Le patron de Canal+, annonce qu’il ne travaillera plus avec les 600 signataires d’une tribune contre Bolloré

Le patron de Canal+, premier financeur du cinéma français, annonce qu’il ne travaillera plus avec les 600 signataires d’une tribune contre son actionnaire Vincent Bolloré

Maxime Saada a affirmé, dimanche, en marge du Festival de Cannes, avoir « vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix ».

Le Monde avec AFP

Publié aujourd’hui à 16h25, modifié à 18h06

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Le président du directoire de Canal+, Maxime Saada, a annoncé, dimanche 17 mai, en marge du Festival de Cannes, qu’il ne souhaitait plus que le groupe, premier financeur du cinéma français, continue de travailler avec les professionnels du secteur qui ont signé une pétition contre son actionnaire de référence, Vincent Bolloré.

« J’ai vécu cette pétition comme une injustice vis-à-vis des équipes Canal qui s’attachent à défendre l’indépendance de Canal+, et dans toute la diversité de ses choix. Et en conséquence, je ne travaillerai plus, je ne souhaite plus que Canal travaille avec les gens qui ont signé cette pétition », a expliqué Maxime Saada lors d’une prise de parole.

Publiée lundi dans Libération, une tribune anti-Bolloré de 600 professionnels du cinéma entend répliquer l’onde de choc de l’affaire Grasset dans l’édition.

« Une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif »

Cette lettre commune appelle à la mobilisation contre « l’emprise grandissante de l’extrême droite » dans le 7e art, sous l’influence du milliardaire breton ultraconservateur et du groupe Canal+, dont il est l’actionnaire majoritaire.

La tribune est notamment signée par les comédiennes et comédiens Juliette Binoche, Adèle Haenel, Anna Mouglalis, Blanche Gardin, Yolande Moreau, Swann Arlaud, Jean-Pascal Zadi, Zita Hanrot, Samuel Kircher ainsi que par les réalisateurs Raymond Depardon, Dominik Moll ou Arthur Harari. « En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », écrivaient les signataires, qui comptent également des producteurs, exploitants de cinéma et techniciens.

La tribune s’alarmait notamment de la volonté du groupe Canal+ de s’emparer de la totalité du capital d’UGC, le réseau de salles de cinéma dont il a acquis 34 % en septembre.

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« Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal+ ? »

Dans son allocution, que l’Agence France-Presse (AFP) s’est procurée, Maxime Saada a assuré que cette tribune revient à qualifier les équipes de Canal+ de « cryptofascistes ». « Eh bien, moi, je n’ai pas envie de travailler avec des gens qui me traitent de cryptofasciste, (…) la limite, pour moi elle est là », a-t-il déclaré lors du « brunch des producteurs » organisé par Canal+.

Dans une réaction transmise à l’AFP, le collectif Zappons Bolloré, associé à la tribune, a affirmé que la « menace » brandie par Maxime Saada confirmait leurs « craintes ». « Pouvons-nous encore croire à l’indépendance de Canal+ vis-à-vis du milliardaire d’extrême droite, contre lequel il est désormais officiellement impossible de s’exprimer ? », a demandé le collectif.

Signataire de la tribune, le cinéaste Arthur Harari, retenu en compétition cette année avec L’Inconnue, récuse, lui, toute critique contre les équipes de Canal+ mais assume d’avoir exprimé un « questionnement sur la dimension politique du groupe Bolloré ». « Je pense qu’il faut juste nommer les choses plutôt que de les laisser comme une espèce d’impensé. »

Aux termes d’un accord scellé en janvier 2025, le groupe Canal+ s’est engagé à allouer jusqu’à 170 millions d’euros par an au cinéma français d’ici à 2027, contre 220 millions auparavant.

Le Monde avec AFP