprises pharmaceutiques – en particulier celles produisant des vaccins – qui se sont scandaleusement enrichies sur le dos de la société. De même que les entreprises de distribution – en particulier celles spécialisées dans les ventes en ligne et dans les services informatiques – qui ont fait d’énormes bénéfices. Ensuite, quand les prix du gaz ont explosé dans la foulée de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le gouvernement de Macron et ceux des autres pays n’ont pas voulu contrôler les prix de l’énergie et les geler, ce qui a permis aux entreprises spécialisées dans les combustibles fossiles et celle productrices d’énergie de faire à leur tour d’énormes profits sur le dos de la société. Enfin, quand les prix des aliments ont explosé suite à la guerre en Ukraine et à cause de la spéculation sur les céréales, les entreprises céréalières ont fait des super profits. Tout comme les grandes chaînes de distribution qui ont augmenté le prix des aliments au détail de manière disproportionnée et abusive, provoquant une hausse très forte de l’inflation et une perte du pouvoir d’achat des classes populaires. Le gouvernement de Macron et les autres gouvernements ont refusé de taxer de manière extraordinaire leurs bénéfices. Les entreprises de productions d’armes voient également leurs bénéfices augmenter grâce à la guerre en Ukraine et au Proche-Orient.

Conclusion :

Dans cette situation et avec cette posture de refus de faire des prélèvements sur les entreprises qui profitaient de la crise et sur les plus riches, les États ont eu de plus en plus recours au financement par l’endettement au lieu de se financer via des recettes fiscales, sauf celles provenant des impôts indirects sur la consommation (Taxe sur la valeur ajoutée – TVA) qui sont particulièrement négatifs pour la grande majorité de la population et en particulier les secteurs aux revenus les plus bas.
Dans la bataille des idées, il faudra montrer qu’une grande partie de la dette publique est en conséquence illégitime et qu’elle doit être auditée et annulée.

La politique des dirigeant·es européen·nes et de Macron en matière migratoire va également être durcie et les atteintes portées aux droits humains vont augmenter. Les violations de ces droits vont se multiplier alors qu’elles sont dénoncées par la Cour européenne des droits de l’homme et les associations de défense des droits humains. Il faudra se mobiliser. Si un front social et politique puissant se met en place de la base au sommet, il est possible de résister et d’obtenir certaines victoires.

L’inaction climatique du président Macron et des institutions européennes va aussi s’approfondir. Un puissant mouvement social est la condition indispensable pour obtenir l’adoption de véritables mesures favorables à la lutte contre la crise écologique.

Le réarmement va s’accélérer. Il faudra également réussir à lancer un mouvement pour s’y opposer.

Il faudra également se mobiliser pour défendre les droits des femmes et des LGBTQIA+.

Les discours d’extrême-droite et les politiques qui leur sont favorables risquent de continuer à se répandre.

En conséquence, la lutte anti fasciste et les actions de protestation contre la montée de l’extrême-droite devront prendre de plus en plus d’importance.

Post scriptum :

Au parlement européen, un nouveau groupe parlementaire d’extrême-droite vient d’être constitué, il s’appelle « Patriotes pour l’Europe » et sera présidé par Jordan Bardella. Il s’agit du regroupement entre d’une part, les élus européens du parti du président hongrois Viktor Orban et de ceux de deux partis tchèques d’extrême droite Ano et le parti « Serment et motards » (https://en.wikipedia.org/wiki/P%C5%99%C3%ADsaha_and_Motorists) qui sont 20, et d’autre part l’ancien groupe européen dirigé par Marine Le Pen, Identité et Démocratie, qui comptait 58 députés, auxquels s’ajoutent les 6 députés de Vox d’Espagne qui quittent l’autre groupe parlementaire d’extrême droite appelé ECR (Groupe des Conservateurs et Réformistes européens) dirigé par Giorgia Meloni. Au total, ce nouveau groupe appelé « Patriotes pour l’Europe » comptera 84 parlementaires européen-nes. Le groupe ECR dirigé par Giorgia Meloni est réduit par le départ de Vox et comptera dorénavant sur 78 europarlementaires.
Voir la version actualisée de la répartition des groupes dans le parlement européen sur le site du PE : https://results.elections.europa.eu/fr/outils/outil-de-comparaison/
Lors de la législature qui vient de se terminer l’addition des deux groupes d’extrême droite dans le PE s’élevait à 118 tandis que dans le nouveau parlement européen, les deux groupes parlementaires comptent sur 162 parlementaires auxquels il faudrait ajouter les 15 europarlementaires de l’AFD d’Allemagne qui ne font partie d’aucun groupe à l’heure actuelle.
La composition du groupe « Patriotes pour l’Europe » par ordre d’importance : 🇫🇷 Rassemblement national : 30 ; 🇭🇺 Fidesz-KDNP : 11 ; 🇮🇹 Lega : 8 ; 🇨🇿 ANO : 7
🇦🇹 FPÖ : 6 ; 🇪🇸 Vox : 6 ; 🇳🇱 PVV : 6 ; 🇧🇪 Vlaams Belang : 3 ; 🇨🇿 Oath and Motorists : 2 ;
🇵🇹 Chega : 2 ; 🇩🇰 Danish People’s Party : 1 ; 🇱🇻 Latvia First : 1 ; 🇬🇷 Voice of Reason : 1

L’auteur remercie Maxime Perriot pour sa relecture.

Notes

[1Il s’agit d’ augmenter le Smic de 14% en le faisant passer de près de 1400 euros net par mois actuellement à 1600 euros net. C’est 100 euros de plus que ce que proposait le programme de la Nupes en 2022. Le programme prévoit également une hausse de 10% du point d’indice des fonctionnaires.

[2Le programme du NFP est en retrait sur certains points par rapport au programme du parti travailliste britannique de 2017, quand il était dirigé par Jeremy Corbyn (avant que celui-ci ne soit déboulonné puis exclu par l’aile droitière de ce parti).

[3Il faudra voir comment évolue le nombre de parlementaires alliés ou apparentés au PC.

Auteur.e

Eric Toussaint Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.

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